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L’Irak 10 ans après - Les écoles essayent de rattraper leur retard

Only one in five students at primary and secondary schools countrywide are girls, officials say
(Afif Sarhan/IRIN)

L’augmentation des recettes pétrolières au cours des années 1970 a permis à l’Irak de mettre en place un système généreux de services publics dès le début des années 1980. Le pays était considéré comme ayant le meilleur système éducatif de la région, avec un taux de scolarisation proche de 100 pour cent au cycle primaire et un programme d’alphabétisation efficace.

Si l’Irak avait progressé au même rythme que d’autres pays du Moyen-Orient, le taux de scolarisation primaire des filles et des garçons aurait atteint 100 pour cent, selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Au contraire, le système éducatif irakien essaye de rattraper son retard.

La guerre Iran-Irak dans les années 1980 et la guerre du Golfe en 1991 ont entraîné l’effondrement du système éducatif. Ce phénomène a été aggravé par la pression sur les ressources, conséquence des sanctions internationales prises dans les années 1990, et s’est traduit par une baisse des salaires des enseignants, un taux de renouvellement élevé, une réduction du nombre d’enseignants qualifiés, un déficit de formation professionnelle, un abandon des infrastructures et une réduction de l’accès aux ressources, comme les périodiques, selon l’Organisation des Nations Unies pour la Science, l’Éducation et la Culture (UNESCO). Les statistiques fournies par le gouvernement montrent une baisse de 10 pour cent du taux de scolarisation dans l’enseignement primaire, qui est passé de 90,8 pour cent en 1990 à 80,3 pour cent en 2000. Le taux de scolarisation dans l’enseignement technique et professionnel a diminué de moitié au cours de la même période.

Après l’invasion menée par les États-Unis en 2003, l’UNESCO a indiqué que de nombreux établissements scolaires avaient été incendiés et pillés ; ainsi, le ministère de l’Éducation a signalé que les établissements d’enseignement professionnel avaient perdu 80 pour cent de leurs équipements. Une évaluation menée par les Nations Unies en 2003 a conclu que 3 000 écoles avaient été pillées. Les instituts de formation des enseignants de tous les gouvernorats, à l’exception des gouvernorats kurdes du nord du pays, ont subi des dégâts ; les bibliothèques et les universités ont été pillées et incendiées, selon l’UNESCO.

La fuite des cerveaux

La politique de « débaasification » - mise en place par les forces d’occupation dans le but de remplacer tous les fonctionnaires affiliés au parti Baas de l’ancien président – a accéléré le déclin d’un système éducatif déjà affecté par la fuite des enseignants des universités, selon l’évaluation.

« De nouvelles données montrent que la troisième guerre en trois décennies – l’invasion menée par les États-Unis entre 2003 et 2010 – a entraîné le délabrement du système éducatif, affecté par les problèmes de sécurité, l’augmentation des coûts et de graves pénuries d’enseignants et de matériels éducatifs », a écrit M. Najeeb Shafiq de l’université de Pittsburgh dans un article publié en 2012 dans la revue International Journal of Educational Development (revue internationale de développement éducatif).

Durant les quatre années qui ont suivi l’invasion, au moins 280 professeurs d’université ont été tués par des insurgés et des milices, selon les informations publiées par IRIN en 2007, privant ainsi le pays d’une élite solide et instruite, capable d’aider le pays – et le système éducatif – à se rétablir.

« Nous comptions toutes [sortes] de personnes qualifiées pour construire le pays et organiser les systèmes dans tous les secteurs », a indiqué Hassan al-Hamadani, un député. « Aujourd’hui, la majorité de ces personnes ont quitté le pays ; bon nombre de médecins et d’ingénieurs sont partis, car ils étaient menacés ».

Scolarisation et réussite

L’impact de l’invasion de 2003 sur les taux de scolarisation apparaît moins évident en raison du manque de cohérence des statistiques disponibles.

Certaines d’entre elles, comme les statistiques publiées dans les Enquêtes à indicateurs multiples (Multiple Indicator Cluster Surveys, MICS) menées par le gouvernement et l’UNICEF, révèlent une augmentation du taux net de scolarisation des enfants âgés de 6 à 11, qui est passé de 38,2 pour cent en 2000 à 85,8 pour cent en 2006. D’autres statistiques vont dans le sens contraire, suggérant une baisse importante du taux de scolarisation passé de 93 pour cent en 2000 à 54 pour cent en 2006. En Irak, la fiabilité des statistiques est souvent remise en cause. Les statistiques sur la scolarisation varient selon les groupes d’âge et selon qu’elles mesurent le taux net de scolarisation (le pourcentage d’enfants d’âge primaire inscrits dans un établissement primaire) ou le taux brut de scolarisation (le pourcentage d’enfants inscrits dans une école primaire, sans distinction d’âge).

En revanche, il apparaît clairement que l’Irak aurait pu faire davantage de progrès. D’après les MICS menées en 2011, le taux net de scolarisation était de 90,4 pour cent (pour les enfants de 6 à 11 ans), c’est-à-dire légèrement inférieur au taux de 90,8 pour cent enregistré en 1990 par le gouvernement. Mais 14 pour cent des enfants en âge de fréquenter un établissement secondaire sont scolarisés dans l’enseignement primaire. Seuls 44 pour cent des élèves achèvent le cycle primaire en temps voulu.

Et si le taux de scolarisation secondaire a progressé au cours de ces dernières années, selon les MICS, moins de la moitié des étudiants poursuivent leurs études après la sixième. En 2007, une étude menée conjointement par la Banque mondiale et le gouvernement a montré que cinq millions d’enfants en âge d’être scolarisés n’allaient pas à l’école.

« Scolarisation et réussite ne vont pas de pair », a dit Sudipto Mukerjee, directeur adjoint du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Irak. « C’est facile de les scolariser, mais plus difficile de leur faire terminer leurs études ».

En outre, les taux de scolarisation varient beaucoup en fonction du sexe, de la classe sociale et de la région. Et si la qualité des manuels s’est améliorée au cours des dix dernières années, et que les élèves ne sont plus tenus de rejoindre le parti Baas, le sectarisme et la corruption se développent à l’école depuis 2003, a dit Ali al-Hussaini, un lycéen de Bagdad.

« Il peut arriver qu’un enseignant se moque des sunnites et que d’autres enseignants se moquent des chiites », a dit M. al-Hussaini. « Tous les enseignants sont corrompus aujourd’hui. Pour être reçu à mes examens, je dois payer - 200 dollars pour chaque matière. Sinon, ils s’arrangeront pour que je ne sois pas reçu ».

Alphabétisme

Autrefois, l’alphabétisme et l’enseignement primaire faisaient partie des priorités en Irak. En 1978, le gouvernement a lancé la Campagne nationale pour l’éradication de l’illettrisme, mais celle-ci a pris du retard après les guerres des années 1980 et 1990.

Les statistiques sur le taux d’alphabétisation des adultes varient beaucoup : l’UNESCO note une amélioration du taux d’alphabétisation, passé de 74,1 pour cent en 2000 à 78,2 pour cent en 2010, mais un document de stratégie pour la période 2010-2015 indique que « l’Irak est dans une situation critique, avec une augmentation du taux d’enfants non scolarisés et du taux d’illettrisme, plus particulièrement dans les zones rurales, chez les jeunes et les adultes, chez les femmes et les autres catégories sociales marginalisées ».

La campagne d’alphabétisation lancée en 2010, intitulée « Initiative pour l’alphabétisation : savoir pour pouvoir » (Literacy Initiative for Empowerment, LIFE), et la nouvelle loi sur l’alphabétisation adoptée en 2011 devraient permettre une amélioration de ces taux.

Pour d’autres indicateurs du développement, consultez la série d’IRIN : L’Irak, 10 ans après.

af/da/ha/rz-mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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