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L’Irak 10 ans après - Plus de liberté, mais moins de sécurité ?

A barbed wire fence at the entrance to a former US compound (now used by the UN) in Basra, southern Iraq
(Heba Aly/IRIN)

Les autorités américaines, entre autres, affirment que l’ancien président irakien Saddam Hussein représentait un « réel danger » pour la population irakienne et pour la région. Ils justifient leurs propos en pointant du doigt les deux guerres dont il a été l’instigateur dans les années 1980 et 1990, l’exécution de ses opposants politiques et les atrocités commises contre son propre peuple. Dans un éditorial du Washington Post de ce mois-ci, Paul Wolfowitz affirmait que l’éviction de Saddam Hussein par les forces américaines avait sauvé de nombreuses vies et évité un « génocide ».

Pour les Kurdes du Nord, qui ont été victimes de violations graves des droits de l’homme sous le régime de Saddam Hussein, l’invasion américaine a fait naître un sentiment de sécurité. Pour de nombreux autres habitants, c’est plutôt l’inverse.

Plus de 111 000 Irakiens se sont fait tuer depuis 2003, selon le groupe de suivi Iraq Body Count. La plupart de ces morts ont eu lieu en 2006-2007, la période de violences sectaires la plus intense de ces dix dernières années. La sécurité s’est améliorée dans les années qui ont suivi et le nombre de civils tués est passé de près de 30 000 en 2006 à moins de 10 000 en 2008, puis moins de 5 000 en 2009. Les années suivantes, ce chiffre s’est stabilisé à environ 4 000 par an.

En 2011, près des trois quarts de la population se sentaient en sécurité, voire en très grande sécurité, selon une enquête de l’Iraq Knowledge Network.

Pourtant, le nombre de civils tués a augmenté d’environ 10 pour cent en 2012, après le retrait des forces américaines. Des mouvements rebelles établis, comme Al-Qaida en Irak, ont repris des forces et de nouveaux, comme l’Armée irakienne libre, ont émergé. La province d’Anbar, épicentre de l’insurrection sunnite de 2007-2009, est par ailleurs à nouveau agitée.

Hausse du sectarisme

Sous Saddam Hussein, le pouvoir était entre les mains de ses sympathisants sunnites. La fin de son régime a ouvert de nouvelles possibilités à la majorité chiite, longtemps marginalisée. Or, alors que ces derniers sont arrivés au pouvoir, le sectarisme est devenu un élément majeur de la politique irakienne.

Cela s’explique en partie par la politique répressive appliquée pendant plusieurs décennies par Saddam Hussein. Mais les analystes incriminent également la politique américaine, qui a créé un système basé sur la répartition du pouvoir entre trois principaux groupes : les chiites, les sunnites et les Kurdes. Les États-Unis avaient également cherché à purger le gouvernement des membres du parti Baath de Saddam Hussein, ce que de nombreux sunnites ont pris comme une tentative d’aliénation.

« Au moment où il était le plus vulnérable, Saddam Hussein a utilisé le sectarisme et le nationalisme comme armes contre ses ennemis internes », a écrit récemment le Civil-Military Fusion Centre (CFC) dans un document d’information sur le risque d’une nouvelle flambée de violence de grande ampleur. « Aujourd’hui, les partis chiites irakiens et le gouvernement semblent agir de manière bien pire, car le pouvoir gouvernemental se fonde sur des critères sectaires ».

Ce sectarisme a motivé une grande partie des attentats à la bombe, des enlèvements et des attaques terroristes qui ont touché des civils au cours des dix dernières années. Selon le CFC, « les revendications non prises en compte dans l’Al-Anbar et dans d’autres provinces à majorité sunnite soulèvent des craintes légitimes et croissantes de conflit civil. »

Plus de libertés

Malgré l’insécurité, certains mettent en avant les nouvelles libertés dont bénéficient les citoyens, comme l’accroissement des droits individuels, l’amélioration de l’accès aux services juridiques et les structures démocratiques du gouvernement.

« Ce n’est pas seulement l’accès aux services essentiels qui intéresse la population. [Maintenant], les gens ont d’autres aspirations », a dit Sudipto Mukerjee, directeur adjoint du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) en Irak. « La question de l’égalité des chances, de l’accès à un emploi décent et [du droit d’expression] n’a jamais été abordée aussi franchement. »

Cela reste cependant un bienfait tout relatif, dans la mesure où de nombreux observateurs considèrent que le Parlement est dysfonctionnel et le gouvernement corrompu.

« Maintenant, nous pouvons écrire ce que bon nous semble », a dit Safa Muhammed, journaliste. « Nous n’avons pas peur de dire quoi que ce soit ou de critiquer qui que ce soit. Nous avons cette liberté, mais elle est inutile. Quoi que vous écriviez, personne [au gouvernement] n’écoute ou n’est prêt à changer les choses. »

Pour d’autres indicateurs du développement, consultez la série d’IRIN : L’Irak, 10 ans après.

af/da/ha/rz-ld/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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