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La mobilité, cruciale pour s'adapter au changement climatique - experts

A woman caught in flooding in Hanoi. The Vietnamese capital has been inundated with some 20 inches of rain over a three-day period leaving 19 dead. In northern Vietnam, at least 44 people are dead and 100,000 homes underwater.
A woman caught in flooding in Hanoi. The Vietnamese capital has been inundated with some 20 inches of rain over a three-day period leaving 19 dead (Tung X. Ngo/IRIN)

Les experts qui étudient la probabilité des mouvements de population liés au changement climatique aboutissent à des prévisions largement divergentes. Cependant, la plupart d’entre eux s’accordent à dire que les décideurs politiques doivent comprendre que les migrations sont une réaction de survie de populations en danger, et doivent prendre davantage de mesures pour aider les zones de destination à se préparer.



« Les migrations et la mobilité sont toujours perçues comme des exceptions alors qu’elles constituent la norme. La mobilité permet de sortir de la pauvreté », a déclaré Cecilia Tacoli, directrice de recherche pour l’Institut international pour l'environnement et le développement (IIED), une ONG (organisation non gouvernementale) basée à Londres. « Si les personnes affectées par le changement climatique manquent de ressources ou ont besoin de diversifier leurs sources de revenus, il faut répondre à ce manque plutôt que de le considérer comme un problème ».



Mme Tacoli publiera en octobre une étude intitulée Crise ou adaptation ? Migrations et changement climatique dans un contexte de forte mobilité (Crisis or adaptation? Migration and climate change in a context of high mobility).



Les chiffres



Norman Myers, écologue renommé et membre de la 21st Century School de l’Université d’Oxford, qui vient d’achever une étude pour l’Agence suédoise d’aide au développement international, a affirmé que d’ici 2040, « des centaines de millions » de personnes risquaient d’être déplacées par les crises climatiques ou la dégradation de l’environnement.



En 2007, l’ONG Christian Aid estimait à 250 millions le nombre de personnes susceptibles d’être déplacées d’ici 2050 en raison des effets du changement climatique. Et en 2001, une étude de Susmita Dasgupta pour la Banque mondiale prévoyait que la hausse du niveau des mers pourrait obliger des centaines de millions de personnes à changer de lieu d’habitation au cours du 21ème siècle.



D’après les Nations Unies, jusqu’à 70 pour cent des personnes vivant dans des villes de cinq millions d’habitants ou plus sont installées à un à deux kilomètres de la côte.



Mais pour Mme Tacoli, de l’IIED, les prévisions concernant les migrations sont exagérées, car elles s’appuient sur le nombre des personnes vivant dans les zones les plus exposées aux effets du changement climatique, plutôt que sur le nombre des personnes les plus susceptibles de migrer.



Koko Warner, directrice de la section Migration environnementale, vulnérabilité sociale et adaptation de l’Université des Nations Unies (UN University), a déclaré que la multiplicité des variables rendait difficiles, voire impossibles, les prédictions exactes concernant les migrations.









« Si les scientifiques ne donnaient pas d’indications chiffrées, alors les décideurs politiques déclareraient que s’il n’y a pas de preuve, c’est qu’il n’y a pas de problème »

« Quand… on fait des prévisions au sujet de l’environnement, on peut se faire confiance : on s’appuie sur une grande quantité d’informations. Mais lorsque l’on étudie les êtres humains, c’est plus risqué… Les chiffres sont presque toujours fondés sur des recensements qui sont effectués tous les cinq à 10 ans, donc tout ce dont on dispose, c’est d’une image de la situation à un instant donné ».



Ces chiffres n’indiquent pas toujours pourquoi les personnes sont parties, ou quelle dynamique sociale se cache derrière leur migration, a-t-elle ajouté.



M. Myers a défendu ses prévisions. « Ces chiffres ne doivent pas être reçus comme paroles d’évangile », a-t-il précisé. « Ce sont plutôt des estimations documentées. Si les scientifiques ne donnaient pas d’indications chiffrées, alors les décideurs politiques déclareraient que s’il n’y a pas de preuve, c’est qu’il n’y a pas de problème ».



Solutions locales



D’après les recherches menées jusqu’à présent sur les mouvements de populations liés aux catastrophes naturelles, la plupart des victimes ne vont pas au-delà des frontières de leur pays. En outre, les populations les plus vulnérables sont celles qui sont le moins en mesure de s’éloigner, et pour lesquelles la migration internationale de longue distance est encore moins envisageable.



Les événements extrêmes et exceptionnels ont tendance à provoquer des migrations de court terme et de courtes distances, tandis que les évolutions environnementales de plus long terme donnent généralement lieu à des migrations plus permanentes et de plus longues distances, observe un rapport de James Morrissey publié en 2009 par le Refugee Studies Centre.



Pour Mme Tacoli, comme pour d’autres chercheurs, les décideurs politiques devraient aider davantage les Etats vulnérables à se préparer aux conséquences du changement climatique sur leur territoire, par exemple en mettant en place des infrastructures et des services de base dans les petites villes des zones rurales susceptibles de devenir des destinations migratoires importantes.



« Les petites villes des régions agricoles ont un rôle particulièrement important à jouer, car elles risquent de devoir fournir des moyens de subsistance aux populations les plus pauvres, qui se retrouvent souvent sans terre et n’ont pas les moyens de migrer vers des villes plus grandes », a-t-elle expliqué à IRIN.



« Par bien des aspects, ce sont les gouvernements locaux qui peuvent avoir la plus grande efficacité en matière d’atténuation du changement climatique », a-t-elle déclaré. « Pour que cette idée soit acceptée, nous aurons besoin du soutien des gouvernements nationaux des pays concernés, mais pour l’instant, lorsque l’on parle de migrations, on n’évoque que les gouvernements des pays qui ne sont pas directement touchés par le changement climatique ».



Renforcer les stratégies d’adaptation locale pourrait également commencer par permettre de réduire le nombre de déplacés, a indiqué M. Warner.



Les débats sur les migrations devraient se concentrer sur ces questions, plutôt que d’inciter les décideurs et les responsables politiques à tenir des discours fondés sur la « peur des migrations », dans des pays où le changement climatique est aujourd’hui bien souvent présenté comme une question de sécurité nationale, ont déclaré des chercheurs à IRIN.



Une rhétorique de la peur ?



En août dernier, le Département américain de la Défense a publié un rapport indiquant que les crises liées au climat, ainsi que les déplacements massifs de populations qu’elles entraînent, risquaient de provoquer la chute des gouvernements, d’alimenter les mouvements terroristes et de déstabiliser des régions entières. Le Development, Concepts and Doctrine Centre (DCDC) du ministère britannique de la Défense, a élaboré un scénario prévisionnel similaire.



De même, Javier Solana, Haut Représentant pour la politique étrangère et de sécurité commune de l'Union européenne, a averti en 2008 que les migrations liées au changement climatique « pourraient être une source de conflits dans les zones de transit et de destination. L’Europe doit s’attendre à subir une forte augmentation de la pression migratoire ».



« Les pays industrialisés ne peuvent pas se contenter d’élever des barrières – qu’elles soient institutionnelles, politiques ou mentales – à travers la Méditerranée pour empêcher les migrants de passer… S’ils n’essaient pas de trouver des solutions à grande échelle – à la fois locales et internationales – ils finiront forcément par être dépassés », a affirmé M. Myers, de l’Université d’Oxford.



Des signes semblent indiquer que les Etats membres de l’Union européenne commencent à adopter une vision plus nuancée des migrations environnementales. La Commission européenne finance des recherches dans 24 pays vulnérables, visant à étudier les dynamiques des migrations liées à l’environnement, et à s’interroger sur les leçons à tirer de ces observations.



Plutôt que de susciter des réactions de panique, les dirigeants devraient s’inspirer des expériences passées pour définir leurs politiques migratoires et environnementales des années à venir, a déclaré Mme Tacoli.



aj/np/il/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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