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Abus sexuels dans le secteur de l'aide humanitaire : un phénomène courant, des thèmes récurrents

« Parfois, les mécanismes mis en place pour lutter contre l'exploitation sexuelle sont considérés comme des atteintes envers les cultures locales. »

A man walks in the POC (Protection of Civilians) Camp, run by the UN Mission in South Sudan near the town of Malakal, in the Upper Nile state of South Sudan, September 9, 2018. Baz Ratner/REUTERS
Some 37,000 displaced South Sudanese reside in the Protection of Civilians (PoC) camp run by the UN near the town of Malakal, but many women and girls have found abuse at the hands of the very people supposed to protect them.

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Les abus et l'exploitation de nature sexuelle ébranlent l'ONU et le secteur humanitaire depuis longtemps et, de manière plus prégnante récemment, avec les nombreuses allégations qui ont émergé dans le camp de protection des civils  à Malakal, au Soudan du Sud.

Auparavant, un scandale a déjà éclaboussé l'Organisation mondiale de la santé de l'ONU et d'autres organisations humanitaires internationales dont certains employés promettaient des emplois à des femmes et des jeunes filles en contrepartie de rapports sexuels pendant l'épidémie d'Ebola entre 2018 et 2022 en République démocratique du Congo. 

Ces scandales présentent un certain nombre de points communs.

Secteur dominé par les hommes

En premier lieu, la plupart des humanitaires sont des hommes. Dans un rapport de 2019, l'OMS a indiqué que 81% de ses intervenants qui ont lutté contre l’épidémie d’Ebola étaient de sexe masculin. Quand le scandale du Congo a été révélé, l'OMS a annoncé qu'elle prendrait des mesures pour augmenter le nombre de femmes dans son personnel

Beaucoup d'opérations humanitaires se déroulent dans des sociétés patriarcales, où les hommes ont une influence excessive sur la vie des femmes. Dans un grand nombre de ces pays, les femmes ont moins de pouvoir, moins d'opportunités économiques et on attend d'elles qu'elles s'occupent davantage que les hommes de leurs familles.  

Le fait de dépendre d'humanitaires qui sont essentiellement des hommes – souvent issus de ces mêmes communautés – exacerbe les déséquilibres de pouvoir et la dynamique entre les sexes, surtout quand les hommes disposent  majoritairement du pouvoir de décision dans l'aide humanitaire.

« Le pouvoir social et économique que détiennent les humanitaires, en comparaison avec les communautés qu'ils servent, crée des circonstances où les relations sexuelles de nature transactionnelle peuvent devenir intégrées dans les économies locales, les populations locales ne disposant que de peu d'autres moyens pour subvenir à leurs besoins essentiels », a écrit Jasmine-Kim Westendorf dans une récente tribune pour The New Humanitarian. 

Différences culturelles

Un deuxième aspect concernant le monde de l’aide humanitaire est depuis longtemps passé sous silence : comment combler le fossé entre des soi-disant politiques de tolérance zéro de l'exploitation sexuelle, et les pratiques d'une main d'oeuvre locale, qui estime que ces politiques sont une atteinte à leur droit d'avoir des relations sexuelles avec des membres de leur propre communauté. 

A Malakal, des humanitaires sud-soudanais ont évoqué ces frustrations, surtout quand les deux parties résidaient dans le camp et appartenaient souvent aux mêmes communautés. Dans l’est du Congo, où il y a récemment eu plusieurs manifestations contre la présence de l’ONU, les humanitaires ont fait mention d’opinions similaires pendant l’épidémie d’Ebola. 

« Les ONG internationales recrutent parmi la population locale et mettent en place des codes et des politiques de conduite contre l’exploitation sexuelle », a déclaré Fidèle Andera Balyamu, juriste et expert en matière de violences sexuelles et sexistes qui vit au Congo, où il a travaillé auparavant pour une ONG locale. « [Mais], parfois, les mécanismes mis en place pour lutter contre l’exploitation sexuelle sont considérés comme des atteintes envers les cultures locales. Le défi est plus grand quand les victimes de l’exploitation sexuelle considèrent leur situation comme normale. Elles ne comprennent pas pourquoi des personnes peuvent être sanctionnées pour quelque chose de normal. » 

« Dans d’autres situations, respecter le code de conduite et les politiques humanitaires contre l’exploitation sexuelle est considéré comme une contrainte par certaines familles, qui estiment qu’en conséquence, les opportunités sont limitées », a-t-il ajouté. Il a fait remarquer que plus les gens sont déplacés longtemps, plus il peut leur être difficile de se marier. 

Ainsi, bien que la plupart des organisations humanitaires internationales interdisent les rapports sexuels entre leur personnel et les bénéficiaires de l’aide humanitaire, il est difficile de faire appliquer ce règlement, surtout lorsque les deux parties sont issues d’une même communauté. C’est aussi un défi dans des pays comme le Soudan du Sud ou le Congo, où le chômage est élevé et où les rapports sexuels contre un emploi ou de l’argent peut être lucratif, toute mesure gardée.  

Mécanismes de signalement

Le troisième point concerne l’absence de signalement. Ces abus sont en effet souvent connus de tous, et pourtant, les femmes – et les organisations dont les employés sont impliqués – sont parfois réticentes à les dénoncer au grand jour.

Les organisations d’aide humanitaire refusent souvent de rendre publiques les statistiques concernant une zone d’intervention particulière, mettant en avant des raisons de confidentialité. La majorité des organisations qui ont travaillé à Malakal, par exemple, ont refusé de donner aux journalistes le nombre total d’allégations d’abus depuis 2013. La base de données publique de l’ONU elle-même ne propose que des listes d’allégations par pays et non par lieu spécifique.  

Plusieurs humanitaires internationaux ont indiqué aux journalistes que les agences de l’ONU et les ONG présentes à Malakal n’avaient pas d’approche commune pour enquêter sur les allégations et déterminer si ces cas doivent être consignés. 

Les humanitaires, qui ont tous requis l’anonymat par crainte de représailles de la part de leurs employeurs, ont indiqué que beaucoup d’organisations rechignaient aussi à communiquer les informations ou à signaler les cas d’abus sexuels, car elles craignaient que cela ne nuise à leur réputation, ou encore que leurs financements soient moins importants – des craintes renforcées par le scandale sexuel lié à Oxfam.

Oxfam, qui est considérée dans le secteur de l’aide humanitaire comme l’une des organisations les plus performantes en termes de transparence et de signalements, est rapidement devenue l’organisation à ne pas citer en exemple quand il s’agit de la lutte contre les abus et l’exploitation de nature sexuelle, bien que cette organisation ait tenté de faire preuve de franchise au sujet des accusations proférées.  

Dans ce scandale, des employés d’Oxfam ont été surpris en train de fréquenter des travailleuses du sexe, après le tremblement de terre mortel de 2010 en Haïti. En raison de l’étendue des abus,  du fait qu’Oxfam n’a pas fourni de preuves et des carences de sa propre enquête interne, l’organisation caritative a perdu des millions, que ce soit sous forme de dons de particuliers ou de financements publics. 

Un.e humanitaire qui a pris connaissance des programmes élaborés pour lutter contre les abus et l’exploitation de nature sexuelle au Soudan du Sud, et qui a requis l’anonymat par crainte de représailles, a déclaré au New Humanitarian et à Al Jazeera que le scandale des abus sexuels liés à Oxfam avait découragé les autres organisations de signaler les éventuels abus sexuels – ce qui peut expliquer le nombre officiel de cas d’abus relativement peu élevé, en comparaison avec ce que les journalistes ont découvert en l’espace d’une seule semaine. 

« Les organisations se préoccupent davantage de protéger leur réputation et leurs financements que de protéger les personnes vulnérables », a déclaré cet.te humanitaire aux journalistes sous couvert d’anonymat. « Qu’ont-elles à gagner en reconnaissant qu’il y a eu des abus et une exploitation de nature sexuelle en leur sein ? Absolument rien. Elles ont tout à y perdre. C’est pour cette raison que tous les mécanismes officiels mis en place pour lutter contre ce problème vont se révéler inutiles. »

Généralement, la crainte de signaler les abus sexuels est toujours un obstacle majeur à la résolution du problème.  

Beaucoup de femmes sont souvent réticentes quand il s’agit de signaler de tels abus, ou bien elles ne savent pas comment s’y prendre. D’autres craignent d’être rejetées par leur famille ou leur communauté.   

Edité par Paisley Dodds

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