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Ce que l’hiver risque de changer à la crise des réfugiés en Europe

A child waits in line with a group of refugees on the border between Austria and Hungary at Nickesldorf. After crossing on foot from Hungary, the refugees must wait in the cold before buses are available to take them to various camps in Austria
(Andrei Pungovschi/IRIN)

Le nombre de migrants et de réfugiés qui tentent de traverser la Méditerranée pour atteindre l’Europe a tendance à fortement baisser lorsque la mer commence à s’agiter et que le temps se refroidit. Mais après un été où le nombre d’arrivées a battu tous les records, l’hiver qui approche risque d’être différent.

L’automne a déjà rendu les traversées maritimes plus dangereuses, mais le nombre d’arrivées ne semble pourtant pas baisser. En fait, entre la Turquie et la Grèce, il est même passé de 4 500 traversées par jour fin septembre à 7 000 traversées par jour, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM).

Le nombre de personnes à tenter la traversée entre la Libye et l’Italie devrait cependant baisser cet hiver, car elle est beaucoup plus longue, a dit Florence Kim, porte-parole de l’OIM, mais « aucune baisse n’est attendue » en ce qui concerne les arrivées en Grèce, pays par lequel passent désormais la grande majorité des réfugiés syriens.

« L’hiver va affecter les camps du Liban et de Turquie, où les conditions de vie sont déjà difficiles. Cela va pousser les gens à partir », a dit Mme Kim à IRIN. Les récents bombardements russes en Syrie vont aussi probablement déclencher un nouvel exode de réfugiés, a-t-elle ajouté.

La semaine dernière, le président du Conseil européen, Donald Tusk, a cité des estimations des autorités turques selon lesquelles l’intervention de la Russie dans le conflit risquerait de déplacer trois millions de Syriens supplémentaires d’Alep et des environs. L’OIM a qualifié ce commentaire de « spéculatif », mais Bruxelles négocie néanmoins un plan d’action avec la Turquie pour y améliorer l’aide aux réfugiés syriens et pour les dissuader de continuer leur route vers l’Europe.  

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) n’a pas souhaité faire de commentaire sur le probable impact des bombardements russes sur la crise des réfugiés, mais il a dit qu’il s’attendait à ce qu’environ 700 000 demandeurs d’asile atteignent l’Europe en 2015. Selon les chiffres du HCR, près de 600 000 personnes sont déjà arrivées par la mer cette année, dont 83 pour cent provenaient de pays dont les ressortissants peuvent prétendre au statut de réfugié. 

« Bien qu’il soit encore difficile de faire des estimations, il est possible que le nombre d’arrivées soit encore plus grand en 2016 », a dit William Spindler, porte-parole du HCR à Genève.

Les réfugiés et migrants qui se trouveront toujours sur la route qui va de la Grèce à la Croatie en passant par la Macédoine et la Serbie dans les prochains mois devront faire face à des conditions bien plus rudes, car ils devront faire au moins une partie du trajet à pied, certains poussant des handicapés ou des infirmes dans des brouettes, d’autres portant de jeunes enfants. 

Les températures baissent déjà dans l’ouest des Balkans et frôlent le zéro degré Celsius la nuit. Pendant les sombres journées de décembre et janvier, les températures baisseront encore davantage et approcheront les moins trois, voire moins cinq degrés Celsius et les vents de l’Arctique et la neige peuvent même faire chuter les thermomètres jusqu’à moins 20 degrés. 

Selon Melita Sunjic, représentante adjointe du HCR en Serbie, les prévisions incluent toujours les pires scénarios et le HCR s’attend à une hausse du nombre de bénéficiaires traversant la région pendant l’hiver.

« Pendant des mois, nous avons prépositionné des couvertures et des bâches en plastique (pour improviser des abris) en Serbie, ainsi que des manteaux imperméables, prêts à être distribués selon les besoins », a-t-elle dit à IRIN. « Actuellement, nous avons surtout besoin de vêtements chauds pour adultes et pour enfants de tous âges. » 

En Macédoine, trois organisations non gouvernementales locales — LEGIS, Nun, et Help the Refugees — font également des stocks de couvertures et distribuent des imperméables et autres vêtements et des chaussures. 

« La priorité absolue est d’éviter de nouvelles pertes humaines », a dit Linda Low, porte-parole de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, qui se prépare pour l’hiver avec des stocks de secours de couvertures chaudes.

De nombreux camps d’accueil et centres de transit mis sur pied en hâte le long de l’itinéraire des Balkans se résument encore à des tentes et guère plus, alors qu’un grand nombre de migrants en Serbie, en Croatie et en Hongrie dorment dehors, exposés aux intempéries. 

L’État serbe ne compte que 800 places dans des structures permanentes plus adaptées à l’hiver. Il en prépare davantage, mais les réfugiés ont tendance à éviter ces centres, car ils ne se trouvent pas sur la route et ils veulent atteindre leur destination dans le nord de l’Europe le plus vite possible.

En Autriche et en Allemagne, de nombreuses personnes logent dans des tentes. Il n’y a plus de place dans des hébergements plus durables dans ses pays en raison du grand nombre d’arrivées cet été.

« Les gens qui dorment dans des tentes [en Autriche et en Allemagne] sont progressivement transférés dans des bâtiments et des abris pouvant être chauffés, mais cela risque de prendre du temps », a dit M. Spindler, du HCR.

À Miratovac, à la frontière entre la Macédoine et la Serbie, un fonctionnaire de l’OIM qui a préféré garder l’anonymat a prédit que de nombreux migrants et réfugiés allaient rester en Grèce et en Turquie pour l’hiver avant de continuer leur route vers le nord au printemps.

mp/ks/ag-ld/amz 

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