The New Humanitarian Annual Report 2021

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Des crimes contre l’environnement de plus en plus liés à la violence et à l’insécurité

A ranger examines the carcass of a young elephant, one of 22 killed by poachers in Garamba in March 2012. The elephants, including 18 adults, were all shot in the top of the head by a sharpshooter's rifle fired from a helicopter. Many were killed with a s
Certains groupes terroristes tirent d’importants revenus de « l’ivoire de la guerre » (Nuria Ortega/African Parks Network)

Il est admis que le crime environnemental organisé représente une menace pour la sécurité humaine à de multiples égards. Pourtant, les agents de la paix accordent peu d’importance à ce problème, considéré comme une simple question environnementale relevant des écologistes.

La multiplication de ces crimes, leurs liens avec le terrorisme, la hausse de la valeur de la contrebande environnementale et le manque de succès manifeste de ceux qui tentent de contrer ce fléau conduisent cependant les forces de l’ordre, les politiciens et les décideurs à s’y intéresser de plus en plus.

L’attentat qui a récemment frappé le populaire centre commercial Westgate à Nairobi, au Kenya, a attiré encore davantage l’attention sur des crimes contre l’environnement comme le commerce d’ivoire et de corne de rhinocéros. Al-Shabab, le mouvement terroriste islamiste qui a revendiqué l’attaque, financerait 40 pour cent de ses activités grâce au braconnage d’éléphants, ou « ivoire de la guerre ». L’Armée de résistance du Seigneur, un groupe rebelle très violent qui sévit en République démocratique du Congo et en République centrafricaine, se finance également grâce au braconnage d’éléphants.

La hausse des revenus en Asie a stimulé la demande d’ivoire et de cornes de rhinocéros et conduit à une forte multiplication des activités de braconnage. Au cours des cinq dernières années, le taux de braconnage de corne de rhinocéros en Afrique du Sud a été multiplié par sept, parallèlement à la hausse de la demande au Vietnam et dans d’autres pays d’Asie, où ce produit est utilisé comme traitement contre le cancer, comme aphrodisiaque et comme symbole de réussite sociale.

« Une goutte d’eau dans l’océan »

Sur la scène internationale, les hommes politiques, alarmés par la preuve de plus en plus manifeste des liens entre les organisations terroristes et le crime organisé contre l’environnement, prennent plus visiblement position contre le trafic d’espèces sauvages. En juillet, le président américain Barack Obama a mis sur pied un groupe de travail sur ce sujet et s’est engagé à verser 10 millions de dollars en faveur de la lutte contre ces activités.   

Selon Justin Gosling, conseiller en matière de crime organisé contre l’environnement pour la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (initiative mondiale contre le crime organisé transnational), lancée récemment à New York, cela ne représente cependant qu’une « goutte d’eau dans l’océan ».

« Si les pays en développement veulent réellement aider, il faut qu’ils participent financièrement », a-t-il ajouté.

Financée par les gouvernements norvégien et suisse, la Global Initiative est un réseau d’éminents experts du domaine du crime organisé dont le but est de rassembler un large éventail d’acteurs gouvernementaux et de la société civile pour trouver comment combattre le trafic.

À l’occasion d’un colloque de la Global Initiative, M. Gosling a présenté une ébauche de The Global Response to Transnational Organized Environmental Crime (La Réponse mondiale au crime organisé transnational contre l’environnement). Selon ce rapport, qui rassemblait des informations sur les crimes contre l’environnement à travers le monde, ces crimes sont en hausse en terme de « variété, de volume et de valeur » et leur impact est bien plus large que la simple destruction de ressources et d’habitats naturels. « Ils affectent la sécurité humaine sous forme de conflits et portent atteinte à l’état de droit, et à l’accès à des biens essentiels comme l’eau potable, la nourriture et le logement ».

Les crimes relevés vont du commerce illicite de plantes et d’animaux à l’exploitation forestière, halieutique et minérale clandestine, en passant par la production et le commerce de substances appauvrissant la couche d’ozone et le rejet de déchets toxiques. Le rapport signale également des « zones d’ombre » comme l’extraction de ressources naturelles à grande échelle.

Les plus vulnérables

Les pays les plus fragiles, ceux qui manquent d’infrastructures et de services de police efficaces, mais qui possèdent souvent d’abondantes ressources naturelles inexploitées, sont les plus vulnérables à l’exploitation. Les communautés les plus pauvres sont celles qui en souffrent le plus. « La dépendance de millions de personnes dans le monde à la faune sauvage, aux plantes, aux arbres, aux rivières et aux océans reste aussi forte qu’elle l’a toujours été », est-il écrit dans le rapport.

Les ressources alimentaires et les emplois dans le tourisme se font plus rares dans les communautés à cause de la chasse et la pêche intensives et de la déforestation souvent illégale. Dans des pays vulnérables comme les Maldives, par exemple, la hausse du niveau de la mer et le changement climatique causés en partie par la déforestation mettent en danger la population.

Il est impossible de déterminer quelle part du crime organisé porte atteinte à l’environnement, mais on l’évalue généralement à 25 pour cent. Ce chiffre vient d’une estimation de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime sur l’étendue du problème dans la région Asie-Pacifique et est souvent extrapolé pour être appliqué à l’ensemble de la planète. On ignore encore davantage l’ampleur des pertes causées à l’économie officielle par le crime organisé contre l’environnement. Pour compliquer encore plus les choses, la frontière entre la criminalité environnementale et les autres types de crimes organisés est souvent floue, car ils passent souvent par les mêmes réseaux de trafic.

« Nous n’essayons pas vraiment de considérer le crime organisé contre l’environnement en terme de valeur », a dit M. Gosling. « Nous nous intéressons à la réponse apportée à l’échelle mondiale. Qui sont les acteurs et que font-ils ? Est-ce suffisant et, sinon, que peut-on faire ? »

Mieux faire respecter les règles

Les efforts actuels en la matière ne sont pas un succès. Cela s’explique en partie par le fait que la législation et les peines appliquées varient énormément selon les pays. « L’écart entre ce qui peut être considéré comme acceptable et ce qui est hautement illégal est large », estime le rapport, qui défend une meilleure harmonisation des objectifs. De nombreuses stratégies sont appliquées à l’échelle nationale et internationale, mais il existe peu de liens entre elles.

L’éternel problème est que les organisations de protection de l’environnement chargées de lutter contre les crimes environnementaux manquent de capacités ou de pouvoir pour y parvenir, tandis que les organismes chargés de l’application des lois n’en font pas leur priorité. Cependant, à mesure que l’attrait financier de ces crimes augmente (une corne de rhinocéros peut rapporter 250 000 dollars, par exemple, et une sortie en chalutier peut ramener un million de dollars de poisson), les enjeux grimpent également.

Preuve a été faite que les braconniers ont recours à des armes lourdes, telles que des mortiers et des armes semi-automatiques, ainsi que des hélicoptères, a dit Julian Rademeyer, journaliste enquêteur dont le livre, Killing for Profit (Tuer pour le profit), lève le voile sur le commerce illicite de cornes de rhinocéros en Afrique du Sud.

Il n’est pas rare que de grands criminels, comme Vixay Keosavang, surnommé « le Pablo Escobar du trafic d’espèces sauvages », qui agirait en toute impunité dans son pays d’origine, le Laos, aient des liens avec de hauts fonctionnaires et d’autres puissantes élites.

Par ailleurs, aucune mesure policière ne peut effacer le fait que la criminalité contre l’environnement soit largement considérée comme un passeport pour sortir de la pauvreté. M. Rademeyer, qui a présenté les résultats de son enquête lors du colloque, a découvert que les jeunes hommes des villages défavorisés du Mozambique qui s’introduisaient dans le parc national Kruger pour braconner des rhinocéros étaient considérés comme des héros dans leur communauté en raison des sommes d’argent qu’ils ramenaient.

« De nombreuses communautés du côté mozambicain du parc Kruger ne bénéficient pas des efforts réalisés en matière de conservation. Ils doivent faire un choix difficile : se rendre illégalement à Johannesbourg et tenter de trouver du travail ou se livrer au braconnage de cornes de rhinocéros, ce qui peut leur rapporter entre 200 et 2 000 dollars par corne », a-t-il expliqué. En l’absence d’autres opportunités, « les candidats au recrutement pour occuper des fonctions intermédiaires dans ces réseaux de trafic resteront nombreux ».

Besoin de coopération

Selon M. Rademeyer, la Global Initiative pourrait favoriser des actions rapides grâce au partage d’informations. « Ces réseaux changent et s’adaptent très vite. La seule façon de les arrêter et d’agir tout aussi rapidement. »

Signer des protocoles d’entente sans fin n’accélère pas les lenteurs bureaucratiques et diplomatiques. Contrairement au monde obscur et en constante évolution du cybercrime, la criminalité contre l’environnement est « un commerce de marchandises plus classique. Nous n’avons pas d’excuses pour ne pas réussir à y mettre un terme », a dit M. Rademeyer.
 
Steven Trent, directeur de l’Environmental Justice Foundation (EFJ), est du même avis. Son organisation observe les effets de la pêche clandestine sur les moyens de subsistance des habitants de certains pays parmi les plus pauvres d’Afrique de l’Ouest, dont le Liberia et la Sierra Leone. L’EJF a également dévoilé l’existence d’un trafic d’êtres humains sur ces bateaux de pêche clandestins, soit pour pêcher sans être rémunéré en retour, soit pour le commerce du sexe en Asie. Souvent, les coupables sont des compagnies qui « en connaissance de cause ou parfois à leur insu » pêchent illégalement et exportent leurs produits vers les pays riches.

Selon M. Trent, les solutions pour combattre les crimes contre l’environnement n’ont pas besoin d’être très techniques ni complexes. Il faudrait commencer par obliger tous les navires à posséder un numéro de licence. « Lorsqu’il s’agit de crime organisé, les gens ont tendance à compliquer les choses, mais il existe parfois des solutions simples qui pourraient rapidement donner des résultats », a-t-il dit. « La transparence et la traçabilité font partie des outils les meilleurs et les plus simples pour combattre la corruption. »

Les « zones d’ombre », comme l’abattage d’arbres à échelle industrielle, sur lesquelles la loi est souvent peu claire ou appliquée de manière inégale, privent aussi certaines populations de leurs moyens de subsistance et de leur habitat. Une étude menée par Global Witness au Liberia et au Cambodge révèle que d’énormes concessions forestières sont distribuées dans ces pays « sans que les personnes qui y vivent n’aient aucun recours possible », a dit le directeur de l’organisation, Gavin Hayman, qui soutient que les pays doivent partager davantage d’informations sur leurs stratégies d’application de la loi.

Un quart du territoire du Liberia a été livré à des exploitations forestières, a révélé l’étude de Global Witness. Dans certains cas, les communautés ont été chassées de leurs terres et ont perdu leurs moyens de subsistance. Au Cambodge, des activistes qui résistaient aux exploitants forestiers ont même été tués.

Selon M. Hayman, il est impératif que les acteurs de la lutte contre le crime environnemental se rendent sur le terrain et découvrent ce que les communautés locales veulent réellement. Dans le cas contraire, ces populations vulnérables vont finir par être victimes de cette criminalité.  

pg/rz-ld/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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