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Le nombre de Zimbabwéens ayant migré en Grande-Bretagne pour fuir la crise économique et politique dans leur pays a atteint une telle proportion que la ville de Londres est appelée, avec une pointe d’humour désabusé, « Harare North » (Harare nord).
Quelque trois millions de Zimbabwéens, soit un quart de la population du pays, ont émigré. La plupart d’entre eux – des travailleurs semi-qualifiés - ont migré vers les pays voisins, mais les autres ont préféré rejoindre les pâturages verts, bien que humides, de la Grande-Bretagne.
Et la liste des professions recherchées parmi les candidats à l’immigration a été étendue à d’autres profils professionnels - médecins, infirmières, enseignants et informaticiens – et les emplois sont relativement faciles à trouver.
Pour d’autres, et même pour ceux qui ont occupé des postes convenables dans leur pays, il reste la niche des emplois qui, dans tous les pays, assure un salaire minimum aux migrants : le nettoyage et l’entretien des bureaux, le travail dans les chaînes d’établissements de restauration rapide et la garde des personnes âgées.
John et sa femme Chipo* ont plutôt été chanceux. Chipo est infirmière. En 2000, elle a été recrutée, puis est partie pour l’Angleterre où elle travaille dans un hôpital de la banlieue de Londres. John était comptable dans une banque au Zimbabwe : il a trouvé un emploi à un échelon légèrement inférieur à celui qu’il avait auparavant, mais a rapidement avancé dans la hiérarchie et occupe actuellement un poste de superviseur.
« Au début, les Anglais ne savaient pas vraiment quoi faire de moi, mais j’ai fait mes preuves », a-t-il expliqué.
Aujourd’hui, le couple est heureux ; il a une voiture, a contracté un crédit immobilier pour s’acheter un trois-pièces. Certes ils font tout pour garder leur domicile zimbabwéen pour leurs deux enfants, mais cela semble être un combat perdu d’avance. Vivant au milieu d’enfants anglais, leurs deux garçons, âgés de six et quatre ans, parlent à peine Shona – une des langues les plus parlées au Zimbabwe.
Lorsqu’ils sont arrivés en Grande-Bretagne, le couple avait pour projet d’y travailler pendant quelques années, d’économiser de l’argent et de retourner au Zimbabwe. Mais pour John, le retour au pays n’est plus à l’ordre du jour.
« Notre fils aîné va à l’école maintenant, nous avons une maison et je pense que nous sommes ici pour y rester ; en outre, pourquoi élèverions-nous nos enfants dans un pays ou nous ne sommes pas en mesure de les nourrir ? ».
Avec la crise économique que traverse le Zimbabwe, un pays où l’inflation a atteint 14 000 pour cent et les produits alimentaires de base font défaut, John et Chipo sont devenus les principaux soutiens des membres de leur famille restés au pays.
« Nous devons leur envoyer de l’argent régulièrement, autrement ils n’ont pour le moment pratiquement aucun autre moyen de subvenir à leurs besoins », a affirmé John.
Elizabeth était secrétaire au Zimbabwe. Une fois arrivée en Grande-Bretagne, il ne lui a pas fallu longtemps pour se rendre compte qu’il lui serait très difficile de retrouver un travail identique. Et comme bon nombre de Zimbabwéens expatriés, hommes comme femmes, elle s’occupe de personnes âgées.
« C’est un travail pénible, mais il me permet de payer mes factures. En outre, il me permet de payer la scolarité de mes frères et sœurs restés au pays et d’envoyer chaque mois de l’argent à mes parents », a-t-elle confié à IRIN.
Elizabeth prie pour qu’il y ait une amélioration de la situation au Zimbabwe. « J’aimerais y retourner – je ne suis pas chez moi ici et je dois supporter beaucoup de comportements racistes de la part des Blancs ». Pour elle, ces attitudes ne la visent pas parce qu’elle est Zimbabwéenne, mais parce qu’il s’agit de situations que vivent la plupart des Noirs.
Un niveleur social
L’expérience de la migration est partagée tant par les Zimbabwéens noirs que blancs et a, dans certains cas, servi de niveleur social pour ces deux communautés. Les Zimbabwéens blancs, qui pendant les deux décennies qui ont suivi l’indépendance du pays étaient considérés comme une minorité privilégiée, ressentent eux aussi le poids de l’exil malgré leur origine britannique.
Le mari de Jane est un homme d’affaires installé à Harare, la capitale zimbabwéenne; mais compte tenu du déclin de l’économie du pays, il a de plus en plus de difficultés à maintenir le niveau de vie qu’ils avaient. Aussi, Jane, la cinquantaine, a-telle choisi d’aller vivre à Londres.
Ce n’était pas facile de trouver du travail, mais elle a fini par accepter un travail qui consiste à garder les chiens de riches Anglais lorsque ces derniers sont en vacances.
« Le gîte et le couvert sont assurés et le salaire est correct », a-t-elle indiqué. Heureusement pour elle, Jane aime les chiens et gagne suffisamment d’argent pour pouvoir en envoyer régulièrement à son mari.
Bien que née en Angleterre, Jane avoue avoir très peu de choses en commun avec les Anglais qu’elle dit détester surtout parce qu’ils sont assez distants avec elle. Mais le bon climat du pays lui manque également, a-t-elle fait remarquer, ajoutant qu’elle prendrait le premier avion pour rentrer à Harare si la situation politique du Zimbabwe s’améliorait.
« Je suis sûre que dès que les incertitudes seront levées, nous pourrons reconstruire ce que nous avions ; mais actuellement tout ce que nous pouvons faire c’est attendre ».
Selon une étude réalisée en 2006, au moins 50 pour cent des foyers à Harare et à Bulawayo, la deuxième ville du Zimbabwe, reçoivent régulièrement des produits et de l’argent de parents vivant à l’étranger.
Dans la mesure où les Zimbabwéens vivant en Grande-Bretagne améliorent le pouvoir d’achat de leurs proches, une multitude de sociétés de services se sont créées pour permettre aux expatriés d’envoyer de l’argent, et même des vivres et du carburant.
La procédure est simple : l’argent est versé sur le compte bancaire de la société en Grande-Bretagne et les fonds sont transférés immédiatement sur le compte bancaire du bénéficiaire au Zimbabwe. Pour John, le comptable, c’est le meilleur moyen d’envoyer de l’argent et d’échapper à un taux de change officiel extrêmement surévalué.
Mukuru.com, une des plus importantes sociétés de transfert de fonds électronique, permet ainsi à des individus de commander du carburant depuis la Grande-Bretagne. Le parent ou l’ami bénéficiaire resté au pays est informé de la transaction par un message SMS et va ensuite retirer les coupons qu’il échange alors contre du carburant.
Les Zimbabwéens vivant au Grande-Bretagne peuvent aussi acheter des vivres importés d’Afrique du Sud et faire bénéficier leurs parents de soins de santé grâce à une assurance médicale contractée en Grande-Bretagne.
im/oa/he/ads/ail
* Un nom d’emprunt
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