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Les nouveaux camps destinés aux Irakiens déplacés offrent la sécurité, mais peu de confort

Three-year-old Rhama adjusting to life in Khazair transit camp, on the border between central Iraq and the semi-autonomous Kurdish region in the north. Shed fled fighting in Mosul with her mother and grandmother after militants from the Islamic State of I
(Ahmed Ali/IRIN)

Sneen, qui est enceinte de plusieurs mois, s’agenouille devant sa tente pour échapper au soleil de plomb et se protéger les yeux de la poussière.

Cette jeune femme de 23 ans, qui n’a donné que son prénom, est arrivée au camp de Khazair, situé à proximité du poste de contrôle du même nom à la frontière entre le centre de l’Irak et la région semi-autonome du Kurdistan, au nord du pays, le 14 juin. Elle était accompagnée de ses trois enfants et de sa mère, Beduwa. Elle a fui Mossoul, la deuxième ville la plus importante du pays, en pleine nuit pour échapper aux combats.

« Il faisait nuit et il y avait des bombardements. Nous n’avons pas de voiture, alors nous sommes partis à pied, les combats étaient proches », a-t-elle indiqué, en expliquant que son mari, chauffeur de taxi dans la capitale, Bagdad, était bloqué dans la ville, car les routes étaient bloquées par des postes de contrôle installés par des militants.

Le camp de Khazair se trouve à environ 100 km à l’ouest de la capitale kurde, Erbil, et à 53 km à l’est de Mosul, une ville occupée depuis peu par les militants de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL).

L’EIIL et d’autres militants sunnites luttent contre le gouvernement chiite irakien depuis plusieurs mois, mais cette nouvelle avancée a contraint quelque 500 000 personnes à quitter leur domicile au cours de ces dernières semaines, selon les Nations Unies. Elle a fait grimper le nombre total de déplacés dans le pays à 1,2 million depuis janvier.

Le camp de Khazair, qui s’étend sur trois hectares, accueille environ 1 400 personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP), mais les chiffres évoluent tous les jours. Le camp de Khazair est l’un des deux camps de transit opérationnels et plusieurs autres sont en construction. Le reste des déplacés vivent dans les centres urbains. (Lire l’analyse d’IRIN sur la réponse à la situation des PDIP)

Sneen et les autres déplacés ont trouvé un abri et la sécurité à Khazai, mais le camp - un terrain plat et exposé qui, il y a quelques semaines encore, n’était qu’un champ de blé - offre peu de confort.

Le site, qui se trouve à seulement quelques mètres du poste de contrôle, est sec et nu. Les femmes se protègent de la fournaise et des nuages de poussière avec des foulards.

« Il fait tellement chaud ici », a dit Sneen. « Mon aînée ne peut pas dormir. Elle se réveille tout le temps et elle pleure. Elle a besoin d’eau froide et d’une douche. Il fait tellement chaud ».

Des conditions difficiles

Il n’y a pas grand-chose à Khazair à part les rangées de tentes bleues et blanches, frappées du sigle du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), et quelques latrines.

On comprend facilement pourquoi seulement quelques familles s’y sont installées et pourquoi une majorité de déplacés a poursuivi sa route vers les centres urbains.

Modher Alhamadani, qui est chargé de la coordination de la réponse d’urgence et des projets de migration et santé pour l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), a dit qu’une relocalisation du camp était envisagée en raison des mauvaises conditions de vie.

« Le gouvernement se prépare à transférer les familles vers un camp plus permanent et c’est pour cette raison que le gouvernement et d’autres agences n’investissent pas dans le site », a-t-il dit.

« Cela veut dire que les PDIP sont dans une situation très difficile … Ils n’ont pas d’électricité et pas suffisamment d’eau ».

Il a dit que le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) distribuait de l’eau potable, mais en quantité insuffisante pour la consommation quotidienne, et que les conditions d’assainissement étaient médiocres : « Si vous restez ici dix minutes, vous sentirez les mauvaises odeurs ».

Pénurie de nourriture

Lorsque les journalistes d’IRIN ont visité le camp de Khazair, le personnel kurde d’un restaurant local arrivé en pickup distribuait de la nourriture.

Comme de nombreux autres, la mère de Sneen, Beduwa, faisait la queue, mais elle est arrivée trop tard.

« Nous n’avons rien à manger maintenant », a-t-elle dit, en repartant vers sa tente les mains vides, visiblement contrariée.

Non loin de là, Zaid, un homme de 35 ans originaire de Mosul, se plaignait lui aussi du manque de nourriture.

« Nous partageons la nourriture que nous avons », a-t-il dit. « Aucune organisation ne nous a apporté de nourriture jusqu’à présent, seules quelques familles et quelques commerces locaux nous en ont donné. Nous sommes affamés et il n’y a pas suffisamment de nourriture ».

Uma Thapa, directrice adjointe du Programme alimentaire mondiale (PAM) en Irak, a dit à IRIN que les distributions de nourriture ont commencé le 15 juin dans les camps de transit.

« Nous évaluons les besoins. Nous nous déplaçons et nous distribuons de la nourriture », a-t-elle expliqué.

« C’est un camp de transit, les gens vont et viennent, il est donc possible que ceux qui viennent d’arriver n’aient pas reçu de nourriture cette fois-ci, mais nous sommes là-bas pour donner de la nourriture à toutes les personnes présentes ».

Relocalisation

Le camp de Khazair se trouve dans la province de Ninawa, dont certaines zones sont le théâtre de tensions entre les autorités kurdes et le gouvernement central de Bagdad. Le camp se situe dans une zone contrôlée par les Peshmerga, les forces armées kurdes.

D’après le HCR, le camp sera bientôt relocalisé de l’autre côté du poste de contrôle, dans la province kurde d’Erbil. Vian Rasheed, membre du Conseil pour les réfugiés d’Erbil mis en place par le gouvernement régional du Kurdistan (GRK), a dit que cela permettrait d’agrandir le camp et d’héberger un nombre plus important de familles.

Le HCR a indiqué qu’il faudrait un mois pour préparer le nouveau site. Entretemps, Sneen et sa famille devront supporter des conditions de vie difficiles sous le soleil brûlant de l’été.

Selon les rapports, la situation n’est pas meilleure au camp de Garmawa, également situé dans la province de Ninawa, contrôlée par les Peshmerga, mais plus près de la province de Duhok. Il accueille 157 familles, soit près de 1 000 personnes.

Dindar Zebari, directeur adjoint du Département des relations étrangères du GRK et responsable de la réponse aux PDIP, a indiqué que s’il était impossible de forcer les PDIP à s’installer sur des sites spécifiques, les camps restaient une priorité pour le gouvernement.

« Les camps sont la principale stratégie, mais si certaines personnes préfèrent s’installer à l’extérieur des camps et dans les villes, qu’elles ont les moyens de s’en sortir et qu’elles ont de l’argent, cela nous va ».

Mais tous n’ont pas les moyens de s’offrir des chambres d’hôtel. Bon nombre de familles vivent dans des conditions difficiles, en périphérie des villes d’Erbil et de Dohuk : elles campent dans des parcs et des champs ou sont hébergées dans des mosquées ou des églises.

Catherine Robinson, responsable de l’information publique du HCR à Erbil, a dit que les PDIP qui vivent dans des mosquées ou des bâtiments en construction ont besoin d’un vrai logement.

« Il faut leur offrir un environnement sûr et répondre à leurs besoins physiques, médicaux et psychologiques », a-t-elle dit.

Outre les camps de Khazair et Garmawa, des travaux sont en cours pour construire un nouveau site, baptisé ‘Zummar’, dans la province de Ninawa contrôlée par les Peshmerga, non loin de la frontière syrienne et de la ville de Tal Afar.

Deux camps pourraient également être construits dans la province de Souleimaniye, de l’autre côté du Kurdistan : l’un à Kalar, où 3 000 familles se sont récemment installées après avoir fui les combats qui secouaient la province de Diyala, au Sud, et l’autre à Chamchamal, près de la ville de Kirkouk.

Un sixième camp, baptisé Baharka et situé à environ 5 km au nord du district d’Ainkawa, dans la province d’Erbil, a ouvert ses portes brièvement la semaine dernière, mais il n’est plus opérationnel, car les PDIP qui y ont été conduits ne souhaitaient pas rester en raison des mauvaises conditions de vie.

Le site, qui propose des tentes, devait accueillir des réfugiés syriens. Il a ensuite été adapté pour accueillir les PDIP qui fuyaient les combats qui secouaient la province d’Anbar, située à l’ouest, en début d’année. Les déplacés ont accès à l’eau et à l’électricité, mais le camp se trouve dans une zone isolée, au milieu de champs.

co/lr/ha/cb-mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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