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Les déplacés au Yémen ne sont plus vraiment les bienvenus

Mass exodus from Abyan to Aden
(Fuad Musead/IRIN)

« C’est désagréable pour tout le monde », a déclaré Omar Yahya Fadil dont la famille a été déplacée par le conflit dans le nord du Yémen. Il vit désormais dans un quartier surpeuplé de la ville d’Haradh, avec sa femme et ses trois filles.

Ils partagent un modeste logement de trois chambres avec leur belle-famille qui a quatre garçons. « Il n’y a pas d’intimité possible. C’est humiliant », a dit M. Fadil.

En juillet 2008, ils ont quitté leur maison du gouvernorat voisin de Sa’dah pour se réfugier à Haradh, dans le gouvernorat d’Hajjah, à la suite d’une cinquième série de combats entre les rebelles houthis et les forces gouvernementales.

Comme la majorité des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) à Hajjah, M. Fadil a peu d’espoir de voir sa situation s’améliorer prochainement. « Nous ne pouvons pas rentrer, notre maison a été détruite », a-t-il affirmé.

Il craint de ne pas pouvoir payer les dettes qu’il a accumulées juste pour arriver à joindre les deux bouts, mais il reconnaît que cela pourrait être pire : une multitude de familles déplacées vivent dans des campements de tentes à Haradh, a-t-il dit.

À cause du nombre de déplacés, « la population d’Haradh a doublé, ce qui est une charge supplémentaire pour les structures locales », a déclaré à IRIN Richard Ndaula, qui dirige le bureau du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) dans le district d’Haradh, au nord-est.

Malgré la tradition d’hospitalité présente dans la culture yéménite, à Hajjah, les situations de réfugiés prolongées créent des tensions dans une région déjà pauvre. La concurrence pour les maigres ressources disponibles est devenue une source fréquente de friction entre la communauté d’accueil et les PDIP.

Mécontentement autour du partage des ressources

Le gouvernement et les organisations humanitaires dirigent plusieurs projets humanitaires dans la région, et IRIN a rencontré beaucoup de PDIP et d’autochtones qui se plaignent de recevoir moins d’aide que « l’autre partie ».

Le chef tribal sheikh Hamoud Haidar, président du conseil local d’Haradh, a expliqué que les organisations humanitaires s’étaient attiré les foudres des autochtones à cause des retards dans un projet de restauration de l’approvisionnement en eau. D’après la population locale, cela montre que les PDIP sont favorisées au détriment de la communauté d’accueil.

Le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a fourni des canalisations d’eau aux communautés d’accueil il y a quelque mois, a-t-il dit, mais elles n’ont pas encore été installées. Cela a conduit « les habitants à manifester et à bloquer la route qui menait aux camps [de PDIP] en scandant "non aux organisations" ».

Une porte-parole de l’UNICEF a déclaré à IRIN : « L’UNICEF s’est depuis investi en levant des fonds et en militant pour répondre à ces besoins. De plus, le conseil local collabore désormais avec GARWSP [General Authority for Rural Water Supply Projects], l’autorité de gestion des ressources en eau en zone rurale ». Ensemble, ils ont pu réaliser 15 pour cent du projet, a-t-elle affirmé.

Du point de vue local, selon le sheikh Haider, « lorsqu’un membre de la communauté d’accueil voit que les PDIP ont tout, alors que ceux qui fournissent la terre n’ont rien, cela suscite de la rancœur ».

« Les gens ne sont pas méchants avec nous, mais ils ne sont pas non plus accueillants »

Mais M. Fadil a déclaré n’avoir reçu aucune aide humanitaire. « Je ne savais pas que je pouvais disposer d’une aide », a-t-il dit.

Au lieu de cela, il essaye tant bien que mal de gagner de l’argent à Haradh, une ville caractérisée par une économie moribonde, notamment en ramassant du bois de chauffage et en se livrant à la contrebande vers l’Arabie saoudite voisine. Il met douze heures à traverser le désert pour atteindre la frontière de nuit et cela lui rapporte 8 000 rials yéménites (40 dollars). Il court le risque d’être capturé ou abattu par les gardes-frontières saoudiens.

Le ramassage de bois de chauffage n’est pas non plus sans danger. M. Fadil en a fait l’expérience lorsqu’un habitant l’a menacé avec une arme à feu. Son beau-frère a dû intervenir pour calmer la situation.

Climat de méfiance générale

Les relations entre les communautés et les PDIP sont également tendues dans le Sud, dans les quartiers défavorisés de Bani Hushaysh, en périphérie de la capitale Sana’a.

Mme Amel, une mère de cinq enfants dont le mari a été abattu au début des combats à Sa’dah, a déclaré à IRIN que les houthis de la région la considéraient comme une traitre, car elle a fui le conflit. Quant aux partisans du gouvernement, ils la suspectent de soutenir les houthis.

« À Sa’dah, nous vivions dans une ambiance très communautaire : c’était une communauté protectrice », a-t-elle expliqué à IRIN. « À Bani Hushaysh, tout le monde [chez les PDIP] lutte pour survivre. Nous ne nous mélangeons pas aux gens de Sana’a. »

Le fils aîné de Mme Amel traîne dans la rue et refuse d’aller à l’école. « On se moque de lui, car il vient de Sa’dah et qu’il n’a pas les moyens de bien s’habiller », a-t-elle affirmé. « Être fils aîné et orphelin dans un nouvel endroit est très éprouvant. »

Mohammed, père de cinq enfants et originaire de Harf Sufyan, dans le gouvernorat d’Amran, près de la frontière sud de Sa’dah, a déclaré à IRIN qu’il était impatient de rentrer chez lui malgré les violents affrontements qui dévastent la région depuis 2008.

Avant le conflit, « les familles et les voisins se rendaient tout le temps visite », a-t-il dit. « Ici [à Bani Hushaysh], les familles vivent toutes isolées les unes des autres. Les gens ne sont pas méchants avec nous, mais ils ne sont pas non plus accueillants ».

À l’instar de Mme Amel, il a choisi de s’éloigner des courants houthi et pro-gouvernemental à Bani Hushaysh, ce qui lui vaut de susciter la méfiance des deux camps.

Pourtant, d’après les PDIP, la situation s’est un peu améliorée depuis l’arrivée du nouveau président du Yémen, Abd Rabbuh Mansur Hadi. Lorsque l’ancien président Ali Abdullah Saleh était au pouvoir, la police procédait parfois à l’arrestation arbitraire de personnes soupçonnées de soutenir les houthis à Bani Hushaysh, a déclaré Mohammed. Il arrivait que certaines personnes ne soient jamais relâchées.

Pour les membres de la population locale comme Khaled Al-Zubairi, qui se dit neutre concernant le conflit, l’afflux de PDIP à Bani Hushaysh est un bienfait relatif. Comme il est propriétaire d’une boutique, il profite de cette arrivée massive de nouveaux clients. Mais en même temps, leur présence « fait fuir les anciens clients et fait baisser la valeur de la propriété », a-t-il déclaré.

« Ils vivent dans des taudis », a-t-il affirmé, faisant allusion aux abris en parpaing vétustes qui ont remplacé les champs près de sa maison. « Il n’y a pas de canalisations, ni de ramassage des ordures. C’est insalubre et ce n’est pas juste pour ceux qui ont construit la communauté. »

Mais M. Al-Zubairi a déclaré qu’il ne ressentait aucune animosité à l’égard des déplacés. « Ils n’y sont pour rien », a-t-il dit avant d’ajouter : « j’envisage de déménager ».

cc/jj/rz-fc/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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