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Qu'est devenue l'aide allouée au Bangladesh?

With no access to education after primary school at the Kutupalong camp, one of two official camps set up to house 28,000 documented Rohingya refugees, many young people study on their own or in groups David Swanson/IRIN

Le Bangladesh a fait des efforts considérables pour renforcer l'efficacité de l'aide, mais des questions demeurent sur les bénéficiaires de l'aide étrangère que le pays reçoit chaque année et dont le montant s'élève à 1,5 milliard de dollars.

« La manière dont l'aide étrangère est utilisée [ici] ne permettra pas de réduire la pauvreté », a dit à IRIN Anu Muhammad, professeur d'économie à l'université de Jahangirnagar à Dhaka, la capitale. « Il semble que l'objectif n'est pas de réduire la pauvreté, mais plutôt de rendre service à un petit groupe d'intérêt composé de bureaucrates et d'experts ».

Si le taux de pauvreté a chuté de 8 pour cent par rapport à la période 2005-2010, les Nations Unies estiment qu'environ 58 pour cent des 150 millions d'habitants que compte le pays étaient toujours pauvres en 2011 au regard de critères comme l'accès à la santé, à l'éducation et à des conditions de vie sûres.

En 2010, le Bangladesh se classait au vingt-deuxième rang des bénéficiaires de l'aide humanitaire internationale et recevait 1,4 milliard de dollars pour l'aide au développement et l'aide humanitaire.

Lydia Poole, chef du programme d'aide humanitaire mondiale de « Development Initiatives », une organisation non gouvernementale (ONG) basée au Royaume-Uni, a mis les chiffres de l'aide en perspective.

« Le financement officiel de l'aide au développement octroyée par les bailleurs de fonds internationaux . afin de s'attaquer à la pauvreté chronique et à la vulnérabilité aux crises reste relativement modeste par rapport à l'ampleur de la pauvreté et au nombre de personnes régulièrement touchées par les catastrophes naturelles ». L'aide étrangère permet notamment de préparer les communautés à faire face - et à survivre - aux catastrophes.

Selon le Centre pour la recherche sur l'épidémiologie des catastrophes de Bruxelles, une centaine de catastrophes naturelles ont frappé le Bangladesh depuis 2000, faisant environ 9 500 victimes. Le pays est classé au premier rang des 10 pays les plus vulnérables - et les moins préparés - dans le monde aux catastrophes naturelles, a indiqué Maplecroft, une société britannique spécialisée dans l'analyse des risques.

Malnutrition

Le pays a réussi à faire passer la sous-nutrition des enfants de moins de cinq ans de 66 pour cent en 1991 à 41 pour cent deux décennies plus tard. Dans un rapport publié en 2011, l'ONG Action contre la faim (ACF), basée à Paris, a salué le Bangladesh pour cette « réussite ».

Mais aucune autorité nationale ne coordonne les activités d'aide à la nutrition et le suivi des interventions nutritionnelles menées par les ONG est « largement inexistant », a indiqué ACF.

L'Enquête démographique et de santé de 2011 pour le Bangladesh a montré qu'environ 40 pour cent des enfants de moins de cinq ans sont trop petits pour leur âge - un signe de malnutrition chronique - et que 16 pour cent des enfants sont émaciés (on peut également parler de malnutrition aigüe ou dire qu'ils sont trop maigres pour leur taille), soit un taux légèrement supérieur au seuil d'urgence de 15 pour cent pour une malnutrition aigüe, selon les organisations d'aide internationale.

Ces chiffres résolument élevés sont notamment la conséquence d'une mauvaise gestion de l'aide, a dit M. Muhammad. « Environ 80 à 85 pour cent de l'aide étrangère est utilisée pour payer les voyages à l'étranger des bureaucrates et régler les honoraires des experts, pas pour les pauvres », a-t-il dit, en s'appuyant sur ses recherches. « L'aide étrangère ne s'attaque pas aux causes réelles de la pauvreté ou de la vulnérabilité aux catastrophes », a-t-il ajouté.

Corruption

En 2011, l'ONG Transparency International, basée à Berlin, a classé le Bangladesh au 120ème rang sur les 183 pays concernés par l'étude relative à la perception de la corruption dans le secteur public. L'étude réalisée sur la corruption quotidienne a conclu que 66 pour cent des habitants versaient des pots-de-vin aux fonctionnaires afin de bénéficier des services publics de base.

M. Muhammad de l'université de Jahangirnagar a toutefois souligné que la lutte contre la corruption n'est qu'une partie de la solution. « Il faudrait réexaminer tout le processus [d'aide] afin de voir l'avantage que nous en tirons vraiment, car nous bénéficions de l'aide internationale depuis un bon moment », a-t-il dit. « C'est tout le processus de l'aide qui est en cause. Il est temps d'apprendre à mobiliser nos ressources internes ».

« Il est difficile de dire si l'aide étrangère aide le pays ou pas », a dit Piash Karim, professeur d'économie et de sociologie à l'université de BRAC de Dacca. « La population ne reçoit qu'une partie infime du montant total, ce sont des ONG et des fonctionnaires corrompus qui en bénéficient. Il est impossible de fournir des preuves, mais des accusations de corruption ont été portées concernant des projets [financés] par l'aide étrangère », a-t-il ajouté.

La gestion est une étape critique pour réduire la dépendance à l'aide du pays, a dit Ahmed Swapan Mahmud, directeur exécutif et fondateur de Voice, une organisation de recherches et de plaidoyer dont l'approche est fondée sur les droits de l'homme, basée à Dacca.

« Ce n'est que dans le cadre de valeurs démocratiques que la transparence et la responsabilité du système de l'aide peuvent être garanties. Mais il nous faudra encore du temps pour établir un cadre démocratique et institutionnel solide pour atteindre un développement durable ».

Selon bon nombre de personnes, la communauté de l'aide humanitaire du Bangladesh est la plus importante au monde. Outre les 12 agences des Nations Unies et les 77 ONG internationales, le pays compte plus de 2 000 ONG locales enregistrées et plus de 60 000 organisations communautaires.

Un travailleur humanitaire international, qui a demandé à garder l'anonymat, a dit à IRIN que le manque de coordination de l'aide bilatérale, la mauvaise gouvernance et la bureaucratie excessive dans le secteur de l'aide représentaient de véritables contraintes. « Il faut réexaminer tout le système de l'aide, apporter de la transparence et faire preuve de bonne volonté pour s'attaquer aux priorités en matière d'aide ».

Le pays est en bonne position pour atteindre certains des Objectifs du Millénium pour le développement (OMD), mais la question est de savoir comment maintenir les résultats obtenus, a ajouté le travailleur.

Afin d'améliorer les conditions socio-économiques des populations les plus pauvres du monde, les Nations Unies ont fixé huit objectifs pour le développement international en 2000, et le Bangladesh est sur la bonne voie pour atteindre trois de ces objectifs (éliminer l'extrême pauvreté, réduire la mortalité infantile et améliorer de la santé maternelle).

Qualité de la conception du projet

Selon l'Unité Efficacité de l'aide du ministère des Finances, l'efficacité de l'aide dépend non seulement du bénéficiaire, mais aussi du bailleur de fonds. « La qualité de la conception du projet, l'efficacité de l'approbation et de la mise en ouvre du projet sont des éléments clés de l'efficacité du développement », ont indiqué les autorités dans une déclaration à IRIN.

« Il semble possible d'améliorer l'efficacité du développement au Bangladesh. Il est également notable que l'économie a montré des signes de résilience face aux revers socio-économiques nationaux et internationaux de ces dernières décennies », a conclu la déclaration.

Les autorités indiquent que le pays tente d'améliorer l'efficacité de l'aide. Depuis la signature de la Déclaration de Paris sur l'efficacité de l'aide au développement, le Bangladesh a signé le Programme d'action d'Accra en 2008 et le Partenariat de Busan pour une coopération efficace au service du développement en 2011, qui s'appuient sur des engagements supplémentaires pour renforcer l'efficacité et la responsabilité en matière d'aide au développement.

Dacca prévoit d'élaborer sa première politique d'aide nationale en 2013 et de créer un système de gestion de l'information de l'aide afin de mettre les données de l'aide à la disposition du public.

fm/mw/pt/cb-mg/amz
 

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