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Reconstituer le puzzle de l’aide chinoise

Chinese Currency
(Ewan McIntosh/Flickr)

Personne ne peut prétendre qu’il est aisé de se faire une idée précise du budget humanitaire de la Chine, mais l’aide chinoise mérite-t-elle les qualificatifs qui lui sont souvent attribués ? Est-elle vraiment « obscure et opaque » ? « Entourée de mystère » ? Et si elle est si peu transparente, est-ce parce que tout est lié à un plan secret conçu à Pékin, ou parce que le système est tellement désorganisé que personne ne sait vraiment ce qu’il se passe ?



Sven Grimm et ses collègues de l’université de Stellenbosch en Afrique du Sud ont entrepris d’évaluer l’opacité réelle de l’aide chinoise en Afrique. Ils ont entamé leurs travaux à l’occasion d’un séjour au Rwanda, s’enquérant du montant de l’aide chinoise reçue par le pays. « La première chose que nous avons constaté », a dit M. Grimm, « est que nombre des personnes qui devraient pouvoir nous répondre, ne sont au courant de rien ».



En Chine, ils sont tout d’abord arrivés à la même conclusion lorsqu’ils se sont adressés à des responsables chinois, à des membres de groupes de réflexion et à des universitaires qui travaillent dans le domaine des relations sino-africaines. « En général, leur première réponse était, "Nous ne connaissons pas la réponse. Il faudra vous adresser aux gouvernements africains” ».



Toutefois, en approfondissant les recherches, on trouve davantage d’informations que l’on ne l’aurait pensé, a dit M. Grimm. Le rapport qu’il a récemment publié, intitulé « Transparency of Chinese Aid », est un guide écrit à destination des chercheurs. Il indique en détails où effectuer des recherches et le genre d’informations que les chercheurs peuvent espérer trouver.



Chaque année, le gouvernement publie des annuaires statistiques, comme l’« Almanac of China’s Foreign Relations and Trade », qui fournit des chiffres agrégés de l’aide extérieure totale, et le « China’s Trade and External Economics Statistical Yearbook », qui fournit des données dans trois domaines – projets en ingénierie, services de main d’œuvre et conception et conseil.



La Chinese Export-Import Bank publie des rapports annuels qui incluent des informations importantes sur ses prêts concessionnels, comme les taux d’intérêts normaux (2 à 3 pour cent) et les périodes de remboursement (de 15 à 20 ans avec un délai de grâce de 5 à 7 ans).



Livre blanc de la politique humanitaire



Le livre blanc « China’s Aid Policy », publié au début de l’année 2011, constituait le document le plus utile – et représentait un nouveau départ pour la Chine. Ce livre blanc témoignait non seulement d’une plus grande transparence, mais levait également le voile sur la distribution géographique de l’aide chinoise et le type de pays qui bénéficiait de l’aide. Environ 45,7 pour cent de l’aide a été allouée à l’Afrique, le plus important bénéficiaire ; 32,8 pour cent à l’Asie ; et 12,7 pour cent à l’Amérique latine et aux Caraïbes. Environ 39,7 pour cent de l’aide a été allouée aux pays les moins développés ; et 11 pour cent aux pays à revenu intermédiaire et élevé – des pays au moins aussi riches et peut-être plus riches que la Chine elle-même.





















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Le livre blanc répertoriait également plus de 2 000 projets « clé en main » complets et mis en œuvre à l’étranger dès la fin de 2009, ventilés par secteur – projets agricoles, hôpitaux, usines, infrastructures de transport et - oui– comme toujours des stades de sport. Les informations sont donc bien là et quelqu’un est chargé de les recueillir, a noté M. Grimm.



M. Grimm indique en revanche que les données ne sont pas régulièrement publiées. « Elles sont dispersées ; il n’y a pas de rapport annuel. Et au niveau national, on rencontre des difficultés ».



C’est là que l’aide chinoise devient véritablement opaque. Il est par exemple très difficile d’obtenir une réponse à une question en apparence simple, comme « Quel est le montant de l’aide accordée au Rwanda par la Chine ? », et les données spécifiques par pays ne sont jamais publiées. « Nous savons, mais nous ne publions pas », se sont entendu dire M. Grimm et ses collègues.



Ceci étant dit, les donateurs du Comité d’aide au développement de l’Organisation de coopération et de développement économique(CAD/OCDE), qui publient les principales statistiques concernant la fourniture de l’aide, se montrent souvent plus discrets sur la destination exacte de l’argent – une des questions qui sera débattue lors du forum annuel sur l’efficacité de l’aide organisé à Pusan, en Corée du Sud, en novembre 2011.



Les chercheurs chinois – qui sont également frustrés par la situation – ont donné des conseils à l’équipe de Stellenbosch. M. Grimm et ses collègues devraient s’adresser aux bénéficiaires de l’aide en Afrique et attendre la visite d’un haut responsable chinois dans le pays concerné. Les discours incluent souvent des statistiques qui n’ont pas été publiées, et ils représentent également une bonne opportunité pour poser des questions.



Crainte de répercussions domestiques ?



Pourquoi les Chinois se montrent-ils aussi évasifs ? Certainement par peur des pressions concurrentielles, selon M. Grimm.









« La Chine n’est jusqu’à présent pas apparue dans notre classement sur la transparence de l’aide... Le classement n’a pas encore été finalisé, mais la Chine ne se trouvera pas au dernier rang »

Ils ne veulent pas que des pays demandent « Pourquoi reçoivent-ils davantage d’argent que nous ? ». Des comparaisons indues avec les autres donateurs ? Peut-être. En termes de dépenses totales, la Chine reste un donateur modeste, largement dépassée par l’Union européenne ou les États-Unis. Et peut-être également en raison des problèmes rencontrés au niveau national, y compris les critiques qui s’expriment sur Internet et qui sont prompts à demander pourquoi la Chine devrait donner de l’argent à des pays étrangers plutôt qu’à ses provinces les plus pauvres et les moins développées.



Karin Christiansen, la directrice de Publish What You Fund, qui mène campagne pour une plus grande transparence, indique que la Chine n’est pas la seule à craindre que la divulgation de trop d’informations ait des répercussions négatives au niveau national. « Les donateurs occidentaux ont toujours peur », dit-elle, « que la divulgation de plus d’informations provoque la suspicion des gens. Je pense que beaucoup de donateurs occidentaux ont mis du temps à comprendre qu’afficher de la transparence en ce qui concerne la fourniture de l’aide était une manière de renforcer le soutien de la population et non de le saper ».



L’organisation de Mme Christiansen essaye d’évaluer la transparence de l’aide chinoise de la même façon qu’elle évalue celles des pays du CAD. Cela est difficile, car les statistiques ne sont pas comparables ; la Chine inclut dans « l’aide » certaines choses que les pays du CAD n’incluent pas, et vice-versa.



Elle a dit à IRIN : « La Chine n’est jusqu’à présent pas apparue dans notre classement sur la transparence de l’aide, mais les prochains chiffres, qui seront disponibles en novembre, incluront la Chine pour la première fois. Je pense qu’il va être très intéressant de découvrir le classement de la Chine. Le classement n’a pas encore été finalisé, mais la Chine ne se trouvera pas au dernier rang ».



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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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