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EXCLUSIF: 'Trop peu, trop tard' – des victimes d'abus sexuels commis par des employés de l'OMS

‘Ils sont venus nous demander des informations et ils sont repartis en nous laissant les mains vides.’

Person with hazmat suit walking in front of a WHO logo. James Akena/Reuters
WHO was one of the biggest organisations involved in the 10th Ebola outbreak response in the Democratic Republic of the Congo. It was also one of the main ones to face allegations of sex abuse by its workers.

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Plus d’une vingtaine de rescapées du plus grand scandale d'abus sexuels connu dans l'histoire de l'ONU estiment que l'Organisation mondiale de la santé a mis du temps à tenir ses promesses de soutien, et que quand l'aide est enfin arrivée, elle n'a pas été suffisante pour qu'elles puissent aller de l’avant.

 

Après avoir été victimes d'abus sexuels pendant l'épidémie d'Ebola, entre 2018 à 2020, en République démocratique du Congo, un grand nombre de femmes à qui un soutien avait été promis en 2021 ont reçu des versements ponctuels de 250 dollars – environ l'équivalent de deux jours d'indemnités journalières pour le personnel de l’ONU. 

  • Principales conclusions : Soutien et justice pour les victimes d'abus sexuels pendant l'épidémie d'Ebola 

  • Assistance apportée à 104 femmes jusqu'à présent ; 11 victimes ont refusé
  • Les victimes ont reçu des versements ponctuels de 250 dollars
  • Séances de thérapie, assistance médicale et nécessaires de toilettes proposés aux victimes
  • La moitié des victimes n'ont toujours pas été contactées pour leur offrir une assistance juridique
  • Des dizaines d'autres femmes font état de nouvelles accusations d'abus sexuels
  • Aucun employé de l'ONU n'a été déféré pour comparaître éventuellement devant la justice

« J'étais contente, mais c'est très peu », a déclaré une femme qui a reçu 250 dollars, une somme provenant du fonds d'assistance aux rescapé.e.s de 2 millions de dollars.

D'autres ont dit avoir reçu en plus un nécessaire de toilette, un seau et un cours de vannerie ou d'entreprenariat de trois heures. Quelques-unes ont dit qu'elles attendaient toujours de l'aide. Plusieurs ont dit avoir du mal à subvenir seules aux besoins de leurs enfants, après avoir été abandonnées par les pères, des humanitaires. 

 

Certaines s’étaient vu promettre une assistance mais elle leur a été refusée par la suite, selon HEAL Africa, l’une des principales organisations locales contactées par l’OMS et le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) pour qu’elles l’aident à faire appliquer les programmes de soutien.

 

The New Humanitarian et la Fondation Thomson Reuters ont révélé ce scandale en 2020 et ont publié une deuxième enquête en 2021. Le reportage a incité l’OMS à désigner une commission indépendante, qui a confirmé, en 2021, que des employés de l’OMS avaient manipulé des femmes pour qu’elles acceptent du travail en échange de rapports sexuels. Un certain nombre d’autres agences de l’ONU et d’organisations humanitaires ont aussi été accusées nommément par des femmes.

 

Les reporters du New Humanitarian se sont entretenus avec 21 femmes en septembre 2022 et, à nouveau, en février dernier pour leur demander quelle assistance elles avaient reçue. Sur les 73 victimes identifiées lors des enquêtes de 2020 et de 2021, ces 21 femmes avaient donné leur accord pour que les informations qu’elles avaient données soient transmises à la commission indépendante.  

 

Dans le cadre de ce reportage, 34 autres femmes se sont aussi manifestées dans les villes de Cantine et de Mangina, en portant de nouvelles accusations d’abus sexuels commis par des humanitaires pendant l’épidémie d’Ebola, principalement des hommes qui leur disaient travailler pour l’OMS. 

READ MORE: More women accuse aid workers in Ebola sex abuse scandal

Bien que la commission indépendante ait recommandé dans son rapport que des « réparations » soient envisagées, l’OMS a déclaré que les règlements de l’ONU interdisaient de tels dédommagements. Les enquêtes sur ces abus sexuels sont toujours en cours.

« Tout ce que je peux vous dire, c’est que l’OMS est déterminée à être transparente et à rendre des comptes, et quand ce processus atteindra son terme, je crois sincèrement que nous ferons ce qu’il faudra », a déclaré le 28 février, lors d’une conférence de presse, Gaya Gamhewage, qui a été désignée en 2021 pour diriger les actions de prévention des abus sexuels à l’OMS.

Suite au scandale, l’OMS a mis en place un fonds d’assistance aux rescapé.e.s. En février, l’OMS a indiqué que quelque 350 000 dollars de ce fonds avaient été versés à des organisations en RDC, et qu’elle envisageait de prolonger certains contrats liés aux opérations de soutien dans ce pays. 

Le budget total de l’OMS pour la prévention de l’exploitation sexuelle, du harcèlement sexuel et des abus sexuels se monte à 50 millions de dollars, selon Gaya Gamhewage. 

 

En mars 2023, l’OMS a annoncé une nouvelle politique visant à remédier aux « lacunes, aux failles et au manque de clarté » dans ses procédures pour prévenir les abus sexuels et l’exploitation sexuelle, et y apporter une réponse.

 

Mais le nouveau règlement, qui est entré en vigueur le 8 mars sur fond de tollé en raison d’une faille qui a permis à trois hauts responsables de retrouver leur poste, après avoir été accusés de ne pas avoir signalé des comportements sexuels abusifs pendant l’épidémie d’Ebola, intervient trop tard pour certaines victimes.

« Je les supplie de nous aider », a indiqué une femme au New Humanitarian en septembre, un an après l’annonce, par l’OMS, de la création du fonds de 2 millions de dollars. L’OMS s’était aussi engagée à adopter des réformes en profondeur et à proposer une assistance aux victimes, notamment une aide juridique et des séances de thérapie. 

« Ils ont dit qu’ils nous apporteraient un soutien psychologique, mais il n’en a rien été. Ils devaient nous apporter un soutien financier, or nous n’avons rien reçu. »

Cette femme, contactée à nouveau par les reporters en février, a indiqué avoir reçu 250 dollars, du savon, des sous-vêtements et un seau pour sa toilette. Mais elle a ajouté qu’avec si peu d’argent, elle avait toujours du mal à subvenir aux besoins de sa petite fille de deux ans, née suite aux abus sexuels qu’elle avait subis. 

Ces versements ponctuels de 250 dollars étaient censés aider ces femmes dans le cadre d’activités « génératrices de revenus ». Cette somme a été calculée en fonction de plusieurs facteurs, notamment le coût de la vie au niveau local ainsi que le coût des formations et des équipements requis, selon Anna Jefferys, conseillère médias au FNUAP, l’agence de l’ONU désignée par l’OMS pour superviser l’assistance aux victimes. 

Pour aider à déterminer le montant de la somme, le FNUAP indique avoir consulté des femmes potentiellement exposées à des actes de violence et d’exploitation liées au genre – notamment certaines rescapé.e.s – mais les victimes dans leur ensemble n’ont pas été consultées pour des raisons de confidentialité.

Certaines femmes ont dit avoir travaillé pour l’OMS pendant l’épidémie d’Ebola comme cuisinières, femmes de ménage et agents de liaison avec les communautés, et qu’elles gagnaient entre 50 et 100 dollars par mois, soit plus du double du salaire moyen. 

Les offres d’emploi sont limitées pour les femmes en RDC, un pays qui connaît l’une des crises humanitaires les plus longues de l’histoire.

Beaucoup de femmes ont raconté qu’on leur avait fait boire de l’alcool, qu’on les avait piégées dans des bureaux et des hôpitaux, et qu’elles avaient été traitées comme des proies dans des centres de recrutement. D’autres ont dit avoir été enfermées à clé dans des pièces par des hommes qui leur ont promis un emploi ou les ont menacées de les limoger si elles refusaient d’avoir des rapports sexuels avec eux. Beaucoup ont dit qu’elles étaient tombées enceintes ou qu’elles avaient contracté des maladies vénériennes.

L’OMS est l’une des plus grandes organisations à avoir été impliquées dans la lutte contre l’épidémie d’Ebola. Elle a déployé plus de 1500 personnes sur le terrain tout en devant relever des défis, notamment les dangers inhérents à la maladie elle-même et les violences sporadiques dans la région. 

Certaines de ces difficultés ont contribué au retard pris pour contacter les victimes au cours des 18 derniers mois, selon Gaya Gamhewage. Elle a indiqué qu’en février, 115 victimes au total avaient été contactées pour leur offrir des sommes d’argent, un soutien psychologique, des soins de santé et des séances de formation. Onze d’entre elles ont refusé toute aide. Elle a ajouté que l’assistance et les versements financiers n’étaient pas limités aux victimes de l’OMS.

« Ce qui vous est arrivé ne devrait jamais arriver à quiconque », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général de l’OMS, au sujet des victimes, lors d’une conférence de presse tenue en 2021, après la publication du rapport de la commission indépendante. Il a présenté ses excuses aux femmes et a évoqué « un jour sombre pour l’OMS ». 

Toutefois, des cas similaires d’abus sexuels avaient déjà été signalés à l’époque où l’OMS était intervenue pour lutter contre l’épidémie d’Ebola en Afrique de l’ouest, entre 2014 et 2016. Plusieurs autres scandales d’abus sexuels commis par des employés de l’ONU et du secteur humanitaire avaient fait la une dans les années qui avaient suivi.

En dépit de ces scandales antérieurs, la commission indépendante a noté dans son rapport que l’OMS a été « complètement prise au dépourvu pour gérer les risques et les incidents d’exploitation sexuelle et d’abus sexuels » pendant l’épidémie d’Ebola en RDC.

 

Des années trop tard 

Il a fallu plus d’un an après la révélation du scandale avant que les enquêteurs ne contactent un grand nombre de victimes. Il a fallu une année supplémentaire pour que beaucoup de ces femmes reçoivent des nouvelles de leur dossier ou apprennent quel type d’assistance elles pouvaient espérer. 

« Ils sont venus nous demander des informations, à nous, les victimes, puis ils sont repartis en nous laissant les mains vides », a déclaré une femme de 28 ans au New Humanitarian en septembre, au sujet de son entretien avec les enquêteurs de la commission indépendante. 

« Cela signifie qu’eux aussi nous ont exploitées. L’exploitation n’a pas cessé. »

Cette femme a aussi indiqué au New Humanitarian n’avoir toujours reçu aucune assistance, bien qu’elle ait donné toutes les informations sur l’employé de l’OMS qui lui avait donné du travail en échange de rapports sexuels. Elle a ajouté que son fiancé avait mis fin à leur relation quand il avait découvert qu’elle avait été victime d’abus sexuels. Elle dit tressaillir à chaque fois qu’elle voit le logo de l’OMS sur un véhicule. 

« Ils ont dit qu’ils nous apporteraient un soutien psychologique, mais il n’en a rien été. Ils devaient nous apporter un soutien financier, or nous n’avons rien reçu. »

Sur les 83 cas répertoriés par la commission indépendante, 23 concernaient des employés de l’OMS, a indiqué Gaya Gamhewage. Elle a ajouté que le reste des accusations impliquaient d’autres agences de l’ONU et des agences humanitaires.

POUR EN SAVOIR PLUS : Comment ont réagi d’autres agences de l’ONU et les organisations humanitaires

TLa majorité des accusations formulées dans le cadre de ce scandale ont impliqué l’OMS. Mais des employés de l’UNICEF, d’Oxfam, de Médecins sans frontières (MSF), de World Vision, d’ALIMA, de 

l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), de l’International Medical Corps (IMC) et du Comité international de secours (IRC) ont aussi été mis en cause.  
 

A l’époque de l’enquête initiale du New Humanitarian, en 2020, MSF avait dit ne pas avoir reçu d’informations faisant état d’abus sexuels, ce qui pose « de sérieuses questions sur les éventuelles lacunes dans [ses] mécanismes de signalement ».  
 

A l’instar de l’OMS, Médecins sans frontières a ensuite diligenté une enquête interne. MSF a aussi procédé à un « examen éthique » qui a notamment consisté à soumettre un questionnaire à 628 personnes qui avaient été engagées pour lutter contre l’épidémie d’Ebola.   
 

Dans le cadre de ses enquêtes, MSF a identifié 24 cas de « mauvais traitement  ». Dans un grand nombre de ces cas, des rapports sexuels étaient exigés en contrepartie d’un emploi.   
 

MSF a indiqué que quatre cas ont pu être vérifiés et prouvés : trois personnes ont ainsi été limogées mais, pour le dernier cas, MSF a indiqué que l’agresseur présumé ne pouvait pas être identifié de façon formelle. Deux autres cas n’ont pas pu être vérifiés et prouvés, et sept autres dossiers ont été clôturés, soit par manque d’informations, soit à la demande de la plaignante. MSF a ajouté que deux de ces cas concernaient des employés d’autres organisations.   
 

L’UNICEF a indiqué avoir pu vérifier et valider les accusations portées contre une personne employée dans le cadre de la lutte contre l’épidémie d’Ebola, mais que lorsque l’enquête a finalement été ouverte, l’homme en question avait quitté l’UNICEF et était depuis décédé.

L’UNICEF a ajouté qu’elle n’avait pas accès aux informations recueillies par la commission indépendante, « mais nous avons été informés qu’aucune des victimes interrogées au cours de cette enquête n’a évoqué d’abus commis par des employés de l’UNICEF », a déclaré le porte-parole de l’UNICEF, Christopher de Bono.

Il a précisé que l’agence tenait compte des recommandations principales de la commission indépendante, et que l’UNICEF propose aux victimes différentes formes de soutien, mais il a refusé d’être plus explicite : « Nous ne pensons pas que ce soit dans l’intérêt des victimes ».

Clémentine Colas, porte-parole de l’ONG médicale ALIMA, a indiqué que, hormis les cas qui avaient déjà fait l’objet d’une enquête, il a été constaté que les accusations plus récentes « ne concernaient pas d’abus sexuels commis par des employés d’ALIMA et d’organisations partenaires ».   
 

Quand les premières accusations ont vu le jour, en 2020, l’IRC a effectué un réexamen urgent de ses normes de sécurité. Assia Sabi, porte-parole, a aussi indiqué que l’organisation avait engagé un responsable de la sécurité en RDC, assuré au personnel une formation sur la sécurité, et intégré la sécurité dans les processus de recrutement et d’accueil des nouveaux collaborateurs.  
 

Lors de la seconde enquête du New Humanitarian, une femme a accusé un responsable du recrutement de l’IRC de lui avoir proposé un emploi en contrepartie de rapports sexuels. Quand nous avons contacté l’IRC en octobre puis, à nouveau, en mars, aucune nouvelle information sur ce cas particulier ne nous a été fournie.   
 

L’International Medical Corps ne disposait pas non plus d’éléments nouveaux quand nous avons contacté l’organisation en octobre.   
 

Oxfam, qui avait été accusée dans un dossier et qui apportait une assistance à la victime, a indiqué qu’elle assure régulièrement des formations à son personnel en RDC sur les moyens de prévenir et de signaler les abus sexuels. L’organisation a aussi engagé un conseiller national en matière de sécurité et a désigné 11 points de contact pour la sécurité répartis dans sept bureaux à travers le pays.   
 

Oxfam a refusé de dire si d’autres accusations avaient été formulée dans le cadre de son intervention dans ce pays au moment de l’épidémie d’Ebola.   
 

En février, Oxfam a publié une nouvelle stratégie qui vise à « ancrer profondément la sécurité dans la culture d’Oxfam et dans ses pratiques ».  
 

« Nous savons qu’il ne faut pas relâcher notre vigilance et que nous ne serons jamais au bout de nos efforts en matière de sécurité, mais nous sommes déterminés à tirer les leçons qui s’imposent et à nous améliorer », a déclaré une porte-parole d’Oxfam, Tricia O’Rourke.  
 

L’OIM a déclaré que le BSCI n’était pas en mesure de valider les accusations portées contre son personnel et relayées par The New Humanitarian en 2020.

Près de 70 % des femmes interrogées par The New Humanitarian ont dit avoir été victimes d’abus ou d’exploitation par des hommes qui disaient travailler pour l’OMS. Gaya Gamhewage a ajouté que les enquêtes de l’OMS avaient démontré que certains hommes se faisaient passer pour des employés de l’OMS et que d’autres travaillaient pour d’autres organisations humanitaires. 

Quand on lui a demandé si elle était frustrée, pour une raison ou pour une autre, par la manière dont l’OMS avait réagi au scandale, Gaya Gamhewage a répondu au New Humanitarian, lors d’un entretien, en septembre : « Non. Quand je vois ce que font d’autres agences et ce que j’ai réussi à faire, c’est incroyable. »

Quand elle avait pris ses fonctions, Gaya Gamhewage avait exhorté l’agence de l’ONU pour la santé à « faire preuve de courage » pour mettre en œuvre des réformes de grande ampleur.

Certaines de ces réformes visent à accélérer les investigationss et à recruter des enquêteurs supplémentaires pour résorber l’arriéré de dossiers dans le monde entier. Gaya Gamhewage a ajouté qu’il était possible que certaines victimes n’aient toujours pas été contactées.

Pas de décisions de justice, pas de réparations

En dépit des recommandations de la commission indépendante, l’OMS a déclaré à plusieurs reprises que les règlements de l’ONU interdisent le versement de réparations. L’ONU elle-même, pourtant, a souhaité que des réparations soient versées dans les cas de violations des droits humains et de violences sexuelles liées aux conflits.

Certaines organisations, comme l’Eglise catholique, ont vendu des biens pour pouvoir verser des réparations aux victimes d’abus sexuels. D’autres organismes jugés responsables d’abus sexuels ont été poursuivis en justice dans l’espoir d’obtenir des indemnités ou réparation du préjudice subi, et certain.e.s des plaignant.e.s ont eu gain de cause.    

Les intérimaires – le statut d’un grand nombre des femmes abusées sexuellement pendant l’épidémie d’Ebola – n’ont pas accès à tous les mécanismes de justice interne des Nations unies. Certains employés de l’ONU, en revanche, se sont vu attribuer des indemnisations de plus de 100 000 dollars dans des affaires similaires.

« Il me fallait trouver du travail pour pouvoir vivre, pour que je puisse m’acheter une parcelle de terre où habiter, pour me construire un chez moi », a déclaré au New Humanitarian la femme qui a une petite fille de 2 ans.

 

Elle a déclaré qu’elle était tombée enceinte après avoir eu des rapports sexuels avec un homme qui disait travailler pour l’OMS et qui lui avait proposé du travail en échange de relations sexuelles. Il a alors bloqué son numéro de téléphone et refusé de l’employer. Elle a fait une fausse-couche par la suite.

Elle a raconté qu’un autre homme lui a alors proposé un emploi à l’OMS en contrepartie de rapports sexuels. Après s’être soumise, elle a été engagée.

Au moment de l’entretien qu’elle nous a accordé, elle n’avait reçu aucune assistance. En février, elle a indiqué avoir reçu 250 dollars. 

Arthur Nzanzu, qui était responsable du projet de soutien aux rescapé.e.s intitulé HEAL Africa, a déclaré en février au New Humanitarian que cet organisme n’était qu’un partenaire chargé de l’application des décisions et qu’il n’avait pas son mot à dire sur le projet ou sur la manière dont il était mis en oeuvre. Néanmoins, il a ajouté que le programme était entravé par des restrictions budgétaires, des impératifs de temps et des retards – des facteurs qu’il impute indirectement au FNUAP.

« Il ne peut pas s’agir d’un ‘projet urgent’ [à réaliser sur] un laps de temps aussi court, a-t-il ajouté. Ce devrait être un projet sur le long terme, qui s’étale sur deux, voire trois ans »

Certains de ces retards sont liés au fait que le FNUAP a voulu vérifier l’éligibilité des bénéficiaires potentielles du projet, a déclaré Arthur Nzanzu. Le FNUAP a indiqué que son travail avec les victimes dans les régions cibles a permis d’établir une première liste de bénéficiaires.

HEAL Africa avait reçu du FNUAP une base de données initiale comportant les noms de femmes, qui ont ensuite été informées par HEAL Africa qu’elles bénéficieraient d’une assistance, mais Arthur Nzanzu a ajouté que le FNUAP a alors demandé à son organisme de tout arrêter et lui a transmis une base de données complètement différente.  

Le FNUAP a indiqué qu’en fait, davantage de victimes – 104 au lieu de 92 – ont reçu une assistance.   « Le principal problème, quand nous avons commencé à rechercher les personnes qui figuraient dans cette nouvelle base de données, c’est que cela a pris du temps et que nous n’en avons retrouvé que quelques-unes », nous a indiqué Arthur Nzanzu lors d’un un entretien téléphonique.    

D’autres femmes, dont le nom figurait dans la base de données initiale et qui avaient déjà reçu l’assurance de HEAL Africa qu’elles recevraient une assistance, ont alors dû s’entendre dire qu’elles n’étaient pas éligibles, a indiqué Arthur Nzanzu. Il a ajouté qu’elles étaient « furieuses ». Le FNUAP n’avait pas réagi à ces allégations au moment où cet article a été publié.  

HEAL Africa a commencé à travailler sur le projet en avril 2022 et l’a terminé en décembre.   « A dire vrai, le budget était vraiment très peu élevé », a déclaré Arthur Nzanzu. Il a expliqué que ce projet, qui s’est étalé sur neuf mois, avait reçu un financement d’environ 65 000 dollars, soit un peu plus de 7,000 dollars par mois.

« Quand une somme d’argent aussi peu importante est débloquée… il ne peut pas s’agir d’un ‘projet urgent’ [à réaliser sur] un laps de temps aussi court, a-t-il ajouté. Ce devrait être un projet sur le long terme, qui s’étale sur deux, voire trois ans ».

Il a indiqué que 104 femmes ont reçu un soutien – et, pour un grand nombre d’entre elles, ces derniers mois seulement. Le New Humanitarian avait alerté l’OMS au sujet de ces retards en septembre.  

Le FNUAP a indiqué que l’accent était mis sur le soutien psychologique et sur la réintégration des femmes pour les aider à devenir autonomes. Ces femmes ont l’option de rouvrir leur dossier si elles le souhaitent, mais « l’assistance aux victimes n’est pas proposée à perpétuité », a ajouté l’agence onusienne. 

 

‘Une justice différée est un déni de justice’

Gaya Gamhewage a réitéré l’adage « une justice différée est un déni de justice » lors de la conférence de presse du 28 février à Genève. Elle a fait remarquer que le Bureau des services de contrôle interne (BSCI) de l’ONU continuait ses enquêtes sur les accusations.  

Il doit, entre autres, déterminer si certains dossiers devraient être transmis aux autorités congolaises pour des poursuites au pénal éventuelles.  

Le viol d’une adolescente de 13 ans figurait parmi les neuf viols mentionnés par la commission indépendante.  

Seule la moitié des victimes ont pu être contactées pour leur proposer une assistance juridique, a indiqué Gaya Gamhewage, qui a invoqué des difficultés pour localiser les victimes.

Elle a pointé du doigt d’autres problèmes qui se sont présentés lors de la mise en oeuvre des programmes d’assistance aux victimes, notamment des difficultés pour vérifier le nom des femmes. 

Elle a précisé que certaines d’entre elles avaient en effet donné un faux nom aux enquêteurs. Certains numéros de téléphone n’étaient plus valables. 

Gaya Gamhewage a ajouté que 13 victimes ont engagé des poursuites, mais qu’elle ne disposait d’aucune autre information sur ces dossiers ou sur l’identité des organisations qui employaient les agresseurs présumés.  

L’OMS a ajouté qu’elle n’a pas été informée d’éventuelles actions de reconnaissance de paternité qui auraient été initiées contre des employés de l’OMS. Plusieurs victimes ont en effet indiqué au New Humanitarian qu’elles étaient tombées enceintes après avoir eu des relations sexuelles avec des hommes qui disaient travailler pour l’OMS.  

« Les enquêtes qui sont menées actuellement par le BSCI de l’ONU doivent notamment s’intéresser aux actions de reconnaissance de paternité et faciliter leur traitement, notamment en procédant à des tests ADN », selon la porte-parole de l’OMS, Fadela Chaib. 

Ben Swanson, secrétaire général adjoint du BSCI, s’est refusé à tout commentaire sur l’état d’avancement des enquêtes quand The New Humanitarian l’a contacté par courriel le 3 mars.  

Certains éléments de ce reportage ont été fournis par Paisley Dodds à Londres et par Jacob Goldberg à Bangkok. Edité par Andrew Gully.

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