1. Accueil
  2. Afrique

L’ombre des risques sécuritaires pèse sur la distribution de l’aide

A Somali Transitional Federal Government soldier on the border between Bulo Hawo, the Somali town and Mandera town in northeastern Kenya
(Jaspreet Kindra/IRIN)

La ville de Mandera, située à la frontière du Kenya, de l’Ethiopie et de la Somalie, est une plaque tournante pour les opérations humanitaires dans le district kenyan de Mandera frappé par la sécheresse. Elle aurait pu constituer une base logistique pour envoyer l’aide par la route dans les zones touchées par la famine au sud et au centre de la Somalie, mais les risques sécuritaires sont élevés.



Il y a environ quatre mois, la milice Al-Shabab s’est emparée de Bulo Hawo du côté somalien et elle continue de lancer des attaques sporadiques dans la région, quoique la ville ait été reprise par les autorités. Le 27 juillet, le groupe s’est servi d’un téléphone portable pour déclencher une explosion dans la ville de Mandera, tuant un policier kenyan, à quelques centaines de mètres d’un bureau des Nations Unies.



La frontière entre le Kenya et la Somalie n’est pas définie par une limite géographique ou ethnique : des Somali vivent de part et d’autre. La ville [de Mandera] est la capitale du district de Mandera, où sont installées la plupart des Organisations non gouvernementales (ONG) et des agences onusiennes qui sont là pour répondre à la sécheresse.



Un travailleur humanitaire a dit à IRIN : « Nous nous attendons à ce que les attaques de la milice se multiplient. » La police est de plus en plus visée de chaque côté de la frontière. A la mi-juillet, les balles ont volé au-dessus des deux villes adjacentes, provoquant la mort d’un officier de police employé par le Gouvernement fédéral de transition (TFG) qui contrôle actuellement Bulo Hawo.



Les travailleurs humanitaires internationaux doivent voyager sous escorte policière en permanence. « Les policiers sont devenus plus vulnérables maintenant que les autorités kenyanes sont considérées comme instrumentales dans la formation de la police du TFG, » a dit un travailleur humanitaire. « Al-Shabab essaie de déstabiliser la région et de reprendre le contrôle. »



Cependant, Benson Leparmorijo, commissaire du district de Mandera Est, où se trouve la ville de Mandera, préfère qualifier les attaques d’« incidents isolés ».



Les opinions varient sur la question de savoir si la situation sécuritaire déjà tendue de la ville de Mandera et des environs pourrait dégénérer.



Pour M. Leparmorijo, les attaques n’auraient aucun impact sur la distribution de l’aide. « Je parle régulièrement avec les responsables du TFG de l’autre côté …. des mesures de sécurité. »



Les troupes éthiopiennes, qui soutiennent le TFG, surveillent aussi la frontière à Bulo Hawo et interviennent au besoin.
























Lire Aussi
 Sécheresse et VIH dans la Corne de l’Afrique - un cocktail explosif
 L’aide à la Corne de l’Afrique doit viser aussi la résilience à long terme
 Les agences de l’ONU au Kenya exhortent à amplifier la réponse à la sécheresse
 Aide d'urgence pour les enfants sous-alimentés de Mogadiscio
 Il faut agir immédiatement contre la famine en Somalie – Nations Unies

Les ONG locales disent que ce ne sont pas elles qui sont la cible d’Al-Shabab, mais les autorités, et que cela n’affectera pas les opérations humanitaires. « Je ne pense pas qu’Al-Shabab tienne à se mettre les populations locales à dos ; ils perdraient alors toute chance de gagner le soutien populaire, » a dit un travailleur humanitaire.



Au cours des dernières semaines, la plupart des personnels humanitaires internationaux ont reçu le conseil de ne pas se rendre à Mandera ; les agences se reposent donc principalement sur les personnels nationaux et les partenaires locaux.

 

Un travailleur humanitaire local a dit que le sentiment de menace d’être pris entre deux feux était permanent. « Après les attaques de cette semaine, j’hésite désormais à me rendre sur le terrain ; je ne crois pas que cela soit très bon pour le moral des travailleurs humanitaires, qu’ils soient locaux ou internationaux. »



De l’autre côté de la frontière



Mais Adan Mohammed Siyad, un haut fonctionnaire du TFG de la région voisine de Gédo en Somalie, rejette les inquiétudes sécuritaires. “Nous pouvons gérer toute l’aide humanitaire pour la Somalie en passant par Mandera. La situation sécuritaire n’est pas mauvaise, » a t-il dit.



Le TFG et les autorités kenyanes tiennent à ce que les Somaliens soient aidés dans leur propre pays.



« Nous voulons que notre population reste ici et nous pouvons l’aider ici. Aidez-nous à aider les gens ici. Nous ne voulons pas ajouter des problèmes à ceux de nos voisins. En fait nous pouvons acheminer l’aide à Doolow [en Somalie, près de Dolo en Ethiopie] qui n’est qu’à 40 kilomètres d’ici », a dit M. Siyad.



Il a ajouté qu’au moins cinq ou six personnes mouraient de faim chaque jour à Doolow.



M. Leparmorijo a été applaudi des deux côtés pour avoir ouvert la frontière entre la Somalie et le Kenya à Mandera de manière informelle, contribuant ainsi à l’approvisionnement d’aliments essentiels en Somalie.



« Les commerçants comme nous vont et viennent pour acheter des réserves de sorgho à vendre à l’intérieur de la Somalie où la situation est très grave, » a dit un commerçant somalien. « Tous les jours, nos femmes viennent [à Mandera] pour vendre du lait et elles rentrent le soir. Au moins nous pouvons gagner un peu d’argent. La situation est assez difficile de ce côté-ci de la frontière. »



Les routes de Bulo Hawo sont en très mauvais état, de même que les rares véhicules qui les empruntent. Un bâtiment criblé de balles ayant servi de siège à Al-Shabab a été transformé en hôpital privé.



« Ce n’est pas un hôpital très sophistiqué ; les gens vraiment malades sont transportés à Mandera, » a dit un responsable du TFG. « Nous emmenons même par avion à Nairobi ceux que nous ne pouvons pas soigner, » a ajouté M.Laparmorijo. « Nous faisons tout notre possible pour aider. »



L’impression de calme qui règne dans la ville de Mandera donne le malaise. On parle d’offensive militaire dans les médias locaux. Mais quand on s’enfonce plus loin dans le district, c’est l’inexistence des routes, plus que la sécurité, qui constitue la menace la plus grave quand il s’agit de distribuer à temps l’aide humanitaire.












Somali women in Bulo Hawo, the Somali town near Somalia's southeastern border with Kenya, as they leave Mandera town

Somali women in Bulo Hawo, a town near the Kenyan border
Jaspreet Kindra/IRIN
Somali women in Bulo Hawo, the Somali town near Somalia's southeastern border with Kenya, as they leave Mandera town...
http://www.irinnews.org/photo/
Mercredi, juillet 27, 2011
Security risks overshadow aid delivery
Somali women in Bulo Hawo, the Somali town near Somalia's southeastern border with Kenya, as they leave Mandera town...


Photo: Jaspreet Kindra/IRIN
Des femmes somaliennes se rendent dans la ville somalienne de Bulo Hawo, en revenant de Mandera, au Kenya

Bilan de la malnutrition



Certaines zones du district de Mandera n’ont pas connu de véritables pluies depuis plus d’un an et aucune pluie n’est prévue pour les trois prochains mois. Presque toutes les organisations humanitaires et tous les responsables gouvernementaux reconnaissent que l’approvisionnement en alimentation d’urgence et en eau doit être accéléré. Les quelques points d’eau restants sont censés être à sec à tout moment.



Dans la région occidentale du pays, on a enregistré un taux de malnutrition aiguë globale (GAM) de plus de 31 pour cent, l’un des taux les plus élevés du monde récemment. Les autorités hospitalières du district ont dit avoir été notifiées du décès d’au moins deux petits enfants pour cause de malnutrition au cours des trois derniers mois.



Nur Haji Osman, chef du village de Malkamari dans le centre de Mandera, a dit avoir enregistré sept morts dues à la famine entre avril et mai, quand le village s’est trouvé complètement à court d’eau et de pâturages.



L’un des chefs de village a souligné que durant les sécheresses précédentes, les gens pouvaient se réfugier en Somalie comme en Ethiopie. « Nous sommes le même peuple : des Somali et des Borena. Cette fois-ci, c’est la même chose partout. Nous n’avons nulle part ou aller. »



jk/js/mw- og/amz



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

Partager cet article
Participez à la discussion

Right now, we’re working with contributors on the ground in Ukraine and in neighbouring countries to tell the stories of people enduring and responding to a rapidly evolving humanitarian crisis.

We’re documenting the threats to humanitarian response in the country and providing a platform for those bearing the brunt of the invasion. Our goal is to bring you the truth at a time when disinformation is rampant. 

But while much of the world’s focus may be on Ukraine, we are continuing our reporting on myriad other humanitarian disasters – from Haiti to the Sahel to Afghanistan to Myanmar. We’ve been covering humanitarian crises for more than 25 years, and our journalism has always been free, accessible for all, and – most importantly – balanced. 

You can support our journalism from just $5 a month, and every contribution will go towards our mission. 

Support The New Humanitarian today.

Become a member of The New Humanitarian

Support our journalism and become more involved in our community. Help us deliver informative, accessible, independent journalism that you can trust and provides accountability to the millions of people affected by crises worldwide.

Join