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Kampala exhorté à cesser les expulsions « par la force »

Food distribution in a village in the Nakivale refugee settlement
Refugees in Nakivale at a past food distribution. The UN refugee agency has urged the Ugandan government to suspend an operation to "forcibly" deport Rwandans (file photo) (Jane Some/IRIN)

L’Ouganda a commencé à expulser « par la force » des centaines de Rwandais de deux camps de réfugiés du sud-ouest du pays, sous la menace des armes, à en croire un témoin, ce qui a incité le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à appeler à la suspension de l’opération.



Les deux pays tentent depuis longtemps de débarrasser l’Ouganda des réfugiés rwandais, qui pour leur part, ne se sentent pas assez en sécurité, disent-ils, pour rentrer dans leur pays.



Tarsis Kabwegyere, ministre ougandais chargé de la préparation aux catastrophes et des réfugiés, a expliqué que l’opération, lancée le 14 juillet, visait les immigrés clandestins « qui n’avaient aucune raison de rester ici ».



« Ils n’ont pas de papiers et plus de 1 700 d’entre eux ont été rapatriés », a-t-il ajouté.



« Le HCR le sait. Nous n’avons pas agi en secret ; le gouvernement rwandais nous a fourni les transports, les vivres et l’eau. Ils n’ont fait que ramener les leurs dans leur pays. Ils sont responsables de leurs citoyens ».



Mais le HCR a pris ses distances par rapport à l’opération.



« Nous n’y participons pas », a dit à IRIN Kai Nielsen, représentant résident du HCR en Ouganda, le 15 juillet.



« Il s’agit d’un arrangement bilatéral entre les deux gouvernements ougandais et rwandais. Nous avons demandé au gouvernement ougandais de suspendre l’opération de police en cours dans les camps de réfugiés de Nakivale et Kyaka sans l’intervention du HCR et visant à rapatrier les Rwandais par la force ».



« Pas vraiment eu la chance » de rester



« Tout en respectant tout à fait le droit du gouvernement à gérer les demandeurs d’asile déboutés de leurs demandes à l’issue du processus d’appel légal, nous sommes cependant extrêmement inquiets de constater que certaines personnes menacées d’expulsion vers le Rwanda n’ont pas vraiment eu la chance de soumettre leurs demandes d’asile. Tout rapatriement forcé constitue une violation des lois ougandaises et internationales sur le droit d’asile ».












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L’International Refugee Rights Initiative et le Refugee Law Project ont également condamné l’opération, qui selon eux constitue une violation de la Constitution ougandaise, et, parce que les familles seraient séparées, de la loi sur les enfants et de la Convention relative aux droits de l’enfant.



« La police a interdit l’accès au camp », a dit M. Nielsen. « On nous a dit que les réfugiés étaient rassemblés pour être informés des résultats de leurs processus d’appel [des demandes d’asile] ; d’autres se sont fait dire qu’ils recevraient des rations alimentaires ».



« En fait, ils ont été rassemblés et embarqués dans des camions qui attendaient de les emmener vers le Rwanda. Entre 1 000 et 2 000 personnes ont été rapatriées », a-t-il expliqué.



Marcel Gatsinzi, ministre rwandais en charge de la Préparation aux catastrophes et des réfugiés, a expliqué à IRIN que les rapatriés, « environ 2 000 personnes », se trouvaient désormais dans un camp de transit du district de Gicumbi, « pour que nous puissions déterminer de quel district ils viennent ».



« Nous sommes en train de prendre les dispositions nécessaires pour subvenir à leurs besoins sur un mois, en leur distribuant des vivres ou des ustensiles de cuisine, etc., et nous avons mis à leur disposition des moyens de transport pour les laisser rentrer dans leur district d’origine », a-t-il ajouté.



Trompés



Un leader communautaire rwandais qui se trouvait parmi les réfugiés du camp de Juru A – un des camps de Nakivale majoritairement occupés par des Rwandais – a dit à IRIN par téléphone : « Nous avons été appelés aux bureaux du camp [le 14 juillet] ; nous pensions qu’il s’agissait d’une réunion, mais lorsque nous sommes arrivés là-bas, nous avons trouvé la police et les chefs du camp, ainsi qu’une douzaine de camions ».



« Cela s’est très mal passé : nous avons été tenus sous la menace des armes tandis que les policiers et les chefs attachaient les mains des gens et les forçaient à monter dans les camions ; ceux qui ont fui ont essuyé des tirs. D’après ce que j’ai compris, plusieurs personnes ont été blessées au cours du chaos », a dit le leader communautaire, sous couvert de l’anonymat.



Certains réfugiés forcés à monter dans les véhicules ont été passés à tabac alors qu’ils tentaient de résister, a-t-il rapporté.



« A présent, il y a très peu de Rwandais au camp de Nakivale. Nombre d’entre eux ont fui dans la brousse ou au sein de la communauté d’accueil. Ceux qui restent sont pour la plupart des enfants et des personnes âgées, qui ne peuvent pas courir », a expliqué le leader communautaire. « J’ai entendu dire que certaines des personnes qui ont fui se trouvaient en très mauvais état dans la brousse ».



« Ils ont emmené un grand nombre de voisins, hier », a dit un autre réfugié rwandais de Nakivale. « Moi, je suis trop vieux pour fuir ou retourner au Rwanda. Que vais-je devenir ? Je suis inquiet pour mon petit-fils, dont je m’occupe, et qui va au collège. J’ai peur qu’ils ne l’attrapent et ne le forcent à aller au Rwanda alors qu’il est né ici. Mon fils, son père, est mort ; il ne connaît pas d’autre foyer. Qu’allons-nous devenir ? ».



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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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