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Les rescapés du volcan regagnent la ville de Goma

Des milliers de personnes qui avaient fui leurs maisons dans la ville orientale congolaise de Goma à la suite d'une éruption volcanique survenue jeudi ont commencé à rentrer chez elles, ignorant les secousses continues du volcan Nyiragongo et les avertissements des responsables de l'ONU.

"Nous devons nous inquiéter des personnes qui reviennent dans une région encore risquée," a déclaré lundi à des agents humanitaires de la ville voisine Gisenyi, Ross Mountain, coordinateur humanitaire adjoint du Bureau de l'ONU pour la coordination des affaires humanitaires. "Nous ne devrions pas relâcher notre vigilance trop tôt."

Il a tenu ces propos lors d'une réunion de coordination, organisée quotidiennement dans un bureau de l'ONU à Gisenyi, depuis l'éruption du volcan survenue jeudi. Les participants de cette réunion se sont lancés dans de vives discussions pour savoir si les distributions de vivres pouvaient commencer à Goma. La pression pour entamer la distribution des vivres monte au fur et à mesure que s'amplifie la colère des habitants de Goma, nombreux à avoir retrouvé leurs maisons ensevelies sous la lave peu à peu refroidie ou consumées dans les incendies causés par la lave brûlante.

"La population est de plus en plus frustrée. Les habitants veulent plus d'action et moins d'évaluations," a indiqué un autre agent humanitaire lors de la réunion.

Le ravitaillement en vivres et produits non alimentaires est aisément disponible à partir des stocks existants. Même si tout le monde était d'accord sur le fait que les distributions humanitaires devaient débuter immédiatement, les défenseurs les plus tenaces de cette action ont reconnu que le message donné par une telle initiative serait que la communauté internationale a jugé la ville suffisamment sûre pour le retour de ses résidents.

"Que dira la communauté internationale si nous encourageons un tel retour de la population et qu'une autre éruption engloutit la ville?", a interrogé un responsable de l'ONU.

La majorité des habitants de Goma a ignoré les appels de la communauté humanitaire et du gouvernement rwandais à se réfugier au moins temporairement dans des camps spécialement installés à leur intention. Un des camps d'aide se trouve à proximité de Gisenyi, un autre est implanté à Ruhengeri, dans le nord-ouest du Rwanda près de la frontière avec la République démocratique du Congo.

"La plupart des Congolais préférerait risquer une autre éruption volcanique plutôt que d'être loin de chez eux dans un pays perçu comme hostile," a expliqué un autre agent humanitaire. "Les gens ont gardé de mauvais souvenirs des camps de réfugiés mis en place au lendemain du génocide rwandais de 1994."

Le Rwanda est considéré par de nombreux Congolais comme un pays agresseur qui s'est servi de la présence de forces armées à sa frontière pour justifier une invasion de la RDC.

Les agents humanitaires attendent toujours avec impatience les résultats d'échantillons prélevés dans le Lac Kivu, dont l'eau est utilisée par les quelque 400 000 personnes qui résident sur ses rives. Bien qu'aucune des usines de traitement des eaux de Goma n'ait été touchée par la lave, les experts en assainissement des eaux craignent qu'une coulée de lave ayant atteint le lac ait introduit des agents chimiques que les usines de filtration d'eau ne savent pas traiter. Bien que la lave semble s'être refroidie et avoir durci en surface, la vapeur qui s'échappe du point où la coulée de lave est entrée dans le lac indique que de la lave fondue continuerait de couler sous cette couche durcie et de se répandre dans l'eau.

Des craintes ont été émises sur les effets possibles de la lave fondue et de l'activité sismique sur les larges poches de dioxyde de carbone et de gaz de méthane qui reposent au fond du lac, risquant de provoquer de géantes explosions susceptibles de causer des raz-de-marée ou d'énormes émissions de gaz toxiques, qui pourraient tuer des centaines voire des milliers de personnes.

La communauté humanitaire s'est également dit frustrée par le temps qu'il avait fallu pour envoyer sur le terrain des vulcanologues, des chimistes et d'autres spécialistes afin d'effectuer des évaluations de risque de façon à guider leurs opérations d'aide. Un vulcanologue arrivé cependant lundi et qui a pu effectuer une inspection aérienne du volcan Nyiragongo a fait part d'un optimisme prudent.

"Les indications préliminaires montrent que ces coulées de lave sont le résultat d'une activité tectonique - un tremblement de terre - et non d'une éruption volcanique," a indiqué à IRIN un vulcanologue, parlant de fissures dans la terre, certaines s'étendant sur plusieurs kilomètres. "Toutefois, cela pourrait prendre des mois pour le vérifier."

D'autres vulcanologues doivent arriver mardi munis du matériel sophistiqué nécessaire pour mener une telle étude.

Les agents humanitaires s'inquiètent également de l'insécurité à travers toute la région, où les milices congolaises Mayi-Mayi et les groupes de l'Interahamwe et des ex-FAR demeurent actifs.

"Nous devons être très prudents lorsque nous installons des camps temporaires pour les habitants de Goma qui ne sont toujours pas rentrés chez eux," a confié un responsable de l'ONU, indiquant que des affrontements avaient eu lieu récemment à moins de 20 kilomètres de la ville.

"Nous devons tenir compte de la possibilité que ces groupes pourraient profiter de la confusion générale pour lancer une offensive" contre le Rassemblement congolais pour la démocrate-Goma, soutenu par le Rwanda et qui contrôle une large partie de l'est de la RDC, a ajouté le responsable.



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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