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Ralentissement de l'urbanisation

An aerial view of inner-city Johannesburg.
(Laura Lopez Gonzalez/PlusNews)

Il y a vingt ans, les villes d'Afrique du Sud se préparaient à un afflux massif de migrants ruraux à la suite de l'abandon des lois sur les laissez-passer qui avaient été adoptées au temps de l'apartheid pour limiter la mobilité des Noirs. Si des villes comme Johannesburg et Durban se sont effectivement développées, leur croissance n'a pas atteint les taux exorbitants qui avaient été projetés et d'autres ne se sont pas agrandies du tout.

La plupart des habitants des zones rurales ont difficilement accès au marché de l'emploi formel et n'ont donc pas les ressources nécessaires pour vivre en ville pendant de longues périodes. Ils conservent souvent un foyer et des parents dans les zones rurales et y retournent pour les mariages, les enterrements et quand les conditions de vie en ville deviennent trop difficiles.

Selon Deborah Potts, maître de conférences en géographie humaine au King's College de Londres, des modèles de migration circulaire semblables sont à l'ouvre dans de nombreux pays africains, contrant les effets de l'exode rural et remettant en cause l'hypothèse répandue selon laquelle le continent africain s'urbanise rapidement.

« L'urbanisation de certains pays, qui semblent par ailleurs de moins en moins nombreux, suit cette tendance largement admise », a dit Mme Potts à IRIN. « Or, il existe un groupe de pays beaucoup plus important qui, selon des données de recensement récentes, s'urbanisent à peine ; et il y a même un groupe de villes qui, de toute évidence, sont en proie à un phénomène de désurbanisation ».

Dans un article publié en février par l'Africa Research Institute [un think-tank londonien indépendant], Mme Potts note que le coût élevé de la vie et le manque d'opportunités d'emploi formel dans les villes africaines, en particulier à la suite de la mise en ouvre des programmes d'ajustement structurel des années 1980, ont réduit l'écart entre les niveaux de vie rural et urbain.

« Lorsqu'ils sont confrontés à l'insécurité économique et à des privations pires que celles qu'ils enduraient là d'où ils viennent, les habitants du continent africain se comportent aussi rationnellement que n'importe où ailleurs », a-t-elle écrit.

Migration invisible

Si les implications politiques de la migration circulaire ou de l'exode rural sont significatives, il faut, pour élaborer des politiques efficaces, réussir à dénombrer cette population mobile. « Les chiffres dont nous disposons ne sont pas précis, car il existe un phénomène de migration invisible », a dit le professeur Phil Harrison, membre de la Commission nationale de planification d'Afrique du Sud (National Planning Commission, NPC). « De nombreuses familles ont plusieurs foyers. Certains membres habitent dans des zones rurales et d'autres dans des zones d'habitation informelles, et ils se déplacent régulièrement entre ces différents lieux ».

Selon Alan Mabin, directeur de l'École d'architecture et d'aménagement de l'université du Witwatersrand, à Johannesburg, de nombreux hommes politiques et urbanistes se basent encore sur de vieilles hypothèses pour évaluer la croissance des villes, car les résultats du recensement de 2011 ne sont pas encore disponibles et le recensement précédent a été réalisé en 2001.

« De nombreuses personnes pensent encore qu'il faut contrôler la migration vers les villes pour éviter qu'elles ne soient surpeuplées », a-t-il dit.

Des données recueillies par la Commission électorale indépendante, qui retrace les déplacements des électeurs, révèlent que les Sud-Africains sont mobiles, mais qu'ils ne migrent pas seulement vers les villes. « Il y a beaucoup de migrations progressives et de déplacements à l'intérieur d'une même municipalité », a dit M. Harrison. « Les gens sont attirés vers les zones qui leur offrent de meilleures opportunités économiques, mais aussi des infrastructures et des logements ».

Les allocations sociales accordées aux aînés, aux enfants et aux handicapés suffisent pour faire vivre une famille qui habite dans une zone rurale où le coût de la vie est relativement faible et stimulent parfois même la croissance d'économies monétaires dans certaines régions. Le taux élevé de fertilité dans les zones rurales compense également pour l'exode.

« La population des zones rurales restera probablement stable au cours des 20 à 30 prochaines années », a ajouté M. Harrison.

Dans d'autres parties de l'Afrique où le filet de sécurité économique offert par les systèmes publics de prestations sociales n'existe pas, les ménages des régions rurales peuvent souvent faire pousser de quoi nourrir leur famille sur des terres qui appartiennent aux autorités locales.

Selon Mme Potts, si des pays comme le Malawi sont restés profondément ruraux en dépit du fait que les habitants doivent souvent se démener pour faire pousser de quoi nourrir leur famille, c'est que les opportunités d'emploi sont rares et que le coût de la vie est élevé dans les villes. « Les gens migrent vers les villes, mais ils n'ont pas tendance à y rester », a-t-elle dit. « Ils cherchent un endroit où ils pourront avoir un niveau de vie raisonnable et ils ne le trouvent pas ; ils continuent donc à se déplacer ».

Des villes-aimants

Si les autorités locales seront peut-être soulagées d'apprendre que les Africains ne sont pas en passe d'envahir les villes, Loren Landau, directeur du Centre africain pour la migration et la société (African Centre for Migration and Society, ACMS) de l'université du Witwatersrand, met en garde contre trop de complaisance. « Les taux de migration ne sont peut-être pas aussi élevés que certains le craignaient, mais la croissance [des villes], lorsqu'elle est exprimée en chiffres absolus, représente malgré tout un défi démographique et politique de taille pour les autorités locales et les autres institutions chargées de subvenir aux besoins des pauvres des villes », a-t-il dit à IRIN.

Des villes comme Johannesburg continuent d'attirer comme des aimants les migrants provenant de l'intérieur et de l'extérieur du pays. Par ailleurs, si les niveaux de croissance attendus n'ont pas été atteints, la ville continue de croître à un rythme annuel d'environ 1,9 pour cent, soit le double de la moyenne nationale.

« Nous sommes toujours à la traîne pour ce qui est de la capacité à répondre adéquatement à certains besoins, notamment le logement », a dit M. Harrison. « Une croissance moindre que celle qui a été anticipée pourrait ainsi se révéler être une bénédiction ».

ks/cb-gd/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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