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Les pays pauvres ne tiendront pas les rênes de leur nouveau fonds

Le fonds destiné à aider les pays en voie de développement à s’adapter au réchauffement climatique a été approuvé lors de la conférence des Nations Unies sur le changement climatique, tenue à Bali, et deviendra opérationnel début 2008, a annoncé un haut responsable des Nations Unies le 11 décembre.

Malgré la résistance des Pays les moins développés (PMD), le Fonds d’adaptation sera dirigé par le Fonds pour l’environnement mondial (FEM), un organisme de financement international composé de 178 membres, qui aide les pays en voie de développement à financer divers projets et programmes pour la protection de l’environnement mondial.

Selon Yvo de Boer, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC), les décisions du Fonds d’adaptation seront prises par un comité représentatif de 16 membres, choisis au sein de divers groupements régionaux.

La direction du fonds a été l’un des principaux points de désaccord entre les pays développés et les pays en voie de développement au cours de la conférence sur le changement climatique. Antonio Hill, conseiller en politiques sur le changement climatique auprès de l’organisation d’aide au développement britannique Oxfam, a expliqué ainsi les objections des pays en voie de développement : « Le [FEM] fonctionne selon le principe "un dollar, une voix" – comme la Banque mondiale, où les pays développés sont aux commandes ».

« Les PMD sont extrêmement bouleversés [par cette décision] : nous [les PMD] aurions souhaité obtenir une représentation d’au moins 50 pour cent au sein du comité – ce devrait être à nous de décider quoi faire avec notre argent, dont nous avons besoin tout de suite », a commenté Nasimul Haque, expert en communication de la cellule sur le changement climatique du Programme de gestion complète des catastrophes, au Bangladesh.

M. Haque a accusé le FEM d’avoir déjà, par le passé, traîné les pieds pour verser les fonds demandés par les PMD. « Le Bangladesh ainsi que d’autres PMD, tels que le Kenya, souffrent chaque année d’événements étroitement liés au climat ; les pays développés doivent prendre conscience de l’urgence de la situation ».

Le Bangladesh occupe le rôle de secrétariat des PMD.

« Le FEM, qui dirige également le Fonds pour les pays les moins développés (FPMD), gère les subventions accordées comme toute autre organisation gèrerait des dons. Ce qu’il doit comprendre, c’est que les subventions que les bailleurs s’engagent à verser au fonds nous reviennent de droit [aux PMD] ; nous payons le prix du luxe que s’offrent les citoyens des pays développés », a déclaré M. Haque.

A ce jour, les émissions de dioxyde de carbone s’élèvent à environ 1 100 tonnes par habitant en Grande-Bretagne et en Amérique, contre 0,14 tonne par habitant – l’un des taux les plus faibles du monde – au Bangladesh.

De l’argent, tout de suite

Le Fonds d’adaptation sera abondé par le prélèvement d’une taxe d’environ deux pour cent sur les crédits accordés par le Mécanisme pour un développement propre (MDP), créé en vertu du protocole de Kyoto ; le protocole de Kyoto, adopté en 1997, est un engagement pris par 36 pays industrialisés en vue de réduire leurs émissions à effet de serre d’au moins cinq pour cent par rapport aux émissions de 1990.

La première phase d’engagement du protocole s’achève en 2012, et la négociation d’un nouvel accord, après Kyoto, fait actuellement l’objet de négociations dans le cadre de la conférence de Bali. Le MDP permet aux pays industrialisés de gagner (et d’échanger) des crédits de réduction des émissions en mettant en place divers projets dans d’autres pays développés ou dans des pays en voie de développement, et d’utiliser ces crédits pour atteindre leur objectif en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Selon les estimations de la CCNUCC, le fonds récoltera jusqu’à 300 millions de dollars par an d’ici à 2030, en fonction de la demande sur le marché du carbone, mais cette somme reste trop modeste pour permettre un réel changement. Les PMD et les autres pays en voie de développement étaient également disposés à participer aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. « Mais nous ne disposons pas de la technologie nécessaire pour le faire », a observé M. Haque.

Le transfert des technologies propres a également fait l’objet d’un désaccord au cours des négociations de Bali sur le changement climatique. « Aucune entente n’a été conclue concernant le financement [du transfert] – nous n’avons pas les moyens d’acheter les brevets de technologie que les pays développés veulent qu’on se procure », a-t-il ajouté.

Outre le manque global de financement, certaines organisations non-gouvernementales (ONG) telles qu’Oxfam ont également mentionné divers problèmes rencontrés par les pays pauvres qui cherchent à obtenir des subventions auprès du FPMD, l’un des deux fonds créés par la CCNUCC pour aider les pays pauvres à s’adapter au réchauffement climatique.

Sur les 163 millions de dollars promis au PMDF, environ la moitié - 67 millions de dollars – a été versée, mais moins de 10 millions de dollars ont été redistribués.

« Rien que cette année, les dégâts que nous avons subis à la suite du cyclone [d’octobre dernier] se montent à quatre ou cinq milliards de dollars », a observé M. Haque, du Bangladesh.

« La Banque mondiale et les autres institutions financières ont déjà fait le tour [des bénéficiaires], et accordé leurs prêts. Nous leur demandons : "Comment allons-nous vous rembourser si nous savons que nous risquons d’être frappés par une nouvelle catastrophe l’année prochaine ?" », a expliqué Abou Kamal Ouddin, l’expert en adaptation de la cellule bangladaise sur le changement climatique.

Pour M. Ouddin, le nouveau mandat de Bali devrait tenir compte du fait que « nous vivons au sein d’un ordre mondial général et délimiter la quantité d’émissions de gaz à effet de serre par habitant susceptible d’être autorisée ; nous pourrions ensuite vendre notre part de crédits carbone inutilisés aux populations des pays développés et utiliser cet argent pour survivre ».

Selon ECO, une lettre d’information quotidienne, publiée par les organisations non-gouvernementales de défense de l’environnement qui participent au sommet de Bali, les décisions du nouveau comité du Fonds d’adaptation seront prises par consensus ou, faute de consensus, à la majorité des deux tiers.

Toujours selon la lettre d’information, le comité dispose d’un pouvoir de révision sur toutes les questions liées au Fonds, y compris sur les dispositions institutionnelles prises par le FEM et la Banque mondiale, qui assumera le rôle d’administrateur pour une période de trois ans. « Mais cette autorité suffira-t-elle à affaiblir le FEM si nécessaire ? », s’interrogeaient les éditeurs.

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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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