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Un million de Burundais sur une population totale de 6,9 millions de personnes, ne peut plus se permettre de se faire soigner en raison du système de santé mis en place par le gouvernement en 2002, a affirmé jeudi, Meinie Nicolai, directrice opérationnelle de Médecins Sans Fontrières/Belgique (MSF), lors d'une conférence de presse à Nairobi, la capitale du Kenya.
MSF avait effectué une étude épidémiologique au mois de mars. L'objectif était de "mesurer l'accès financier aux soins de santé primaires selon les systèmes de paiement prévalant dans les centres de santé au Burundi", a indiqué le rapport de MSF.
La "réalité alarmante" de l'accès aux soins de santé, a affirmé MSF, découle ainsi d'une politique gouvernementale conduite depuis 2002.
"Près de cinq millions de Burundais sur les 6.9 millions que compte le pays doivent financer eux-mêmes l'intégralité des coûts de leurs soins de santé primaires, qui incluent les médicaments ainsi que les examens et les actes médicaux," a indiqué MSF. "Le gouvernement, qui consacre une large part de son budget à l'effort de guerre," a dénoncé MSF, n'intervient en effet que pour les paiements des salaires et le financement des infrastructures.
Pour MSF, cette politique de santé tend à précariser davantage la population dont 99% vit en dessous de seuil de pauvreté (un dollars par jour) et plus de 85% avec moins de un dollar par semaine, a avancé MSF selon les résultats de son étude.
Dans les régions soumises à ce système, le prix d'une simple consultation dans un centre de santé primaire, a précisé MSF, correspondant en moyenne à 12 journées de travail dans les champs. Près des deux tiers de la population sont ainsi obligés "pour se faire soigner, [de recourir à des moyens extrêmes comme le travail 'forcé' et la vente de biens essentiels", a rapporté MSF.
"Etant donné le niveau d'extrême pauvreté dans lequel vivent les Burundais, demander à la population de financer elle-même un système de soin de santé, même primaire, revient à l'en priver de facto quasi totalement," a déclaré Luc Nicolas, responsable des opérations au Burundi pour MSF-Belgique.
Selon MSF, le système mis en place est valable pour les pays en voie de développement.
"Le Burundi n'est pas en voie de développment, c'est un pays en sortie de crise. C'est la raison pour laquelle ce système n'est pas adapté au Burundi," a affirmé Mme Nicolai.
Les résultats de l'enquête, a poursuivi MSF, révèlent également des taux de mortalité supérieurs au seuil d'alerte qui "sont particulièrement préoccupants au sein des populations vivant dans les zones concernées par le système de recouvrement des coûts".
Les taux de mortalité s'élèvent à 1.6 pour 10.000 par jour, alors que le seuil d'alerte indiquant une situation d'urgence est de 1 décès pour 10.000 par jour, a précisé MSF.
Le taux de mortalité chez les enfants âgés de moins de cinq ans, a ajouté MSF, s'élève à 4.9 décès pour 10.000 par jour; le seuil d'alerte étant de 2 décès pour 10.000 et par jour. La malaria est la première cause des décès au Burundi, a ajouté MSF.
Dans ces conditions, MSF et d'autres ONG, ont développé dans certaines régions avec l'appui du ministère de santé d'autres systèmes de santé de manière à alléger les dépenses en santé primaire.
Un système, mis en place par l'ONG, Cordaid, dans la province de Makamba (sud du pays) consiste à ne faire payer au patient que la moitié des frais médicaux.
Il bénéficie à 220.000 personnes, a rapporté MSF. Une autre initiative, menée par d'autres ONG dont MSF, dans les provinces du Karuzi(nord-est), Bujumbura Rural (ouest), Cankuzo (est) et Ruyigi (est) consiste en l'application d'un forfait.
L'ONG médicale s'est néanmoins "engagée à travailler à la mise en oeuvre de la gratuité des soins". Elle a également recommandé, "une concertation de tous les acteurs sur l'accès financier aux soins et sur les alternatives de financement des services qui évitent l'exclusion; une attention particulière aux personnes vulnérables; une information et un suivi sur l'accès financier [devant permettre de réfléchir à un système d'accès aux soins plus adéquats pour le Burundi]"; et de repenser le lien entre le service de santé et la population, pour une plus grande efficacité des soins.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions