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Des motifs politiques derrière la destruction des bidonvilles d’Islamabad

Ghaffar Ali, 14 (center) attends a protest against evictions of slums in Pakistan.  Ghaffar sells vegetables from a cart in the capital Islamabad's main produce market.  He says his family is from Bajaur Agency, but has lived in Afghan Basti, a nearby slu
Ghaffar Ali, 14 ans (au centre), lors d’une manifestation contre la destruction des bidonvilles au Pakistan, et notamment de celui d’Afghan Basti, où il vit avec sa famille (Umar Farooq/IRIN)

Le 17 mars, Muhammad Yaqub, 22 ans, a reçu un préavis des autorités l’informant de la destruction prochaine de sa maison aux murs de boue et au toit de chaume située dans la capitale pakistanaise.

M. Yaqub habite l’un des 18 bidonvilles illégaux que l’Autorité pour le développement de la capitale (Capital Development Authority, CDA), qui relève du ministère de l’Intérieur, prévoit de déplacer ou de raser ce mois-ci. Les bidonvilles, où vivent plus de 80 000 personnes – parmi lesquelles de nombreux déplacés à l’intérieur de leur propre pays ou réfugiés et migrants afghans – ont fait l’objet d’une attention accrue à la suite de l’attaque du 3 mars dernier. Des hommes armés et des kamikazes ont alors fait irruption dans un tribunal d’Islamabad, où ce genre d’attaque est pourtant rare, et tué 11 personnes.

« D’où venaient-ils [les attaquants] ? Où se cachaient-ils ? » a dit Shaista Sohail, qui supervise le programme d’éradication des bidonvilles, lorsqu’on lui a demandé si l’attaque avait été l’élément décisif qui avait décidé le gouvernement à procéder à la destruction des bidonvilles. « Toutes sortes d’activités clandestines se déroulent dans ces zones », a-t-elle dit.

Les démolitions devaient commencer le 24 mars 2014, mais, après un sit-in qui a rassemblé des milliers de résidents des bidonvilles devant les bureaux de la CDA, le 20 mars, des responsables ont annoncé que l’opération serait remise à plus tard. « Nous avons appris que les autorités de santé prévoyaient d’organiser une campagne de vaccination contre la poliomyélite [dans les bidonvilles], alors nous avons remis l’opération à plus tard », a dit Mme Sohail, sans même évoquer la violente réaction de la population.

Les habitants des bidonvilles disent être victimes de l’incapacité du gouvernement à assurer adéquatement la sécurité de la population civile du pays, en particulier dans la capitale. Ils ajoutent que la menace d’une expulsion forcée se profile chaque fois qu’une lacune du gouvernement en matière de sécurité est mise en évidence.

« Ils veulent détruire ces bidonvilles... parce qu’ils disent qu’il y a des terroristes », a dit Mariam Bibi, qui habite l’un des quartiers qui doivent être rasés. « Nous travaillons comme balayeurs, manœuvres, nous sommes des travailleurs, pas des terroristes. Ils n’arrêtent pas les véritables terroristes, qui se promènent en se vantant de ce qu’ils ont fait. »

Dans le cadre de l’enquête sur l’attaque du 3 mars, le ministre de l’Intérieur du Pakistan Chaudhry Nisar Ali Khan a ordonné aux forces de police de mettre l’accent sur les bidonvilles illégaux, où des insurgés se seraient cachés par le passé selon les autorités.

« De nombreux bidonvilles sont apparus autour d’Islamabad. Les gens qui y vivent ne s’enregistrent pas, et cela entraîne inévitablement une situation difficile en ce qui concerne l’ordre public », a dit M. Khan aux législateurs en septembre dernier. « Il y a de nombreux étrangers, des migrants afghans, pour la plupart, qui n’ont ni carte d’identité ni dossier – 98 000 illégaux, des étrangers pour la plupart, certains avec des dossiers criminels. » Cette déclaration a été faite le lendemain d’une attaque menée par des insurgés dans le nord-ouest du pays et dans laquelle un général pakistanais haut placé a été abattu. Il s’agit de l’un des plus importants officiers à trouver la mort dans le cadre des affrontements qui opposent les insurgés et le gouvernement depuis une décennie.

Ibrahim, un autre résident qui a refusé de donner son nom de famille, est, depuis des années, témoin des raids menés par les forces policières dans le quartier. « Ça arrive tous les ans, mais cette fois, nous sommes plus inquiets qu’à l’habitude », a-t-il dit. « Les policiers organisent régulièrement des raids, mais ils ne trouvent rien. Ils arrêtent 100 à 200 personnes, vérifient si elles sont d’origine afghane, puis les relâchent dans la soirée », a-t-il dit, ajoutant qu’il a lui-même été arrêté le mois dernier dans le cadre d’un tel raid.

« Nous avons mené environ neuf opérations importantes [dans les bidonvilles] cette année », a dit un officier haut placé de la police d’Islamabad qui a refusé de donner son nom parce qu’il n’était pas autorisé à parler aux médias. « On va toujours y faire un tour, [et on trouve] des petits délinquants... Mais les habitants des bidonvilles ne constituent pas une plus grande menace que ceux [du reste] d’Islamabad. »

Une histoire de déplacement

M. Yaqub et sa famille, qui ne peuvent retourner chez eux dans les zones tribales sous administration fédérale (Federally Administrated Tribal Areas, FATA) en raison des combats qui y ont toujours lieu, font partie des 8 000 habitants d’Afghan Basti, le plus grand des bidonvilles d’Islamabad devant être détruits prochainement. Il y a passé toute sa vie.

Selon une étude menée l’automne dernier par la CDA, plus de 1 000 résidents du bidonville sont des réfugiés afghans enregistrés auprès du Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR). Le reste est surtout composé de Pakistanais originaires du nord-ouest du pays, une région déchirée par la guerre.

Selon les chiffres du HCR, 1,6 million d’Afghans sont enregistrés comme réfugiés au Pakistan, mais on estime à au moins un million le nombre de réfugiés afghans qui ne sont pas enregistrés.

« Nous travaillons comme balayeurs, manœuvres, nous sommes des travailleurs, pas des terroristes. Ils n’arrêtent pas les véritables terroristes, qui se promènent en se vantant de ce qu’ils ont fait »

« Certaines personnes croient que tous les [locuteurs] pachtounes sont des Afghans, mais ce n’est pas le cas », a dit Dunya Aslam Khan, une porte-parole du HCR à Islamabad. « De nombreuses personnes [vivant à Afghan Basti] sont des personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays qui sont originaires des FATA ou d’autres régions. On observe une tendance à considérer tout le monde comme des réfugiés afghans. »

Badar Shah, qui vend du bois dans le bidonville, estime que le gouvernement a déjà reconnu la légitimité de son lieu de résidence. « Pourquoi, sinon, viennent-ils nous demander notre vote tous les cinq ans ? Nous avons notre propre bureau de vote », a-t-il dit.

Afghan Basti, qui est d’abord apparu en 1979 pour accueillir des réfugiés originaires de l’Afghanistan, a déjà été la cible de programmes d’éradication des bidonvilles.

En 2005, le président Pervez Musharraf avait ordonné le démantèlement des quartiers informels accueillant des réfugiés afghans dans l’ensemble du pays. Afghan Basti (qui se traduit littéralement par « quartier afghan ») accueillait alors plus de 50 000 réfugiés afghans ainsi que des Pachtounes originaires du nord-ouest du Pakistan.

Selon Mme Khan, la porte-parole du HCR, les Afghans peuvent choisir d’être rapatriés en Afghanistan, d’être relocalisés ailleurs au Pakistan ou d’obtenir une parcelle de terre à quelques kilomètres d’Afghan Basti. Environ 5 000 de ces réfugiés vivent actuellement dans le nouveau quartier, où ils peuvent obtenir, grâce au HCR, des services essentiels comme de l’eau potable et des soins de santé. Selon Mme Khan, 34 083 Afghans enregistrés auprès du HCR vivent aujourd’hui à Islamabad et ils sont 35 499 dans la ville voisine de Rawalpindi.

La majeure partie des résidents d’Afghan Basti n’auront nulle part où aller si le gouvernement décide d’aller de l’avant avec la destruction du bidonville.

Fayyaz Baqir, directeur de l’Akhter Hameed Khan Resource Centre, un groupe de recherches basé à Islamabad qui étudie l’urbanisation rapide de la population pakistanaise, croit que les habitants des bidonvilles comme celui d’Afghan Basti ne pourront jamais se permettre de payer un loyer. « Ces pauvres gens gagnent entre 7 500 et 10 000 roupies (entre 75 et 100 dollars) par mois », a-t-il dit. « La plupart d’entre eux vivent à cinq ou six dans une pièce, une famille entière dans une même pièce. »

uf/jj/cb-gd/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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