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Ce que veut dire être un acteur de l’aide humanitaire en RDC

Goma, capital of Congolese eastern province of Kivu
(Laura Amalthya/Flickr)

Au cours de ces dernières années, les conflits armés, les déplacements et les viols sont devenus terriblement banals dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC), ce qui en font l’un des environnements de travail les plus difficiles pour les acteurs de l’aide humanitaire.

En 2011, par exemple, environ 140 actes de violence ont été commis contre des travailleurs humanitaires.

Les deux provinces comptent 65 pour cent des 2,6 millions de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) en RDC – jusqu’à 86 pour cent de ces déplacements ont été causés par des violences armées.

Selon les chiffres officiels, le Nord-Kivu compterait environ 967 000 PDIP et le Sud-Kivu 712 000. Ils n’ont accès qu’à quelques services de base et bénéficient de peu de protection.

Eddy Mbuyi, 29 ans, un agent de terrain congolais d’Oxfam International, essaye de venir en aide aux personnes qui, comme lui, ont été affectées par le conflit : en 1997, alors qu’il n’avait que 13 ans, lui et sa famille ont dû fuir Goma (la capitale de la province du Nord-Kivu) lorsque l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL), à l’époque dirigée par Laurent Kabila (un ancien président de la RDC), a pris le contrôle de la ville.

« Ma famille et moi, nous avons traversé le parc national des Virunga à pied depuis Minova en passant par Sake. C’est une expérience difficile pour un enfant », a dit à IRIN M. Mbuyi, qui travaille à Goma depuis sept ans.

Gloria Ramazani, 23 ans, s’est lancée dans le bénévolat à l’âge de 17 ans, documentant la vie des enfants qui avaient été affectés par les violences à Masisi. Mme Ramazani a grandi dans la province du Nord-Kivu et connait l’impact de la violence sur les populations locales.

Eddy Mbuyi, a communications officer with Oxfam International in eastern DRC

Eddy Mbuyi/IRIN
Eddy Mbuyi, a communications officer with Oxfam International in eastern DRC
http://www.irinnews.org/photo/
Jeudi, août 15, 2013
What it means to be an aid worker in DRC
Eddy Mbuyi, a communications officer with Oxfam International in eastern DRC
Eddy Mbuyi : « Je suis une victime du conflit... »

« Je n’exagère pas quand je dis que je n’ai jamais connu la paix depuis ma naissance. Quand j’avais six ans [en 1996], ma famille a été déplacée lorsque [Laurent] Kabila a déclaré la guerre pour renverser le gouvernement de M. Mobutu. Je sais ce qu’être déplacé veut dire », a dit à IRIN Mme Ramazani, aujourd’hui chargée des relations extérieures pour le Haut Commissariat des Nations Unies (HCR).

La région manque de services de base à cause des violences et de la quasi-absence des institutions de l’État. Les établissements de santé sont en difficulté et les écoles sont délabrées.

« Bouleversés »

Pour Mme Ramazani et M. Mbuyi, le fait d’être né et d’avoir grandi dans l’est de la RDC présente à la fois des défis et des opportunités.

« Le fait d’être [membre] du personnel local et d’avoir grandi dans cette zone veut dire que cela fait partie de nous. Nous connaissons la genèse, nous connaissons parfois personnellement ceux qui ont été affectés, mais nous sommes bouleversés. Nous faisons de notre mieux, mais nous nous sentons quand même inadéquats », a dit Mme Ramazani.

« En RDC, les guerres récurrentes représentent l’un des défis les plus importants lorsque l’on essaye de venir en aide aux autres. Je suis une victime du conflit ; je dois penser et agir comme un travailleur humanitaire avant de penser comme un Congolais. On se bat en permanence pour faire la part des choses entre nos actions et nos sentiments », a dit à IRIN M. Mbuyi.

Les travailleurs humanitaires ont parfois des difficultés à atteindre les personnes dans le besoin en raison, notamment, du mauvais état des routes et de l’insécurité dans l’est du Congo ; de plus, les groupes armés prennent pour cible les travailleurs humanitaires depuis 2008.

Lorsque la situation se détériore, comme cela a été le cas en novembre 2012, les choses peuvent devenir difficiles.

« En novembre 2012, les travailleurs humanitaires internationaux ont été obligés de quitter Goma lorsque les rebelles [M23] en ont pris le contrôle. J’ai été confrontée à un dilemme en tant que travailleur [humanitaire] local. Est-ce que vous partez, vous aussi, ou que faites-vous ? Vous vous demandez, `Qui va aider ces gens ? ». Bien que je sois originaire de la région, j’ai peur parfois, comme lorsque le M23 s’est emparé de Goma », a dit à IRIN Mme Ramazani.

Ces travailleurs qui ont une bonne connaissance de la région et qui parlent le dialecte local sont très précieux pour leurs collègues étrangers qui se retrouvent dans des situations difficiles.

La ville de Goma, dont la population est estimée à un million d’habitants, accueille plusieurs organisations d’aide humanitaire ainsi que le QG de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), la plus grande force de maintien de la paix au monde.

M. Mbuyi a dit à IRIN que, quand bien même l’attention du monde se porte ailleurs, il continue de se battre pour améliorer la vie des personnes vulnérables.

Mme Ramazani a ajouté : « Quand vous êtes oubliés, parce que vos collègues sont partis en raison de l’insécurité, je galvanise la population locale pour venir en aide aux personnes qui ont été affectées ».

A la veille de la Journée mondiale de l’aide humanitaire (19 août), les deux travailleurs humanitaires ont souligné l’importance de la paix.

« Je pense que le monde a besoin de davantage de paix, car tout le reste ne peut être accompli que dans un monde en paix », a dit Mme Ramazani.

M. Mbuyi a ajouté : « Le monde doit comprendre que la paix est importante ; la paix est l’une des expressions de l’amour. La paix est essentielle [au] développement et au bonheur. Je suis le père d’une jolie petite fille prénommée Ayirine. Elle a deux ans et demi ; elle est née pendant la guerre et j’ai peur qu’elle ne grandisse dans un pays en guerre. Le plus beau cadeau que je puisse lui faire, c’est la paix, mais je ne peux pas le lui offrir aujourd’hui ».

En première ligne à Goma : Le journal d’un journaliste d’IRIN (en anglais)

ko/cb-mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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