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Littoral pakistanais – la mer est une ennemie, pas une amie

Rickety boats are the only means to get from Khariyo Village, an island in the Indus river delta, to the small impoverished town of Keti Bandar
(Sumaira Jajja/IRIN)

Din Muhammad Chandio, pêcheur et agriculteur, a peu de connaissances théoriques sur le changement climatique et l’intrusion marine.

Mais M. Chandio, qui vit à Keti Bunder, ville du district de Thatta située sur le littoral de la province pakistanaise du Sindh, a été exposé aux effets de ces phénomènes, qui l’ont enfoncé encore plus profondément dans la pauvreté.

« Mes principaux revenus provenaient de la pêche, le reste de l’agriculture. Aujourd’hui, je ne peux plus pratiquer ni l’une, ni l’autre : nos terres sont stériles, car elles ont été inondées par l’eau de mer. L’apport en eau douce de la rivière [Indus] est insuffisant, donc la pêche est affectée ».

Le Fonds mondial pour la nature du Pakistan (WWF-P) étudie ces tendances. Il est à mi-parcours d’un projet d’une durée de cinq ans visant à renforcer la résistance au changement climatique des communautés des zones côtières pakistanaises, qui sont exposées aux cyclones, à l’élévation du niveau de la mer et aux marées de tempête.

Selon une étude préliminaire réalisée par l’organisation et rendue publique l’année dernière, l’empiètement de la mer s’est traduit par la salinisation et l’inondation croissantes des terres cultivables et a entraîné un appauvrissement des stocks de poissons d’eau douce.

À Kharo Chan, l’un des villages observés par l’étude, les auteurs ont découvert que les habitants qui tiraient leur revenu de la pêche disaient que la dégradation environnementale des sites de pêche leur avait coûté 45 pour cent de leur revenu au cours des trois dernières années. La dégradation des terres arables élève cette perte à 65 pour cent pour les agriculteurs.

L’Indus, qui traverse le Pakistan du nord au sud, est le fleuve le plus long du pays. Au cours de ces dernières années, la construction de barrages hydroélectriques en amont de l’Indus, le recul des glaciers de l’Himalaya et la mauvaise gestion de l’eau ont entraîné une réduction du débit du fleuve.

À Keti Bunder, 77 pour cent des chefs de ménage interrogés dans le cadre de l’étude dépendent exclusivement de la pêche pour leurs moyens de subsistance, ce qui les rend vulnérables à la diminution des prises.

M. Chandio a indiqué que ses revenus mensuels avaient baissé d’un tiers au cours de ces trois dernières années pour atteindre environ 120 dollars par mois, ajoutant qu’il avait de plus en plus de difficultés à nourrir les huit membres de sa famille. Au vu de la situation, ses deux fils adultes ont récemment décidé de quitter le domicile familial pour essayer de trouver du travail à Karachi.

« En raison de l’érosion du littoral, les habitants de certaines zones comme les districts de Badin, Thatta, etc., ont perdu leur maison, car la mer les a emportées », a dit à IRIN Ayub Khaskheli, secrétaire à l’information de l’organisation non gouvernementale (ONG) pakistanaise Pakistan Fisher-folks Forum, basée à Karachi.

Les habitants, désespérés par la perte de leur maison, ont, pour certains, été obligés d’aller s’installer plus à l’intérieur des terres ou de quitter les zones côtières, a-t-il dit.

« Les produits, comme les pommes de terre et les légumes cultivés par les femmes et utilisés pour nourrir les familles, ne peuvent plus être cultivés. Ils ne poussent plus sur ce sol aujourd’hui stérile ».

M. Khaskheli a dit que l’intrusion de l’eau de mer dans les réserves d’eau potable tirée des puits grâce à des pompes manuelles avait également « posé de nombreux problèmes aux habitants de ces communautés ».

Découragement

Journaliste spécialisée dans le domaine de l’environnement, Afia Salam a dit à IRIN que la variabilité du climat avait suscité un « profond découragement parmi la population ».

« La ville de Keti Bunder a été déplacée à trois reprises à cause de l’empiètement de la mer. Les jeunes hommes en bonne santé sont partis gagner leur vie ailleurs, car il n’y a plus d’agriculture et les prises de poisson ont diminué de manière significative ».

« La perte continue des terres nous détruira. L’orge que mon père et mon grand-père produisaient ne pousse plus du tout ici »

Les habitants d’autres zones du district de Thatta, comme Kharo Chan, un « taluka » (unité administrative) où Shamshad Bibi vit avec ses quatre jeunes enfants, sont eux aussi découragés.

« Les quelque dix hectares de terres que nous avions ont été détruits. Plus rien ne pousse à cause de l’eau de mer. Aujourd’hui, nous n’avons plus qu’un petit troupeau de chèvres et mon mari essaye de pêcher quand il le peut. Mes enfants n’ont aucun avenir ici », a-t-elle dit à IRIN.

Tahir Qureshi, conseiller principal (littoral) pour l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) à Karachi, a indiqué que la construction de digues et de barrages sur l’Indus était responsable de l’intrusion marine dans le delta.

« Les universités et les établissements de recherche nationaux n’ont pas encore réalisé d’étude scientifique sur l’élévation du niveau de la mer pour déterminer si elle avait contribué à cette catastrophe écologique le long du littoral du Sindh. Les mangroves stabilisent le sol et sont la première ligne de défense contre les catastrophes naturelles », a-t-il dit.

L’UICN, en collaboration avec d’autres groupes, a encouragé le développement de la mangrove pour freiner l’érosion. La mangrove couvre une superficie de 200 000 hectares le long des 350 km de littoral du Sindh – une forte diminution, selon les environnementalistes.

« La perte de terre nous détruira »

Le WWF-Pakistan indique qu’il travaille au renforcement de la préparation aux catastrophes des communautés du littoral et qu’il participe à l’adaptation de l’agriculture et de la pêche.

« Les communautés réagissent par des mesures d’adaptation, comme le déplacement à l’intérieur des terres, ou en ayant recours à l’adaptation réactive lorsqu’ils répondent à une nouvelle situation quand elle se présente. Nous nous efforçons de promouvoir une adaptation planifiée au changement », a dit M. Bajwa du WWF-P. Les modes d’adaptation envisagés incluent le changement de la période de plantation et des types de cultures produites par les agriculteurs.

Naturellement, les habitants des zones côtières attendent le changement avec impatience.

« La perte continue des terres nous détruira. L’orge que mon père et mon grand-père produisaient ne pousse plus du tout ici », a dit Hussain Ahmed, un résident du village de Thatta.

« Il est même difficile de produire du fourrage pour le bétail et il y a beaucoup moins de crevettes qu’auparavant, lorsque nous les transportions jusqu’aux marchés dans de grands paniers ».

La conséquence directe est qu’« il y a moins de nourriture sur la table familiale, moins d’argent pour éduquer les enfants et plus rien pour les soins de santé. La mer, qui nous aidait en nous donnant du poisson, s’est retournée contre nous et s’empare de nos terres », a-t-il dit.

kh/jj/cb-mg/ld


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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