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Briser les chaînes des personnes souffrant de troubles mentaux en Indonésie

Patient at Galuh Foundation clinic in Bekasi, West Java
Patient at Galuh Foundation clinic in Bekasi, West Java (Jefri Aries/IRIN)

L’Indonésie s’efforce d’améliorer les services de santé mentale communautaires pour mettre fin à l’isolement des milliers de personnes souffrant de troubles mentaux et les libérer de leurs chaînes.

« La pratique qui consiste à enchaîner les personnes souffrant de troubles mentaux est toujours en vigueur et l’une de nos priorités pour 2013 est de mettre fin à cette pratique », a dit à IRIN Diah Setia Utami, directeur du programme de santé mentale au sein du ministère de la Santé, notant que le « grave » manque de personnel de santé mentale qualifié constituait un obstacle majeur.

Le gouvernement prévoit de fournir du personnel chargé de prodiguer des soins de santé mentale de base à 30 pour cent des 9 000 cliniques de santé communautaires et des 1 700 centres hospitaliers du pays avant fin 2014, selon M. Utami.

Le ministère de la Santé estime que 19 millions d’Indonésiens souffrent de troubles mentaux, tels que l’anxiété et la dépression, et qu’un million de personnes ont des troubles psychotiques sévères.

Le pays compte 33 hôpitaux psychiatriques et 600 psychiatres dispensent des soins de santé mentale. « Les hôpitaux disposent des équipements nécessaires pour soigner les patients souffrant de troubles mentaux, mais ceux-ci seront bientôt incités à se faire soigner chez eux par leur famille et par le personnel soignant de la communauté », a ajouté M. Utami.

Selon le ministère de la Santé, quelque 18 000 personnes souffrant de troubles mentaux - la plupart vivant en zone rurale et n’ayant pas accès aux services de santé mentale - subissent encore la pratique du « pasung » (ou enchaînement), qui vise à les empêcher de s’attaquer à leur entourage. Dans les villages, les personnes souffrant de troubles mentaux sont en général enchaînées derrière leur maison ; dans les villes, les malades sont le plus souvent confinés dans des petites pièces en raison du manque de place et de la stigmatisation.

De plus en plus de voix s’élèvent contre cette pratique et les médias locaux font état de personnes – parfois non diagnostiquées – qui dépérissent après avoir été entravées avec des chaînes pendant plusieurs années.

« Auparavant, les gens disaient que cet endroit était une prison, mais aujourd’hui c’est comme un hôtel – un hôtel une étoile au moins »

M. Yusuf a indiqué que les gens ont toujours recours au « pasung » - une pratique interdite depuis 1977 – car ils n’ont pas les moyens de couvrir les frais des soins de santé et ils veulent échapper à la stigmatisation associée aux maladies mentales.

Une consultation psychiatrique coûte en moyenne 25 dollars, médicaments non inclus. Le gouvernement prévoit de mettre en place une couverture de santé universelle en 2014 ; elle devrait prendre en charge la plupart des frais des soins de santé mentale.

Initiative gouvernementale

En 2011, le ministre de la Santé a lancé le programme « Menuju Indonesia Bebas Pasung » (Vers une Indonésie sans chaîne), mais le manque de personnel de santé qualifié et le manque de fonds ont entravé les avancées, indiquent des responsables.

Nova Rianti Yusuf, membre d’une commission parlementaire sur la santé, a noté un manque de données et d’études disponibles sur la pratique du « pasung », à l’exception de deux études récentes : portant sur 48 patients souffrant de troubles mentaux et entravés par des chaînes, ces études ont conclu que 90 pour cent des sujets étaient atteints de schizophrénie et que 70 pour cent ne bénéficiaient pas d’un traitement adapté.

Diaporama : Les soins de santé Mentale en Indonésie

Patients at Galuh Foundation clinic in Bekasi, West Java

Patients at Galuh Foundation clinic in Bekasi, West Java
Jefri Aries/IRIN
Patients at Galuh Foundation clinic in Bekasi, West Java
http://www.irinnews.org/photo/
Lundi, décembre 24, 2012
Patients at Galuh Foundation clinic in Bekasi, West Java
Janvier 2013 - Le centre de réadaptation de la fondation Galuh, situé à une heure de route de la capitale indonésienne Djakarta, offre des soins traditionnels à quelque 250 patients atteints de troubles mentaux dans un pays qui propose peu d’options de traitement médical. Le manque de personnel de santé qualifié, le manque d’options de traitement et les idées fausses sur la maladie mentale en Indonésie seraient la cause de mauvais traitements. On compte un lit d’hôpital pour les patients souffrant de troubles mentaux pour 31 000 habitants, ce qui est loin de répondre aux besoins, a mis en garde le ministère de la Santé. Mais il est difficile d’évaluer les besoins lorsque les malades et désespérés se tournent vers la magie noire plutôt que vers les centres de santé, ne laissant derrière eux aucun dossier médical et peu de preuves de l’échec de traitement.
Voir le diaporama

Le déséquilibre relevé en matière de soins de santé mentale dans les 34 provinces du pays est lié à la décentralisation du système de soins de santé, selon M. Utami. « Certains gouvernements régionaux accordent peu ou pas d’attention du tout aux troubles mentaux et allouent ainsi peu ou pas de fonds ».

Des signes d’amélioration ont toutefois été enregistrés dans certaines régions.

M. Asmarahadi, psychiatre à l’hôpital psychiatrique public Soeharto Heerdjan de Djakarta a fait part d’une amélioration sensible des soins de santé mentale dans l’établissement au cours de ces dix dernières années. « Auparavant, les gens disaient que cet endroit était une prison, mais aujourd’hui c’est comme un hôtel – un hôtel une étoile au moins ».

L’hôpital accueille 150 patients par jour et il a pour politique de ne refuser personne, même pas les patients qui sont dans l’incapacité de payer, a-t-il dit.

À Djakarta et dans ses environs, les gens sont de plus en plus conscients des pathologies mentales », a-t-il dit. « Les soins de santé mentale ne sont pas coûteux et, chose atypique, les médicaments antipsychotiques de troisième génération sont disponibles à des prix abordables », a-t-il dit.

« Le non-respect du traitement par le patient et le manque de soutien familial sont les principales raisons de l’échec de traitement », a-t-il dit.

Encore faut-il que le patient ait cherché à suivre un traitement médical officiel. Une large partie de la population croit encore que les troubles mentaux sont causés par un sort et les familles se tournent vers les guérisseurs et les chefs religieux pour trouver un traitement.

Programme de l’OMS

Dans le cadre du plan d’action mondial sur la santé mentale 2013-2020 de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 80 pour cent des pays membres devront mettre à jour leurs politiques et lois de santé mentale avant fin 2016 tout en consacrant au moins 5 pour cent de leurs dépenses de santé à la santé mentale avant fin 2020.

Le plan prévoit également une réduction du nombre de lits utilisés pour les séjours de longue durée dans les hôpitaux psychiatriques (les études médicales les associent aux résultats sanitaires médiocres et aux violations des droits de l’homme) de 20 pour cent avant fin 2020, et une augmentation du nombre de places disponibles au niveau communautaire dans les établissements résidentiels de soins et les hébergements subventionnés.

« Le gouvernement a la responsabilité d’offrir des soins de santé mentale aux pauvres et il devrait le faire en impliquant les communautés locales », a dit M. Yusuf.

Le plan de l’OMS recommande également de multiplier par deux le nombre de patients soignés pour des troubles mentaux sévères. Jusqu’à 85 pour cent des sujets atteints de troubles mentaux sévères ne bénéficient d’aucun traitement dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, selon l’OMS.

ap/pt/cb-mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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