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2012, une année dans la tourmente

Domiz Camp in Dohuk, Iraqi Kurdistan, is the temporary home to more than 16,000 Kurdish Syrians, most of whom have arrived in the past three months. (Nov 2012)
Domiz Camp in Dohuk, Iraqi Kurdistan, is the temporary home to more than 16,000 Kurdish Syrians, most of whom have arrived in the past three months. (Nov 2012) (Jodi Hilton/IRIN)

Deux ans après l’avènement de ce qui était alors un ‘printemps’ arabe, le Moyen-Orient continue de s’enflammer avec un conflit qui ne cesse de s’aggraver en Syrie, des retombées destructrices au Liban, des affrontements mortels en Égypte, une prolifération des armes en Libye, des assassinats et des attentats à la bombe au Yémen, un renforcement de l’insurrection en Irak et des manifestations incessantes en Jordanie.

Tandis que la majeure partie du monde arabe est toujours en proie aux changements rapides en termes de politique et de sécurité dans la région, les problèmes humanitaires à long terme continuent de couver, parfois à la vue de tous, mais restent ignorés.

Voici 10 des principaux problèmes abordés par IRIN en 2012 :

La crise des réfugiés syriens : Le nombre de réfugiés syriens recensés dans les pays voisins a explosé, passant de 10 000 au début de l’année à un demi-million aujourd’hui, malgré une autorisation de passer réservée à un nombre limité de réfugiés à certains postes-frontières. Les Nations Unies ont multiplié les appels à l’aide pour les réfugiés qui vivent dans des conditions précaires en Jordanie, au Liban, en Turquie, même en Irak et, de plus en plus, en Égypte, mais le financement est toujours insuffisant pour répondre aux besoins croissants, principalement à cause de la politique et des réticences des bailleurs de fonds. En attendant, les réfugiés sont à la merci des rigueurs de l’hiver, du travail forcé, de l’exploitation des enfants, des mariages précoces et des tensions politiques.

La crise humanitaire en Syrie : La Syrie a fait les gros titres des quotidiens au cours de l’année passée, mais la plupart des bulletins d’actualité se concentraient sur l’avancée des rebelles ou sur les efforts diplomatiques déployés pour mettre un terme au conflit qui dure depuis près de deux ans. Pendant ce temps, la qualité de la vie quotidienne dans le pays n’a pas cessé de se dégrader, et ce, très rapidement. Au début de l’année 2012, des sonnettes d’alarme ont été tirées concernant la sécurité alimentaire et, depuis la fin de l’année, même à Damas, la capitale, la population a du mal à trouver du pain. Les paysans ont été particulièrement touchés. Au moins deux millions de personnes sont désormais déplacées à l’intérieur de leur propre pays, et le problème s’est aggravé en juillet, lorsque les combats ont atteint Damas. L’hiver a apporté toute une nouvelle série de problèmes pour les personnes déplacées. Les soins médicaux sont difficiles d’accès. Beaucoup oublient que la Syrie était une terre d’accueil pour plus de 1,5 million de réfugiés, principalement des Palestiniens et des Irakiens, qui sont devenus plus vulnérables avec la crise. Face aux millions de personnes touchées, les opérations humanitaires ont beaucoup de mal à répondre à l’augmentation rapide des besoins à cause de l’insécurité, du manque de fonds, des négociations initiales interminables avec le gouvernement concernant l’accès à la population et les doutes sur les compétences et la neutralité du principal acteur de l’intervention humanitaire, le Croissant-Rouge arabe syrien (CRAS). Le résultat est la naissance d’un nouveau type d’humanitarisme qui s’appuie sur des militants locaux et une aide humanitaire transfrontalière clandestine, ce qui irrite une partie de la communauté humanitaire.

Les retombées régionales : La crise syrienne a des conséquences dans toute la région cette année, avec des affrontements intercommunautaires meurtriers qui opposent deux groupes religieux au Liban ; ceux qui soutiennent le président syrien et les sympathisants de l’opposition syrienne, le problème kurde en Turquie, l’Irak et la Syrie qui veulent obtenir leur part du gâteau et la Syrie qui a bombardé le sud de la Turquie. L’armée américaine a même envoyé des troupes en Jordanie en cas d’escalade du conflit. Le gouvernement irakien affirme que le conflit en Syrie a renforcé le pouvoir des insurgés sur leur territoire, a favorisé le trafic d’armes à la frontière et a exacerbé les tensions religieuses. Certains analystes prédisent un conflit entre sunnites et chiites qui gagnerait l’Iran, la Turquie, le Liban et les groupes armés des Territoires palestiniens occupés (TPO) pour enfin embraser toute la région.

La crise oubliée au Yémen :
Dans le même temps, le plus pauvre pays du monde arabe s’est enfoncé davantage dans la crise en 2012. Une économie en lambeaux a conduit encore plus de gens au désespoir. Les chiffres sont désormais alarmants. Les Nations Unies estiment que plus de 13 millions de personnes, soit plus de la moitié de la population qui compte 24 millions de personnes, n’ont pas accès à l’eau salubre ou aux installations sanitaires, et que près d’un million d’enfants souffrent de malnutrition aiguë. Après les manifestations du Printemps arabe en 2011, un nouveau gouvernement est né en 2012, mettant un terme aux 22 années de règne d’Ali Abdullah Saleh, mais beaucoup se plaignent du peu de changements opérés au Yémen. Le nouveau gouvernement a dû affronter une multitude de défis au cours de sa première année en exercice, notamment les revendications des groupes minoritaires, la corruption endémique et les divisions politiques, vestiges du vieux régime qui s’accrochent au pouvoir.

Ces récents défis viennent s’ajouter aux menaces de longue date : les rebelles Houthi dans le nord, les terroristes en lien avec Al-Qaida dans le sud et un mouvement séparatiste au sud. Malgré tous ces obstacles, en 2012, un nombre record de réfugiés et de migrants ont fui au Yémen et, au lieu d’y trouver refuge, se sont souvent retrouvés confrontés à de plus gros problèmes.

Les violences intercommunautaires au nord et les opérations militaires au sud ont porté le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays à près d’un demi-million. En juin, le gouvernement a déclaré qu’il avait vaincu les insurgés qui avaient pris le contrôle de certaines régions du sud, mais les populations ont des difficultés à regagner leurs maisons à cause des mines antipersonnel, de la rareté des services de base (notamment en ce qui concerne l’accès aux soins médicaux) et de l’insécurité permanente. L’accès des travailleurs humanitaires aux anciennes zones de conflit s’est amélioré, mais le financement n’est pas encore entièrement assuré. Le Yémen a un besoin désespéré d’une aide immédiate pour éviter de connaître le même destin que la Somalie.

Les violences incessantes en Irak : L’Irak a disparu des gros titres après le retrait des troupes américaines fin 2011 qui mettait fin à une occupation de près de neuf ans. Pour autant, l’année 2012 n’a pas été plus clémente pour les civils. En janvier, dans les semaines qui ont suivi le retrait des États-Unis, une vague d’attentats a poussé beaucoup d’Irakiens à envisager la fuite face à l’escalade de la violence. La dynamique de l’insurrection a entraîné de nouveaux rapports de force après le départ des Américains ; les groupes chiites sont devenus moins virulents, tandis que les groupes sunnites ont repris de la vigueur, avec des attaques coordonnées dans tout le pays tout au long de l’année. Mais le principal facteur de violence demeure le dysfonctionnement du processus politique et la polarisation des partis. La situation devrait empirer à l’approche des prochaines élections en 2013 et 2014, et compte tenu de la situation de la Syrie voisine qui se dégrade de plus en plus. Des centaines de milliers de personnes sont toujours déplacées par la guerre et des dizaines de milliers de réfugiés irakiens rapatriés de Syrie pourraient déstabiliser encore davantage le pays.

La stagnation de la transition libyenne : La Libye a organisé ses premières élections démocratiques depuis l’éviction de l’ancien dirigeant, Mouammar Kadhafi, mais une lutte de pouvoir entre le nouveau gouvernement en place et des centaines de milices nées de l’ère révolutionnaire continuent de faire obstacle à la transition de la Libye vers la stabilité après la chute de M. Kadhafi fin 2011. Des dizaines de milliers de Libyens sont toujours déplacés, plusieurs mois après la fin des combats. Ils craignent de rentrer chez eux à cause des tensions ethniques persistances. Les affrontements dans les zones tribales du sud ont secoué le pays au début de l’année 2011 et de nombreuses minorités ne sont pas sûres que la révolution puisse leur donner plus de droits. La politique libyenne envers les migrants, qui ont été violemment pris pour cible durant les mois qui ont suivi la révolution, reste stricte. Nombre d’entre eux, à l’image des réfugiés libyens et des demandeurs d’asile déboutés, sont toujours bloqués à la frontière égyptienne.

Le prix de la révolution égyptienne : La politique égyptienne a connu une nouvelle année riche en rebondissements, notamment à cause du débat et de la controverse autour du retrait du Conseil militaire en place, de l’élection d’un nouveau président, de la dissolution du Parlement et de l’élaboration d’une nouvelle Constitution. La montée de la polarisation au sein de la société égyptienne a conduit une fois de plus à une série d’affrontements mortels dans les rues au cours de l’année. Les tensions politiques ont empêché une reprise économique très attendue, la baisse des réserves de devises étrangères de plus de la moitié, la montée du chômage, l’augmentation de la pauvreté et le déficit budgétaire croissant d’un montant de 27,5 milliards de dollars. Les pauvres en sont les principales victimes. À court terme, la révolution devrait se traduire en avancées concrètes. Pourtant, elle fait craindre au contraire une augmentation de la malnutrition, des pénuries d’essence, des enlèvements d’enfants et une montée de l’extrémisme religieux. Le projet de constitution a été soumis par référendum fin 2011, mais l’opposition reste forte. L’année prochaine risque d’être aussi imprévisible que ces deux dernières années.

Les problèmes sans fin des Palestiniens : Les changements politiques en Égypte ont fait renaître l’espoir dans la bande de Gaza quant à l’assouplissement du blocus de 5 ans instauré par l’Égypte et Israël (le nouveau président égyptien Mohamed Morsi du mouvement des Frères musulmans étant proche des dirigeants islamistes du Hamas à Gaza). Mais des changements significatifs sont encore attendus, les Gazaouis dépendent toujours des tunnels souterrains pour faire entrer des vivres clandestinement. Par conséquent, les Palestiniens continuent d’être à la merci de l’insécurité alimentaire, d’une économie tributaire de l’aide étrangère et de l’expansion des colonies israéliennes en Cisjordanie. En 2012, en plus d’une grave pénurie d’essence, Gaza a aussi été frappée par une crise énergétique. En effet, selon une déclaration des Nations Unies en août dernier, Gaza pourrait être inhabitable d’ici 2016. Fort de ce contexte, Israël a lancé en novembre (avec l’objectif affiché d’arrêter les tirs de roquettes) des frappes aériennes de grande ampleur qui ont tué des dizaines de civils et ont provoqué le déplacement de milliers d’autres, laissant les communautés de part et d’autre de la frontière toujours sous le choc. Les conséquences de cette opération militaire de huit jours ne sont toujours pas claires et, fin décembre, les responsables israéliens ont annoncé qu’ils allaient autoriser l’importation de matériaux de construction dans Gaza via le point de passage de Kerem Shalom. Malgré des besoins d’aide humanitaire élevés, les organisations humanitaires ont toujours eu des difficultés à opérer à cause des sévères restrictions imposées par Israël, mais cette année, les organisations humanitaires dans les TPO ont commencé à faire pression pour changer le statu quo.

Les migrants en Israël : En 2012, Israël a durci sa position envers les migrants. En janvier, une nouvelle loi a été votée pour faire barrage aux « infiltrés » et, au printemps, l’opinion publique avait beaucoup changé concernant les migrants, ce qui a donné lieu à des attaques à l’aide de cocktails Molotov, à des passages à tabac et à des répressions policières. En avril, Israël a commencé à expulser des demandeurs d’asile soudanais qui demandaient le statut de protection.

La coordination de l’aide humanitaire : Lorsque Valerie Amos est devenue secrétaire générale adjointe des Nations Unies chargée des affaires humanitaires en 2010, une de ses priorités était de développer des partenariats entre les Nations Unies et d’autres acteurs présents sur le terrain. Après des années de méfiance entre le système humanitaire général et les organisations humanitaires du monde arabe et musulman, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a signé en 2012 des protocoles d’entente avec le Qatar et le Koweït. Le bureau de liaison de l’OCHA dans le Golfe a créé un nouveau portail Internet pour assurer une transmission d’informations entre les bailleurs de fonds du Golfe et les Nations Unies. Les pays du Golfe se tournent vers une aide plus coordonnée pour la préparation en cas de situation d’urgence. Les organisations du monde musulman tentent également d’accroître l’efficacité de l’aide humanitaire en faisant meilleur usage des milliards de dollars récoltés chaque année grâce à l’aumône et aux œuvres de charité.

ha/cb-fc/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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