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Pas de consensus sur la voie à suivre pour le plus grand camp de réfugiés au monde

Refugees wait to be registered at Dagahaley camp, Dadaab, eastern Kenya
Refugees wait to be registered at Dagahaley camp, Dadaab, eastern Kenya. (July 2011) (Tom Maruko/IRIN)

Les principales parties prenantes qui se sont réunies le 14 juin pour discuter de l’avenir du camp de réfugiés de Dadaab, dans l’est du Kenya, ont reconnu qu’elles avaient des choix difficiles à faire et qu’elles n’étaient pas toutes d’accord sur la marche à suivre.

Le débat, intitulé « Dadaab 20 years on: what next? » (Dadaab, 20 ans après : quel avenir ?), était animé par l’organisation non gouvernementale (ONG) Médecins Sans Frontières (MSF) à Nairobi. L’évènement a réuni de hauts fonctionnaires, des agences des Nations Unies, des ONG et des représentants des réfugiés de Dadaab.

Construit pour abriter 90 000 réfugiés, le camp de Dadaab en compte aujourd’hui 500 000. La gestion du camp a été confiée au Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) au début des années 1990. Les participants ont expliqué qu’avec l’arrivée quotidienne de nouveaux réfugiés, l’administration du camp était de plus en plus difficile. Le camp est désormais plus peuplé que Nakuru, la quatrième plus grande ville du Kenya. C’est le plus grand camp de réfugiés au monde.

Les participants ont discuté des différentes solutions éventuelles au problème de Dadaab. Ils ont notamment évoqué la possibilité de persuader la communauté internationale de permettre à davantage de réfugiés de se réinstaller à l’étranger, de les transférer dans des camps plus petits dans des zones moins dangereuses et de trouver des manières de développer leur autonomie.

« Un camp de réfugiés n’est pas une solution à long terme », a déclaré Elena Velilla, la représentante de MSF au Kenya, dans un communiqué. « Des milliers de personnes vulnérables ont déjà trop souffert de cette situation. Dans un refuge, la santé et la dignité devraient être garanties. Tant que des mesures ne seront pas prises, les réfugiés somaliens continueront à en payer le prix… »

« La solution est bien entendu politique — c’est une question très politique », a-t-elle dit à IRIN après la réunion. « Nous sommes des humanitaires — nous ne pouvons remettre en question que nos propres actions. »

Des experts comme Torben Bruhn, coordinateur régional pour la santé de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, ont parlé de « lassitude des bailleurs de fonds » face à la détérioration des conditions de sécurité, au débordement des services et à ce que Kellie Leeson, directrice nationale de l’ONG International Rescue Committee (IRC), décrit comme « un combat constant... pour s’assurer que la population reste en bonne santé ».

Retour au pays ?

Les hommes politiques kenyans ont toujours appelé au retour des réfugiés somaliens, qui composent la majorité des habitants de Dadaab, dans leur pays d’origine. « Le Kenya ne peut plus assumer ce fardeau », a dit M. Kibaki, le président kenyan, lors de la conférence sur la Somalie, qui a eu lieu à Londres en février dernier.

Badu Katelo, le commissaire aux affaires des réfugiés du ministère de l’Immigration et de l’Enregistrement des personnes, a demandé à la communauté internationale d’accorder une aide accrue au gouvernement kenyan pour l’hébergement des réfugiés. Il a dit que Dadaab allait faire l’objet d’une restructuration pour former des camps plus petits entourés d’une route périphérique. Il a ajouté que la sécurité était l’une des préoccupations majeures, notamment en raison de l’imminence des élections.

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Si M. Katelo a affirmé que la meilleure solution était que les réfugiés rentrent chez eux, il a comparé le renvoi des Somaliens après 20 ans dans un pays ou règne encore une grande insécurité à « manger une vache entière, mais être incapable de manger la queue ». « Le retour dont nous parlons n’est pas un retour forcé », a-t-il précisé.

« Les réfugiés les plus instruits seront les premiers à rentrer chez eux », a dit Mme Leeson, de l’IRC, qui a été témoin du rapatriement de réfugiés au Soudan. « Nous devons nous assurer que les réfugiés soient instruits pour qu’ils puissent contribuer maintenant et dans le futur », a-t-elle dit, appelant le gouvernement à profiter de ce que les réfugiés pourraient apporter au Kenya.

Intégration

Bare Osman Abdi, vice-président de l’association des jeunes de Dagahaley, a décrit le camp comme une « prison à ciel ouvert », dont beaucoup d’habitants ne sont pas sortis depuis leur arrivée, il y a 20 ans. « Nous croyons que le sort des Somaliens est tombé dans l’oubli », a-t-il dit, appelant le gouvernement à réexaminer la loi sur l’emploi qui interdit aux réfugiés somaliens de travailler au Kenya.

Les acteurs non étatiques présents à la réunion, dont le HCR et MSF, ont publiquement invité le Kenya à envisager d’intégrer les réfugiés et, notamment, d’accorder la citoyenneté kenyane à certains d’entre eux.

L’intégration est l’une des principales sources de désaccord entre les acteurs étatiques et non étatiques ayant participé au débat. Selon le vice-président du Parlement, Farah Maalim, qui appartient au groupe ethnique somali, intégrer 400 000 Somaliens au Kenya ne serait pas une très bonne tactique électorale. Il a cependant maintenu que, si on lui en donnait la possibilité, la population somalienne vivant au Kenya pourrait être autonome.

M. Maalim a décrit le cas de la Zambie, où les réfugiés se sont vu offrir des outils pour produire leur propre nourriture, leur permettant ainsi de contribuer aux réserves nationales. « Oui, nous aurions pu procéder différemment », a-t-il remarqué.

Abel Jeru Mbillinyi, représentant adjoint du HCR au Kenya, a dit qu’il pensait que certains réfugiés somaliens pouvaient légitimement prétendre à la citoyenneté kenyane. « Combien sont kenyans ? Et s’ils sont kenyans, comment peut-on les aider ? » a-t-il demandé. « Sur le long terme, le gouvernement peut participer à l’intégration des citoyens au Kenya », a-t-il dit. Il a ajouté que la solution alternative du rapatriement volontaire devenait « un peu illusoire ».

jh/kr/cb-ld/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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