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L’énigme de l’ « utilisation optimale de l'aide » dans les États fragiles

IDPs from the Bakol region at Dolow, the border between Ethiopia and Somalia
The "value-for-money" approach to aid is not always pertinent to fragile states, such as Somalia, say analysts (file photo) (Mohamed Garane/Radio ERGO)

Lors du quatrième Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide qui aura lieu dans la ville côtière de Busan, en Corée du Sud, en novembre, le question de comment l’aide au développement peut, et doit, être examiné avec succès sera parmi les priorités. L’évaluation de l’aide ne peut pas être trop simplifiée, disent les experts, tout particulièrement en ce qui concerne les États fragiles.



Le débat sur l’efficacité de l’aide a pris une importance considérable pour de nombreux donateurs, particulièrement en Grande-Bretagne, où le gouvernement s’est engagé à maintenir son niveau d’aide au développement en dépit de la récession économique.



Le 25 juillet, à l’occasion d’une réunion sur l’efficacité de l’aide organisée à Londres, Sarah Cliffe, directrice chargée du Rapport sur le développement dans le monde de la Banque mondiale, a indiqué que l’engagement de la Grande-Bretagne à maintenir son aide au développement en période de crise financière avait provoqué « un sentiment d’étonnement » dans les pays européens qu’elle avait récemment visités.



Les budgets consacrés à l’aide par les Pays-Bas, l’Autriche, le Danemark, la Grèce, la Corée, le Portugal et l’Irlande ont diminué pour la deuxième année consécutive en 2011.



Optimisation des ressources



Le gouvernement britannique a souligné sa détermination à voir un meilleur rapport coût-performance de l’aide qu’il a fournie, faisant de cela le critère principal pour juger de l’efficacité des programmes d’aide.



Cette exigence pèse lourdement sur les partenaires dans les pays en développement, qui sont constamment soumis à l’obligation de démontrer que le donateur obtient le maximum de chaque centime dépensé, aussi difficile que soit la situation.



John Morlu, qui occupait jusqu’à récemment la fonction de Vérificateur général du Liberia, ne se montre pas très optimiste du fait d’appliquer l’approche « optimisation des ressources » à des pays comme le sien. « Je suis le vérificateur général d’un État fragile et on me parle d’« optimisation des ressources »? On n’a pas de critères. L’« optimisation des ressources » peut fonctionner en Afrique du Sud ; ils ont des comptes nationaux. Nous n’en avons pas. Il s’agit avant tout de prendre en compte les réalités locales ».



Sue Unsworth, qui travaillait autrefois au Département britannique pour le Développement international (DFID) et occupe aujourd’hui le poste de directrice du groupe consultatif  The Policy Practice, parle de la malhonnêteté fondamentale qui consiste à tout présenter en termes de résultats mesurables, et de l’hypothèse implicite selon laquelle les défis du développement sont simplement dus à des lacunes en matière de financement et de compétences, des lacunes que les donateurs extérieurs peuvent combler.



Une aide trop simpliée ?



Elle s’est notamment montrée critique à l’égard du discours prononcé par Andrew Mitchell, le ministre du Développement international du Royaume-Uni, en juin 2011, ainsi que des exemples d’aide efficace proposés. « L’un de ces exemples concernait la vaccination, où le lien de cause à effet entre les mesures spécifiques concrètes et les résultats est particulièrement fort », a dit Mme Unsworth. « Les autres exemples concernaient des projets spécifiques, mais nous savons tous que nous pouvons obtenir de très bons résultats dans l’environnement immédiat d’un projet. Le problème consiste à savoir comment nous pouvons en assurer la pérennité et comment nous pouvons les améliorer ».



Son point de vue était partagé par Alina Rocha Menocal, chercheuse au UK Overseas Development Institute (ODI), qui a condamné ce qu’elle a appelé la simplification de l’aide, y compris la campagne très appréciée Make Poverty History, qui suggère qu’il suffit aux populations de pays comme la Grande-Bretagne de donner de l’argent pour régler le problème de la pauvreté.



La réalité est complexe et les situations ne s’améliorent pas du jour au lendemain, en particulier dans les États fragiles et dans les États qui sortent d’un conflit. Le fait de fournir de l’aide à ces pays peut souvent se révéler plus onéreux, c’est-à-dire avoir moins pour les ressources fournies si on le considère sous cet angle, mais cela ne réduit pas l’importance que revêt l’aide, a dit à IRIN Karin Christiansin, directrice de l’organisation Publish What You Fund, lors d’une conférence sur la transparence de l’aide l’année dernière.



Corruption – une lutte de 30 ans



Une étude de 2011 sur les pays qui avaient réussi à ramener la corruption à un niveau acceptable a montré que cette lutte avait duré de 20 à 30 ans, selon Mme Cliffe de la Banque mondiale. « Il y a un grand décalage entre la réalité et les attentes exprimées par les contribuables, la presse ou lors des débats politiques dans les pays donateurs, qui exigent un niveau zéro de corruption, tout de suite ».



Bien que l’on parle beaucoup de la nécessité pour les pays en développement de « s’approprier » les programmes d’aide, M. Morlu pense que la définition de critères de dépenses stricts par les donateurs peut permettre de renforcer l’influence [du gouvernement] d’un pays.



« Je pense qu’il faut prendre beaucoup de précautions. Nous parlons de pays qui doivent se responsabiliser, mais veulent-ils vraiment se responsabiliser ? Je pense à des exemples au Liberia où il est plus facile de dire “C’est la responsabilité des Nations Unies, c’est la responsabilité du FMI”, car cela offre la couverture politique nécessaire ».



Mais la plupart des ministères du Liberia manquent des ressources humaines nécessaires pour absorber, traiter, utiliser et justifier les fonds bilatéraux importants, ce qui veut dire que les donateurs travaillent avec des intermédiaires, a dit à IRIN Koen Henckaerts, directeur du Service d'aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), à Monrovia cette semaine.



Des priorités différentes



Dans beaucoup d’États fragiles, les critères d’aide des responsables politiques, de la presse et des électeurs des pays donateurs portent souvent sur une plus grande transparence et une diminution de la corruption. Mais les citoyens locaux peuvent donner la priorité à d’autres choses : par exemple, des emplois ou de meilleurs services de santé.



Selon Mme Cliffe, le forum de Busan sera l’occasion de trouver de nouveaux moyens pour mesurer les résultats dans les pays affectés par les conflits et dans les États fragiles, grâce à l’utilisation de critères plus pertinents pour les populations des pays concernés.



Elle a souligné que la paix et la sécurité étaient deux des résultats les plus importants dans ces pays.



Elle a cité l’exemple du Timor-Leste, qui a réussi à restaurer la paix après plusieurs années de conflit dans les années 1990 – en procédant à la réinstallation des populations déplacées et en organisant des élections avec succès – mais n’a toutefois pas pu bénéficier de l'aide financière américaine fournie par la Millennium Challenge Corporation (MCC), car tous ces progrès avaient été réalisés dans des domaines non évalués par la MCC.



États arabes, Inde, Chine



Mme. Cliffe voit également d’un bon œil la présence au forum de certains des donateurs « non traditionnels » de l’aide au développement, comme la Chine, l’Inde et les États arabes, qui jouent un rôle de plus en plus important et qui ont des critères d’efficacité différents de ceux des donateurs traditionnels.



Elle espère une division du travail plus bénéfique. « Certains donateurs savent que les contribuables de leurs propres circonscriptions sont prêts à les voir agir rapidement, même lorsque cela implique de prendre des risques en ce qui concerne la corruption et le gaspillage, et d’autres donateurs évoluent dans un environnement politique où cela constituerait un désastre ».



“ Je suis prête à parier qu’il est plus facile pour la Chine d’investir dans la création d’emplois à très grande échelle dans les pays en développement que pour d’autres donateurs de l’OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques] ».



eb/aj/cb – mg/amz


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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