« C’était une journée merveilleuse, pas trop chaude et avec un ciel très bleu, très clair », a dit M. Omar à IRIN le 8 février. « J’étais si excité que je n’avais pas pu dormir la nuit précédente ; je voulais être au matin pour pouvoir être diplômé et le célébrer avec mes amis. Nous venions de vivre six années de travail et de moments très durs ».
Le 3 décembre, pendant la cérémonie, une explosion a soufflé le site, tuant des étudiants, des enseignants et des invités. L’auteur de l’attentat suicide à la bombe a été désigné comme étant allié au groupe islamiste al-Shabab, bien que celui-ci ait nié plus tard toute implication.
Réseau des survivants
Plusieurs diplômés qui ont survécu à l’explosion souhaitent continuer le travail de leurs collègues disparus. « Ce jour là, ils ont tué nos amis et professeurs mais pas notre esprit », a dit M. Omar.
Les diplômés survivants, avec d’autres personnes diplômées d’universités au Soudan et au Yémen, ont créé l’Association des jeunes médecins de Somalie (Somali Young Doctors’ Association ‘SOYDA’) et ils ont commencé à apporter des soins à des milliers de gens qui, autrement, n’en recevraient pas.
Abdirizaq Yusuf, un membre de SOYDA, a dit : «Nous avons décidé qu’une fois par semaine, nous visiterions les camps de personnes déplacées autour de la ville [Mogadiscio]. Nous avons commencé vendredi [3 décembre] avec les camps de personnes déplacées de Lafoole ».
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Photo: SOYDA/IRIN ![]() |
| Abdiqani Sheikh Omar, membre fondateur de l’Association des jeunes médecins de Somalie |
Il a dit que les personnes qu’ils aidaient étaient celles qui étaient le moins susceptibles d’avoir accès au système de santé. « Ils sont soit trop pauvres pour se rendre chez des médecins et dans des hôpitaux, soit trop faibles pour aller où que ce soit ».
Lors de leur première visite, a dit M. Yusuf, les 10 médecins, accompagnés par des infirmières et des techniciens, ont soigné au moins 400 personnes. M. Yusuf a dit que leur objectif était de visiter l’ensemble de la population des personnes déplacées – à l’intérieur et l’extérieur de la ville.
Trop pauvres
Dahabo Hassan, une personne déplacée, mère de six enfants et âgée de 40 ans, fait partie des gens qui ont bénéficié de la visite d’un médecin. Elle a dit à IRIN que trois de ses enfants étaient malades mais qu’elle ne pouvait pas les emmener à l’hôpital ou voir un médecin.
« Je ne peux pas me permettre de les emmener chez un médecin ; je n’ai même pas assez d’argent pour le trajet en bus jusqu’aux hôpitaux de Mogadiscio », a-t-elle dit.
Elle a dit que de nombreuses personnes, dans le camp de Hilaal qui abrite 580 familles près de la ville d’Afgoye, à 300 kilomètres au sud de Mogadiscio, étaient comme elle. « Je ne connais personne qui peut payer un médecin », a-t-elle dit, ajoutant : « J’espère qu’ils vont continuer à venir ».
M. Omar a dit que la plupart des 400 personnes qu’ils avaient vues étaient des enfants.
« La plupart des enfants âgés de moins de cinq ans souffraient d’infections respiratoires et de malnutrition, alors que ceux âgés de cinq à 15 ans souffraient surtout de maladies de peau, causées par les conditions d’hygiène et d’assainissement déplorables dans les camps », a dit M. Omar. « La plupart des adultes que nous avons vu souffraient d’hypertension, de diabète et d’infections des voies urinaires ».
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Photo: SOYDA/IRIN ![]() |
| Les médecins prennent soin des personnes déplacées dans le camp de Lafoole près de Mogadiscio: l’Association des jeunes médecins des Somalie a été créée par un groupe de diplômés qui ont survécu à l’attentat suicide à la bombe à l’université de Benadir |
M. Omar a dit qu’il n’y avait pas d’agences humanitaires sur le terrain à cause de l’insécurité. « C’est un environnement très difficile », a-t-il dit.
Il a dit que SOYDA ne serait pas dissuadée et continuerait son travail.
« J’avais un très bon professeur, le docteur Shadid [qui est mort dans l’explosion], qui m’a appris la persévérance ; il n’a jamais quitté Mogadiscio quand les autres allaient chercher des pâturages plus sûrs et plus verts. Nous voulons tous suivre son exemple ».
M. Omar a dit que d’autres Somaliens, particulièrement ceux de la diaspora, étaient les bienvenus pour se joindre au groupe « quelque soient leurs compétences. Il s’agit d’aider les gens, l’endroit où vous êtes n’a pas d’importance ».
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