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Les cyclones approchent

Market in Tamasina following cyclone IVAN.
(UNICEF Madagascar)

Deux énormes tempêtes venues de l’Océan Indien frôler Madagascar ont annoncé un début prématuré de la saison cyclonique, poussant la communauté humanitaire à faire appel « en urgence » à des financements pour s’y préparer. Les météorologues prévoient que quatre ou cinq cyclones intenses pourraient toucher Madagascar pendant la saison 2009/2010.



L’approche de la tempête tropicale Bongani, suivant de près le cyclone Anja mi-novembre, a fait office de sonnette d’alarme pour les organisations humanitaires et la cellule malgache de gestion des catastrophes, en partie paralysée.



Un communiqué de l’Équipe pays des Nations Unies du 25 novembre « a suscité des préoccupations concernant la saison cyclonique qui approche et qui pourrait avoir de sérieuses conséquences sur la vie de jusqu’à 600 000 personnes » et a lancé un appel pour obtenir six millions de dollars « pour prépositionner des réserves dans les régions les plus vulnérables du pays ».



Le concept de préparation n’est pas nouveau à Madagascar. L’île se trouve sur la principale trajectoire des tempêtes qui traversent l’ouest de l’Océan Indien et est balayée par des cyclones chaque année. Cinq cyclones se sont abattus l’île au cours des deux dernières années, touchant plus de 463 000 personnes.



La saison cyclonique débute habituellement en décembre et se termine fin avril, frappant certaines des régions les plus pauvres du pays. Environ 70 pour cent des Malgaches vivent avec moins d’un dollar par jour et les mécanismes de réponse sont rapidement saturés.



L’attention commence à être réorientée d’une approche réactive, se limitant aux réponses et au relèvement après un événement, vers une approche plus globale fondée sur la préparation.



« Nous pouvons voir les résultats du prépositionnement de réserves avant la saison cyclonique. Cela a permis d’aider les victimes de façon immédiate », a dit, en janvier 2009, le Colonel Jean Rakotomalala, alors secrétaire exécutif du Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC), soulignant l’importance des récents investissements dans la réduction des risques liés aux catastrophes.



Tempêtes politiques



Madagascar a également été durement touchée par une tempête politique qui a mis un frein aux progrès en matière de préparation aux catastrophes. Les luttes intestines qui ont débuté en janvier 2009 ont entraîné le renversement du président Marc Ravalomanana et son remplacement par son rival, Andry Rajoelina, et elles ont eu pour conséquence le désengagement des bailleurs de fonds internationaux dont l’île est encore dépendante.



Au cours de l’année passée, les organisations humanitaires ont épuisé leurs réserves en faisant face aux sécheresses dans le sud et aux cyclones qui ont frappé l’île début 2009 et, selon le communiqué de l’Équipe pays des Nations Unies, et aux conséquences de « pertes d’approvisionnements liées à la crise politique ».



Selon Dia Styvanley Soa, porte-parole du BNGRC, « peut-être à cause de la crise politique... le budget alloué au BGNRC est insuffisant ».



Au sein des organisations humanitaires aussi, « le problème est le manque de réserves », a dit à IRIN Pierre Bry, responsable des affaires humanitaires du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) à Madagascar.



Pour pouvoir assurer une réponse initiale dans le cas d’un cyclone, les organisations humanitaires et le BNGRC ont besoin de bâches, de médicaments, de pastilles de purification de l’eau et de kits de santé, scolaires et de loisir, entre autres. « Nous en avons en petites quantités. Ils [le BNGRC] n’ont pas grand-chose », a remarqué M. Bry.



Lors des deux dernières saisons cycloniques, « nous avions pu entreposer de la nourriture et du matériel d’urgence dans les 22 régions. Cette année, nous attendons toujours des fonds pour cette activité et le problème c’est qu’un grand nombre de nos entrepôts ont été pillés pendant cette crise [politique] », a dit Mme Soa.



Coupés de la réalité



Les organisations humanitaires ont eu du mal à susciter l’intérêt des homologues du gouvernement malgache, car la communauté internationale ne pouvait pas reconnaître complètement le gouvernement autoproclamé de M. Rajoelina, la Haute Autorité de transition.









« À cause de la crise, nous n’avons pas pu travailler ensemble »

« À cause de la crise, nous n’avons pas pu travailler ensemble », a dit M. Bry, d’OCHA, ajoutant qu’il était désormais important de rapprocher les systèmes de coordination du gouvernement et de la communauté humanitaire.



Il y a eu un certain réengagement avec le BNGRC au cours des dernières semaines, mais plusieurs membres du personnel de l’organisation ont été remplacés. « La rotation rapide de personnes [clés] n’aide pas », a commenté M. Bry.



Mme Soa a remarqué que « la collaboration avec la communauté internationale a été renouée récemment – nous venons de terminer un atelier se concentrant sur la mise à jour du plan national de contingence avec nos partenaires, les agences des Nations Unies et les ONG [organisations non gouvernementales] internationales ».



Hors de portée



Christopher Metcalf, coordonnateur résident par intérim des Nations Unies à Madagascar, a commenté : « ce qui est tragique, c’est que [les cyclones sont] un évènement annuel, et il semble que leur gravité et leur impact sont potentiellement plus importants chaque année ».



En outre, le manque d’infrastructures signifie qu’une fois qu’un cyclone est passé, il peut falloir des semaines pour atteindre les communautés isolées et qui font face à un risque plus important de faim et de maladies. « Les investissements dans des programmes de réduction des risques liés aux catastrophes peuvent sauver des vies et aider les communautés à se rétablir plus rapidement », a-t-il dit.



Des mécanismes de financement souples et prévisibles sont essentiels pour un pays tel que Madagascar, qui doit faire face à des situations d’urgence récurrentes comme les cyclones et la sécheresse. « Il est urgent de mobiliser des ressources maintenant. Nous appelons la communauté internationale à ne pas ignorer les difficultés des populations malgaches », a dit M. Metcalf.



Mme Soa, du BNGRC, est du même avis : « le BNGRC est-il prêt à répondre [aux catastrophes] ? Tout ce que je peux vous dire c’est que nos capacités sont très faibles. Il est certain que nous aurons besoin de l’aide de tous nos partenaires ».



En attendant, Madagascar a fait ce qu’elle pouvait pour se préparer. Mme Soa a dit qu’une campagne d’information et de sensibilisation était en cours. « Cette année, nous allons essayer, pour la première fois, un nouveau système pour prévenir la population : nous allons envoyer nos alertes cycloniques par SMS [messages textes sur téléphones portables] ».



tdm/he/gd/ail 

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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