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Les montagnes Nuba à cheval sur la fracture entre le Nord et le Sud

Sudanese women in the market place of Kauda, in Nuba Mountains of South Kordofan state, central Sudan Peter Martell/IRIN
Sudanese women in the market place of Kauda, in Nuba Mountains of South Kordofan state, central Sudan.
Les montagnes Nuba, une ancienne ligne de front dans la guerre civile entre le Nord et le Sud du Soudan, restent sous tension des années après l’accord de paix de 2005, rapportent les dirigeants et experts locaux.

Composée de quelques 48 000 km2 de montagnes verdoyantes et de bocage, cette région du sud de l’état du Kordofan, dans le Nord-Soudan, reste politiquement contrôlée par la direction sudiste du Mouvement Populaire de Libération du Soudan (MPLS).

Les tensions et les défiances sont restées vives entre le Nord et le Sud du Soudan – les différences politiques, idéologiques et religieuses majeures ne sont toujours pas résolues- pas plus que dans la région de Nuba.

« La sécurité reste un problème important, du fait des violations et de l’hostilité entre les deux partis – le MPLS et le PCN (Parti du Congrès National), et des nombreux conflits entre tribus » a précisé Kamal al-Nur, administrateur du comté de Heiban, contrôlé par le MPLS, dans le sud du Kordofan.

« Nous sommes préoccupés par cette escalade de la violence alors que nous approchons des élections – et dans la période suivant les élections- du référendum » a ajouté al-Nur. Les élections générales au Soudan sont prévues en avril 2010, avant le référendum sur l’indépendance du Sud en 2011.

Selon les professionnels des Droits de l’Homme, les Nubas ont souffert, durant la guerre, des bombardements aériens, de l’isolation, des privations, des expropriations et des déplacements forcés de population.

Cette région est caractérisée par une diversité d’ethnies et par la cohabitation entre Musulmans, Chrétiens et les populations qui suivent les croyances africaines traditionnelles.

« Nous nous sommes battus pendant de longues années…pour l’égalité, pour le droit de vivre comme nous le souhaitons et pas sous la loi (islamique) de la Sharia du Nord » a précisé Younan Albaround, le président du MPLS à Kauda, QG, pendant la guerre, des rebelles sudistes du Mouvement Populaire de Libération du Soudan dans les Montagnes Nuba.

« La Consultation Populaire »

Contrairement au Sud-Soudan et à la région pétrolifère d’Abyei, qui doivent choisir leur indépendance et leur autodétermination en 2011, l’accord de paix de 2005 précise seulement les dispositions d’un partage provisoire du pouvoir et d’une « consultation populaire » dans le sud du Kordofan et les états du Nil Bleu.

On parle parfois des régions d’Abyei, des montagnes Nuba et du Nil Bleu comme des « trois régions » -transitionnelles et contestées-; des zones à cheval sur les sources mêmes des tensions politiques, militaires et culturelles entre le Nord et le Sud.

« Alors que le Sud et Abyei ont défini clairement leurs droits à un référendum pour l’indépendance – garanti par la présence du SPLA et par conséquent avec la possibilité d’un retrait unilatéral si la mise en application de l’accord de paix devait échouer– les deux « zones contestées » sont seulement créditées du concept mal défini de ‘consultation populaire’ sur leur futur statut » a précisé Peter Moszynski, un analyste réputé sur le Soudan qui a commencé à travailler dans la région de Nuba en 1981.

A Sudanese children and their mother pump water from a borehole in Nuba Mountains near Kauda, South Kordofan state, central Sudan 200911060904490109
Photo: Peter Martell/IRIN
Une jeune soudanaise et sa mère dans un forage dans une zone près de Kauda dans la région de Montagnes Nuba
Dans les Montagnes de Nuba, les rangs du SPLA sont largement formés par des hommes de la région mais ces forces se sont officiellement retirées selon les termes de l’accord de paix et subsistent uniquement quelques unités spéciales interarmées Nord-Sud.

La tension est récemment montée d’un cran à la suite des déclarations de hauts fonctionnaires du Sud-Soudan en faveur de la partition, et du discours du président du Sud-Soudan Salva Kiir qui mentionnait que voter pour l’unité reviendrait à faire des Sud-Soudanais des citoyens de « seconde classe ».

« Les Nubas craignent une sécession avec le sud car ils risquent de devenir une minorité isolée dans le Nord - et de plus sur la ligne de front d’un éventuel conflit entre le Nord et le Sud » a confirmé Moszynski.

« Il y a de grandes inquiétudes au sujet de la zone des montagnes de Nuba qui pourraient redevenir une zone de combat » a précisé John Ashworth, un autre spécialiste du Soudan. « Aucun référendum n’est prévu et le citoyen lambda ne le sait pas encore mais sera très en colère lorsqu’il le comprendra. La ‘consultation populaire’ reste quelque chose de vague et probablement sans réelle signification. »

Un sondage d’opinion, réalisé par le National Democratic Institute (NDI) basé à Washington, a montré que la population reste pessimiste pour l’avenir.

« Les personnes interviewées ont signalé des conflits permanents et potentiellement explosifs dans le sud du Kordofan » a souligné l’étude de mars 2009, intitulée ‘Perdre Espoir’.

Sur un plan ethnique, la population des Montagnes de Nuba s’identifie traditionnellement davantage aux Africains du Sud qu’aux voisins Arabes du Nord.

« Ils décrivent le conflit comme un combat pour le droit à la terre et aux pâturages. Les Nubas soutiennent que les Arabes étaient armés (alors que les Nubas ne l’étaient pas), que les chefs traditionnels arabes ne sont pas neutres et que le gouvernement de Khartoum est derrière la plupart de toutes ces violences » est-il ajouté.
« Les Arabes interviewés disent quant à eux que ce sont les Nubas qui sont les instigateurs et les responsables de la violence et des crimes dans la région »

D’après cette étude, peu d’entre eux sont optimistes pour l’avenir : « L’ampleur du conflit actuel est telle dans le sud du Kordofan que beaucoup estiment la situation très proche d’un retour à la guerre dans tout l’état. »

Des opinions similaires ont été recueillies par l’International Crisis Group (ICG) en octobre 2008 dans un rapport sur le sud du Kordofan intitulé ‘Le prochain Darfour ?’

« Si le PCN, le MPLS et la communauté internationale échouent à prendre en considération cette région divisée » a prévenu l’ ICG, « leur inaction pourrait menacer la stabilité de ce pays déjà divisé.

pm/eo/cb/bp/cp
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