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Où trouver de nouvelles sources d’eau ?

Jordan Valley Farmers are experiencing a severe lack of rainfall and urgent steps are needed to expand the area covered by greenery and promote the efficient use of water, environmentalists say
(Dale Gillard/Flickr)

En Jordanie, pays endetté où les ressources en eau sont limitées, le déclin du niveau des précipitations vient s’ajouter à la forte croissance démographique, rendant encore plus urgente la nécessité de rechercher des sources d’eau alternatives.



La Jordanie collecte et utilise 90 pour cent de ses eaux de pluie, mais le changement climatique conduit à une baisse du niveau des précipitations, en particulier depuis deux ans, selon des spécialistes de l’environnement.



En 2008-2009, les précipitations ont connu un déclin important dans les régions de l’est du royaume, a indiqué un membre du Département météorologique jordanien, sous couvert d’anonymat car il n’était pas autorisé à parler à la presse.



« Il semble que le changement climatique affecte le niveau des pluies, mais il est difficile de l’affirmer avec certitude, car il faudrait pouvoir comparer les niveaux de précipitations sur une période plus longue », a-t-il dit à IRIN.



Le pays ne dispose que d’un seul grand fleuve, le Jourdain, qui s’est progressivement réduit au cours des dernières décennies, pour ne devenir plus qu’un modeste cours d’eau séparant la Jordanie de la Cisjordanie. Comme le royaume ne possède ni lacs ni sources d’eau renouvelables, les deux tiers des ressources en eau du pays proviennent des eaux de pluie et des aquifères souterrains non renouvelables.



Le tiers restant est fourni par Israël, dans le cadre de l’application du Traité de Wadi Araba de 1994 (connu sous le nom de Traité de paix israélo-jordanien). L’eau est pompée et acheminée jusqu’à la station de Zai, avant d’être traitée et envoyée vers Amman et les villes environnantes.



Mais à la fin des années 1990, le gouvernement de Fayez Tarawneh, l’ancien Premier ministre, s’est attiré les foudres de l’opinion publique, pour avoir mal géré une affaire d’eau contaminée liée à l’approvisionnement israélien. Depuis ce scandale, les autorités n’ont pas eu d’autre choix que de rechercher des ressources en eau alternatives et durables.



D’après Nedal Hadadin, spécialiste de l’eau à l'Université publique Al Balqa, la baisse significative des précipitations résulte du changement climatique provoqué par les hommes. Ce phénomène est « déclenché par la dégradation de la couche d’ozone », a-t-il affirmé.



M. Hadadin craint que la réduction des précipitations ne s’aggrave, car le climat est de plus en plus imprévisible, ce qui contribue à la modification des schémas pluviométriques.



Des ressources en eau de plus en plus limitées



D’après les données sur les ressources en eau fournies par les Nations Unies et d’autres organisations, la Jordanie est l’un des pays où l’insécurité hydrique est la plus forte au monde, la consommation moyenne des Jordaniens étant cinq fois moins importante que celle des Européens.



D’après l’édition 2009 du Rapport arabe sur le développement humain, réalisé par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Jordanie disposait en 2005, sur son territoire, d’environ 150 mètres cubes d’eau douce renouvelable par habitant, ce qui la classe, en la matière, parmi les pays les plus mal lotis du monde arabe, après le Qatar, l’Arabie saoudite, la Libye, les Emirats Arabes Unis et l’Egypte.



D’après le PNUD, la moyenne mondiale est de 6 800 mètres cubes par habitant, et on parle de pénurie d’eau lorsque les ressources sont inférieures à 1 000 mètres cubes par personne.



Cependant, étant donnée la sécheresse qu’a connue la Jordanie ces dernières années, il est probable que ses ressources en eau par habitant soient encore plus limitées aujourd’hui.



Le niveau d’eau dans les barrages de Jordanie baisse également, a indiqué Elias Salameh, spécialiste de l’eau à l’Université de Jordanie.



« Nos barrages sont à moitié vides et la population augmente rapidement », a-t-il dit à IRIN. « Nous devons trouver une solution à long terme. La Jordanie ne peut pas continuer à dépendre des précipitations et des eaux souterraines ».



Un haut responsable du ministère de l’Eau, a affirmé, sous couvert d’anonymat, que le pays « s’efforçait de récolter chaque goutte d’eau tombée du ciel », mais que les barrages retenant l’eau de pluie, qui fournissent la plus grande partie des ressources en eau du pays, avaient perdu la moitié de leur volume d’eau au cours des 10 dernières années.












A map of Jordan and the surrounding region highlighting Desi Aquifer and the Red-Dead project.

Google Maps
A map of Jordan and the surrounding region highlighting Desi Aquifer and the Red-Dead project.
http://maps.google.com/
Samedi, octobre 6, 2007
Où trouver de nouvelles sources d’eau ?
A map of Jordan and the surrounding region highlighting Desi Aquifer and the Red-Dead project.


Photo: Google Maps
Une carte de la Jordanie et des pays voisins indiquant l’emplacement de l’aquifère de Disi et du projet de canal mer Rouge-mer Morte

Programme de distribution de l’eau



En juin, au début de l’été, le gouvernement a adopté un programme strict de distribution d’eau, afin de faire face aux pénuries d’eau chroniques cette année. Ce programme consiste à réduire la fréquence de l’approvisionnement en eau des foyers, passant de trois ou quatre fois par semaine à seulement une ou deux fois par semaine.



Les habitants sont invités à remplir leurs réservoirs personnels lors des approvisionnements, de façon à tenir jusqu’à la semaine suivante, car ils n’ont aucun accès à l’eau courante entre deux approvisionnements.



La gestion de la distribution de l’eau est une tâche difficile assurée par les nombreux responsables des stations de pompage.



Mais la Jordanie ne pourra pas se contenter d’une gestion stricte de l’eau, affirment les experts, car sa population augmente fortement tandis que ses ressources en eau diminuent.



L’aquifère de Disi



Une alternative proposée depuis des années consisterait à pomper de l’eau de l’aquifère de Disi dans le sud. D’après les experts, le bassin fournirait suffisamment d’eau douce pour satisfaire les besoins de la Jordanie pendant plus de 100 ans.



Cependant, jusqu’à récemment, cette idée s’est heurtée à des obstacles politiques et financiers.



L’Arabie saoudite et Israël, qui partagent l’aquifère avec la Jordanie, craignaient que cette opération ne réduise leurs réserves en eau.



Mais le projet a obtenu le feu vert en 2008, lorsque la Jordanie a réussi à persuader ses voisins de l’importance de cette initiative en termes de sécurité hydrique. Un accord a été établi entre le gouvernement et la société turque Gama pour permettre le lancement du projet Disi, dont le coût, qui s’élève à 800 millions de dollars, est financé par des prêts de diverses organisations, dont la Banque mondiale.



En août 2009, Gama a débuté les travaux dans la région de Wadi Rum, dans le sud de la Jordanie.



Raed Abu Saud, ministre jordanien de l’Eau, a déclaré que les habitants d’Amman pourraient recevoir de l’eau douce de l’aquifère de Disi d’ici 2012, soit beaucoup plus tôt que ce qui avait été initialement estimé.









« Nos barrages sont à moitié vides et la population augmente rapidement. Nous devons trouver une solution à long terme. La Jordanie ne peut pas continuer à dépendre des précipitations et des eaux souterraines  »

A plus long terme



Cet aquifère contribuera certainement à réduire de façon significative les pénuries d’eau en Jordanie, mais les responsables reconnaissent qu’une autre source d’eau majeure sera nécessaire pour répondre aux besoins de la population.



Le projet de canal mer Rouge-mer Morte constituerait la réponse, d’après des responsables du ministère de l’Eau. Ce projet vise à sauver la mer Morte en captant au moins 2,5 milliards de mètres cubes d’eau de la mer Rouge pour les déverser dans la mer Morte.



En parallèle de ce projet, il en existe un autre en Jordanie : le Projet national de développement des eaux de la mer Rouge (JRSP), qui vise à répondre aux pénuries chroniques d’eau potable en acheminant, via des canalisations, de l’eau de la mer Rouge vers une station de dessalement – qui n’est pas encore construite –, permettant ainsi de produire près de 700 millions de mètres cubes d’eau potable par an en situation de pleine exploitation.



Mais étant données la conjoncture économique mondiale et la résistance des défenseurs de l’environnement, l’avenir de ce projet demeure incertain.



mbh/es/cb/il/ail

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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