« Plus de 30 000 personnes, dont bon nombre de déplacés internes, sont aujourd’hui sans abri et vivent dans des conditions d’hygiène déplorables, avec tous les risques sanitaires et environnementaux que cela implique », a déclaré la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) dans un communiqué daté du 25 mai.
Les normes internationales prévoient notamment d’aviser assez à l’avance les occupants, qui doivent également avoir la possibilité de contester cette décision. Elles portent également sur l’attribution d’un terrain de remplacement et le versement d’indemnités.
« La plupart de ces normes, reconnues dans le droit sud-soudanais, n’ont pas été respectées », selon la MINUS. « A l’approche de la saison des pluies, les Nations Unies s’inquiètent à l’idée que les conditions de vie de ces populations puissent se dégrader sensiblement ».
La démolition forcée de plusieurs petits ensembles d’abris en chaume ou en tôle, à l’aide de bulldozers et avec le soutien d’un grand nombre de policiers et de soldats armés, se poursuit depuis quatre mois, dans la capitale du Sud-Soudan.
Aucun commentaire immédiat n’a été livré par les autorités de l’Etat de l’Equatoria central, qui ont organisé l’opération. Elles avaient pourtant déclaré précédemment que seules étaient rasées les structures construites sans permis par des squatteurs.
Les personnes touchées ont expliqué qu’elles étaient désormais sans abri et que leurs moyens de subsistance avaient été détruits. « Mon magasin a été démoli avec toute la marchandise à l’intérieur », a raconté Selim Lado Carlos, qui assure n’avoir reçu aucun avis d’expulsion préalable. « Beaucoup de gens ont perdu leurs biens, il n’y a pas que moi. Nous avons perdu ce qui aurait pu nous permettre de vivre mieux ; c’est du moins ce qu’on espérait ».
| « A l’approche de la saison des pluies, les Nations Unies s’inquiètent à l’idée que les conditions de vie de ces populations puissent se dégrader sensiblement » |
Nombre de ces ensembles d’habitations densément peuplés ont été formés au cours de la longue guerre civile qui a dévasté le Soudan. Pendant la guerre, Juba était une ville de garnison pour les forces du gouvernement du Nord, encerclées par les rebelles sudistes de l’époque.
D’autres régions ont été occupées plus récemment, à mesure que les anciens réfugiés rentraient chez eux pour tenter de reconstruire leur vie, après la fin de la guerre civile au Soudan, en 2005.
Lorsqu’ils se sont installés dans la région pendant les années chaotiques qui ont suivi l’accord de paix, ont raconté les habitants de la région, il n’y avait guère de système officiel de propriété foncière. Certains ont déclaré posséder des titres de propriété, mais les soldats les ont ignorés et les ont tout de même forcés à quitter les lieux.
Depuis le début des démolitions, nombre des personnes touchées se sont installées dans la zone de Gudelle, aux confins de Juba, à environ six kilomètres du centre-ville.
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Photo: Peter Martell/IRIN ![]() |
| Des écoliers de la zone de Gudelle, à Juba, où se sont réfugiées un certain nombre des 30 000 personnes expulsées dans le cadre des démolitions opérées dans la ville |
Très peu de services étaient assurés dans les anciens ensembles d’habitations, mais dans les nouvelles zones où elles s’installent, les personnes expulsées ne bénéficient d’aucun service du tout, selon les habitants de la région. Nombre d’entre elles n’ont pas les moyens de se rendre à leur travail, dans le centre de Juba, les frais de transport étant désormais plus élevés.
« Il y a des maisons en construction partout, maintenant, à Gudelle ; chaque jour, on voit 10 nouvelles maisons », a rapporté Emmanuel Ayon, qui travaille dans une école de la zone, en expansion rapide.
« On a peine à trouver des latrines à fosse, même ici, à l’école, et pourtant, les gens viennent quand même à cause des démolitions ».
M. Ayon cogère l’organisation non-gouvernementale (ONG) Mère et enfants, qui aide à construire des écoles dans les banlieues de Juba. Son bureau a été détruit au cours de l’opération de démolition, bien qu’il ait assuré aux soldats que l’organisme disposait de documents légaux.
Ces derniers mois, le nombre d’élèves a doublé à l’école de Gudelle. « Nous n’avons reçu aucune aide de la part des autorités », a ajouté M. Ayon. « Beaucoup de gens souffrent énormément, ici ».
La MINUS, qui exige l’arrêt des démolitions, a critiqué le peu de solutions alternatives proposées par les autorités aux personnes expulsées, mettant en garde contre les répercussions humanitaires de l’opération.
Les autorités, a déclaré la mission, devraient « prendre des mesures promptes et nécessaires pour fournir des terres de remplacement, des logements adaptés, un accès aux services de base et des indemnités au grand nombre de familles qui ont été brusquement déracinées, ces quatre derniers mois ».
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