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Pas de cas de grippe A (H1N1) : le reflet de la réalité ou du manque de laboratoires équipés ?

Test tubes in a laboratory
(Wikipedia)

Aucun cas de grippe A (H1N1) n’a encore été confirmé en Afrique, et les experts médicaux se demandent si ce constat est le fait de la chance ou si, bien au contraire, il s’explique par le manque de centres d’analyse de la grippe entièrement équipés.



Des cas de grippe A (H1N1) ont été confirmés en Amérique du Nord, en Amérique du Sud, en Asie et en Europe, mais ni en Australasie, ni en Afrique, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS).



« Je suis très surpris qu’aucun cas n’ait encore été signalé ici ; le manque de capacités de diagnostic en est une raison manifeste », a déclaré Kariuki Njenga, directeur du laboratoire du Kenya Medical Research Institute (KEMRI), financé par les Centres de contrôle des maladies, à Nairobi, capitale kenyane. « A cause de cela, nous sommes exposés à un risque d’erreur dans le signalement [des cas] et de détection tardive de l’infection ...Le temps qu’on découvre la propagation de la maladie, il pourrait être trop tard ».



Des cas suspects de grippe A (H1N1) ont été signalés au Bénin, au Kenya et en Afrique du Sud, mais tous se sont avérés négatifs à la suite des analyses, selon l’OMS.



Le 8 mai, 2 371 cas avaient été signalés dans 24 pays, toujours d’après l’OMS. L’infection « pourrait bientôt » se propager au continent africain, d’après un communiqué de l’organisme sanitaire international.



Mais le docteur Wenquing Zhang, du Programme mondial de lutte contre la grippe de l’OMS, a déclaré à IRIN qu’il n’était pas surpris du peu de cas signalés en Afrique. « Beaucoup de pays n’ont signalé aucun cas ; il est très difficile de dire s’il y a ou non un sous-signalement des cas en Afrique ».



Encadré : « Je suis très surpris qu’aucun cas n’ait encore été signalé ici ; le manque de capacités de diagnostic en est une raison manifeste »



« En Afrique, les capacités de diagnostic des laboratoires sont généralement insuffisantes car jusqu’à présent, les pays, leurs partenaires et les bailleurs ne sont pas vraiment déterminés à mettre en place des politiques et des plans de mise en œuvre nationaux en matière de laboratoires », a expliqué Giorgio Roscigno, directeur de la Foundation for Innovative New Diagnostics (FIND), un organisme de recherche diagnostique à but non-lucratif. « Cela sera amené à changer si les ministères de la Santé exploitent les financements qui sont à leur portée ».



Le Programme mondial de lutte contre le sida (GAP) des CDC et le Plan d'urgence du président américain pour la lutte contre le sida (PEPFAR) financent notamment les diagnostics de laboratoire, dans le cadre de l’aide mondiale qu’ils apportent à la lutte contre le VIH, le paludisme et la tuberculose.







« Je suis très surpris qu’aucun cas n’ait encore été signalé ici ; le manque de capacités de diagnostic en est une raison manifeste »



Capacités de diagnostic



En Afrique, les Nations Unies ont répertorié 11 laboratoires équipés pour diagnostiquer la grippe A (H1N1), bien que, selon les médecins, il y en ait peut-être davantage. Ces laboratoires se trouvent en Algérie, au Cameroun, en République centrafricaine, en Côte d’Ivoire, au Kenya, à Madagascar, au Nigeria, au Rwanda, au Sénégal, en Afrique du Sud et en Ouganda.



Mais M. Njenga, du KEMRI, au Kenya, a expliqué à IRIN que son laboratoire de Nairobi n’avait pas encore reçu l’agent nécessaire pour diagnostiquer la grippe A (H1N1). A sa connaissance, aucun autre laboratoire au Kenya n’est en mesure de diagnostiquer la grippe A (H1N1), a-t-il également indiqué.



Pour déceler la grippe A (H1N1), il faut déclencher une réaction de polymérisation en chaîne (un test « PCR ») sur un prélèvement de gorge, pour amplifier l’ADN, ce qui permet ensuite aux techniciens de déceler les virus. Pour pouvoir commencer à amplifier des fragments d’ADN, il faut une « amorce ».



Quant au Laboratoire national de l’OMS contre la grippe, à Madagascar, il n’a pas encore reçu de matériel d’analyse, les Centres américains de contrôle des maladies (CDC) n’ayant pas pu en envoyer en raison de problèmes sur la chaîne de froid, selon un responsable du centre.



Mais d’autres laboratoires de référence sont prêts pour les analyses, dans les capitales du Sénégal, de la Côte d’Ivoire et du Nigeria.



Le matériel d’analyse devrait être livré en retard, a expliqué M. Njenga : le virus de la grippe A (H1N1) étant un pathogène émergent, le matériel d’analyse, limité, est envoyé en priorité dans les zones épidémiques actuelles.



Or, sans centres d’analyse équipés, le nombre d’infections peut augmenter, selon M. Njenga. Au Mexique, à la suite d’un mauvais diagnostic, le premier cas de grippe A (H1N1) était passé pour un cas de Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), la souche n’ayant pas été reconnue au laboratoire, a-t-il rapporté à IRIN. Le cas n’avait été correctement diagnostiqué que quatre semaines plus tard, après avoir fait l’objet d’analyses aux Etats-Unis (et après que le virus se fut déjà propagé aux Etats-Unis et au Canada).



« En quatre semaines, le virus peut se propager partout », a averti M. Njenga.



Encadré : « ...Je suis convaincu que nous serons en mesure d’établir des diagnostics fiables de la grippe A (H1N1) en Afrique... »










« Je suis convaincu que nous serons en mesure d’établir des diagnostics fiables de la grippe A (H1N1) en Afrique »

L’OMS est confiante




Pourtant, bien qu’en Afrique, les capacités de diagnostic moléculaire soient insuffisantes, il serait possible d’y déceler une épidémie de grippe A (H1N1) grâce à l’aide internationale reçue par les laboratoires régionaux, a expliqué le docteur Zhang de l’OMS.



L’OMS soutient les laboratoires du Sénégal, de Madagascar, du Nigeria, de République centrafricaine, d’Afrique du Sud et d’Algérie en assurant la formation de leur personnel et en leur fournissant l’équipement dont ils ont besoin.



« Je suis convaincu que nous serons en mesure d’établir des diagnostics fiables de la grippe A (H1N1) en Afrique. Si l’infection se déclarait dans un pays n’ayant pas de capacités d’analyse, les prélèvements pourraient être envoyés ailleurs pour être analysés, gratuitement, aux frais de l’OMS », a déclaré le docteur Zhang à IRIN.



La plupart des pays d’Afrique ont signé la déclaration de Maputo, s’engageant ainsi à élaborer et à mettre en œuvre des politiques nationales en matière de laboratoires, à renforcer les capacités de leurs laboratoires dans le cadre de leur stratégie de santé primaire, et à créer des réseaux de laboratoires intégrés à l’échelle des communautés et des divisions administratives, ainsi qu’aux plans régional et national, pour former le personnel à l’assurance qualité, et pour permettre l’envoi d’échantillons d’un laboratoire à l’autre, selon M. Roscigno de FIND.



« En envisageant chacun de ces niveaux séparément, on ne résout pas le problème : il faut une approche intégrée entre les différents laboratoires et les différentes maladies », a estimé M. Roscigno. L’Ethiopie, le Lesotho, le Kenya et l’Ouganda ont déjà bien progressé dans le cadre de leurs politiques, a-t-il déclaré à IRIN.



Aujourd’hui, un « facteur incitatif important » encourage les pays d’Afrique à développer leurs capacités actuelles de diagnostic moléculaire du VIH de façon à couvrir également les pathogènes émergents tels que le virus de la grippe A (H1N1), selon M. Roscigno. Jusqu’ici, le GAP et le PEPFAR, ainsi que d’autres bailleurs, ont renforcé les capacités de diagnostic de 2 000 laboratoires africains.



« De nombreux laboratoires ont déjà les capacités nécessaires pour le diagnostic moléculaire du VIH ; maintenant, ils peuvent en tirer parti. Aujourd’hui plus que jamais, la situation [en termes de diagnostics] pourrait être avantageuse », a expliqué M. Roscigno.



aj/pt/nh

This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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