« Nous avons eu des hommes armés, dans les hôpitaux, qui étaient venus nous ordonner de soigner leurs [amis] ; ils vont même jusqu’à retirer les patients des tables d’opération en plein milieu des interventions chirurgicales », a relaté Abdirizaq Ahmed Dalmar, président de l’Association médicale somalienne, pour expliquer les difficultés rencontrées par les travailleurs médicaux lorsqu’ils s’acquittent de leur travail dans la ville.
« Il est même arrivé à une occasion que des [véhicules blindés] entrent dans la cour d’un hôpital. Nous travaillons dans les conditions les plus difficiles. J’espère que cette année, ça ira mieux », a-t-il déclaré.
Ces dernières années, à Mogadiscio et aux alentours, les civils et les personnes déplacées ont de moins en moins accès aux soins médicaux en raison de l’intensification des violences, ont indiqué à IRIN des travailleurs médicaux.
Préoccupations de sécurité
« Les bombardements et les affrontements étant quasi quotidiens, ni le personnel médical, ni les personnes qui ont besoin de recevoir des soins médicaux ne sont en mesure de se rendre dans les centres médicaux », a expliqué le docteur Dalmar.
Souvent, les travailleurs médicaux, terrifiés, sont contraints de fuir la ville pour leur propre sécurité, a poursuivi le docteur Dalmar, ajoutant que ces deux dernières années avaient été les pires pour le système de santé de la ville, dont les hôpitaux ont fermé ou fonctionnent à peine.
Au moins 37 hôpitaux et cliniques ont fermé entre 2007 et 2008, en raison des affrontements, a-t-il dit, et l’armée a pris le contrôle de certains d’entre eux.
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Photo: Hasaan Mahamud/IRIN ![]() |
| Des élèves dans une classe de la faculté de médecine de l’université Benadir, à Mogadiscio (photo d’archives) : il arrive souvent que les combats empêchent le personnel soignant et les patients de se rendre dans les centres médicaux |
La ténacité des médecins
« Certains de nos collègues ont été tués, mutilés ou enlevés, mais nous continuons de nous efforcer d’offrir des soins de santé à ceux qui en ont besoin », a déclaré à IRIN Mohamed Mahamud Bidey, doyen de la faculté de médecine de l’université Benadir et médecin à Mogadiscio.
Un groupe de médecins a fondé la première faculté de médecine de la ville depuis la guerre civile, pour remplacer les médecins partis ou morts, a-t-il expliqué. « C’est un engagement clair envers notre peuple, et nous sommes prêts à continuer, quoi qu’il arrive ».
Les gens doivent comprendre que les travailleurs de la santé sont neutres et qu’ils soignent tout le monde, « quel que soit le groupe auquel ils appartiennent », a-t-il déclaré le 7 avril.
« Mon unique souhait, à l’heure où nous célébrons cette Journée mondiale de la santé, c’est que tous les Somaliens protègent et respectent les centres de santé et les travailleurs de la santé », a-t-il ajouté.
Demande de services
Lul Mahmamud Mohamed, chef du service de pédiatrie de l’hôpital Benadir, a expliqué qu’elle avait quitté la Grande-Bretagne pour rentrer dans son pays en 2005, « car je savais qu’on avait plus besoin de mes services ici que là-bas ».
Le docteur Mohamed soigne aujourd’hui des milliers d’enfants de la ville et des camps aménagés aux alentours pour accueillir les déplacés, qui viennent à l’hôpital pour bénéficier de soins gratuits. En moyenne, au moins 1 000 enfants se présentent à l’hôpital pour recevoir des soins chaque mois, a-t-elle indiqué.
« La plupart de ceux qui viennent n’ont même pas les moyens d’acheter les médicaments les plus basiques », a dit le docteur Mohamed.
Les médecins de Mogadiscio souffrent de l’insécurité comme le reste de la population, a-t-elle expliqué.
« Il m’arrive de ne pas pouvoir me rendre auprès de mes patients en raison de la situation de sécurité », a-t-elle expliqué. « Mais mon plus gros problème, c’est lorsqu’un patient a besoin d’être soigné et que je ne peux pas l’aider, parce que je ne dispose pas de l’équipement ou des médicaments nécessaires. C’est ma plus grande frustration ».
Toutefois, malgré l’insécurité et la frustration, le docteur Mohamed reste sur place. « Je n’ai pas l’intention de partir. Je partagerai tout ce que j’ai avec le peuple de ce pays ».
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