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Les producteurs et les trafiquants de drogue sous pression ?

Afghanistan has been the top opium producing country in the world over the past several years
(Ahmad/IRIN)

Des « progrès sans précédent » ont été réalisés dans la lutte contre les stupéfiants, et au moins 500 trafiquants de drogue ont été arrêtés au cours des huit derniers mois, a dit à IRIN un haut responsable du ministère afghan de l’Intérieur.



Selon Mohammad Daud Daud, adjoint au ministre de l’Intérieur chargé de la lutte contre le trafic de narcotiques, les opérations anti-stupéfiants ont été « considérablement renforcées » depuis 2007.



Au cours des huit derniers mois, plus de 300 tonnes de cannabis, plus de 25 tonnes d’opium et plus de 10 tonnes d’héroïne, ainsi que plusieurs tonnes de substances chimiques servant à la production de l’héroïne, ont été saisies. Vingt-cinq laboratoires de production d’héroïne ont également été détruits, selon le ministère de l’Intérieur. Selon l’enquête publiée en 2007 par l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), 90 laboratoires au total étaient en service en mars 2007.



En plus d’avoir des conséquences directes sur la santé des Afghans toxicomanes, le trafic de drogue contribue à financer les activités des Talibans et les activités criminelles, et à alimenter l’insécurité, entravant ainsi les opérations d’aide humanitaire.



Néanmoins, des centaines de milliers de personnes sont impliquées dans la culture du pavot, et les revenus générés par le trafic d’opium représentent pas moins de 40 pour cent du Produit intérieur brut, selon les experts.



Les victimes de la lutte contre les stupéfiants



Le gouvernement a déclaré avoir payé au prix fort ses opérations de lutte contre le trafic de stupéfiants : au moins 45 officiers de police ont été tués et 65 ont été blessés au cours de confrontations armées avec des contrebandiers et des insurgés impliqués dans le trafic de drogue, selon le ministère de l’Intérieur.



Dans sa dernière enquête, datée d’août 2008, l’ONUDC a indiqué qu’en 2008, les incidents liés aux activités d’éradication dans les provinces d’Helmand, de Kandahar, d’Herat, Nimroz, de Kapisa, de Kaboul et de Nangarhar avaient coûté la vie à au moins 78 personnes, dont la plupart faisaient partie des forces de l’ordre. Cela représente une augmentation d’environ 75 pour cent par rapport au bilan 2007 (19 décès). Les principaux incidents ont eu lieu dans les provinces de Nangarhar et Nimroz, selon l’ONUDC.



Face aux fortes pressions exercées par la communauté internationale, le gouvernement a renforcé son système judiciaire, encourageant les juges à condamner promptement les trafiquants arrêtés, selon les médias, mais les progrès restent fort inégaux : selon un communiqué de presse du ministère de l’Intérieur, publié le 4 septembre, des individus armés non-identifiés ont assassiné le président du tribunal afghan chargé de la lutte contre le trafic de stupéfiants, et plusieurs juges ont reçu des menaces de mort.



La sécheresse, une précieuse alliée



Selon l’ONUDC, la surface cultivée pour la production d’opium a diminué de 19 pour cent, passant à 157 000 hectares, contre 193 000 hectares en 2007.



Toutefois, le rendement étant désormais plus important (48,8 kilos par hectare, contre 42,5 kilos en 2007), la production totale d’opium a diminué de six pour cent à peine, passant de 8 200 à 7 700 tonnes, selon un communiqué publié par l’ONUDC le 26 août.



Le nombre de provinces sans opium a augmenté de 13 à 18 (sur 34), a néanmoins indiqué l’ONUDC. « L’année dernière, le monde a été frappé par un tsunami d’héroïne, qui représentait près de 700 tonnes. Cette année, cette marée d’opium a commencé à redescendre », a déclaré Antonio Maria Costa, directeur exécutif de l’ONUDC.



Selon l’ONUDC, les efforts d’éradication n’ont guère contribué à cette diminution : en 2008, 5 480 hectares de cultures ont été détruits, soit près de quatre fois moins que les 19 047 hectares détruits en 2007.



L’ONUDC attribue au contraire cette baisse à la bonne gouvernance locale, et à la sécheresse. Certains gouverneurs ont découragé les fermiers de planter de l’opium en menant des campagnes de sensibilisation, en tirant parti des pressions exercées par leurs pairs, et par la promotion du développement alternatif. Les résultats les plus impressionnants ont été enregistrés à Nangarhar, également touchée par une vague de sécheresse grave.



La production potentielle d’opium en Afghanistan a considérablement diminué (de 31 pour cent), passant à 5 500 tonnes, contre 8 000 tonnes en 2007, a indiqué le US Office of National Drug Control Policy (ONDCP), le 24 octobre.



Aujourd’hui, la culture du pavot à opium est concentrée dans le sud et le sud-ouest : 93 pour cent du pavot afghan est cultivé dans seulement cinq provinces du sud du pays, et plus de 60 pour cent dans la seule province d’Helmand, selon l’ONDCP.



Corruption



De nombreuses allégations ont été formulées selon lesquelles les mesures fermes, prises pour freiner la production et les exportations de stupéfiants, seraient compromises par la corruption : les responsables du gouvernement et du secteur de la sécurité se partageraient en effet les recettes du trafic en échange d’une protection [assurée aux trafiquants].



M. Daud a reconnu que certains responsables s’étaient sans doute laissés corrompre par l’argent de la drogue. Le président afghan Hamid Karzaï a néanmoins rejeté les allégations formulées dans un article récent du New York Times, où il était dit que son jeune frère Ahmad Wali Karzaï était lui-même impliqué dans le trafic d’héroïne.



Entre-temps, M. Costa, de l’ONUDC, a appelé à prendre des mesures sévères face à la corruption, qui « huile les rouages » du trafic de drogue.



« Les fonctionnaires et les propriétaires terriens corrompus, les chefs de guerre et les criminels doivent se voir infliger les peines les plus lourdes, prévues par la loi, sinon l’économie de l’opium continuera à fonctionner en toute impunité, et les Talibans continueront d’en tirer profit », a-t-il déclaré.



ad/at/ar/cb/nh/ail


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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