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Avions, trains et interdictions de séjour

Planes about to take off
(F18E777/Flickr)

En 2002, Aleksic Jovan, trafiquant d’armes, a acheminé par avion plus de 200 tonnes d’armes au Liberia, un pays ravagé par la guerre, contribuant ainsi à un conflit qui aurait fait quelque 250 000 morts, selon les estimations. Il y a plusieurs années, le mari de Linda Kisuna a contracté une infection sexuellement transmissible. Qu’ont-ils en commun ? M. Jovan et le mari de Mme Kisuna sont tous deux interdits de séjour dans plusieurs pays du monde.



Environ 70 pays ont imposé des restrictions aux voyageurs atteints du VIH, selon la Banque de données mondiale sur les restrictions aux voyageurs porteurs du VIH, mais à ce sujet, les informations sont si difficiles à obtenir, et souvent contradictoires, que personne, même le Programme commun des Nations Unies sur le sida, ONUSIDA, ne sait vraiment ce qu’il en est.



Théoriquement, une dizaine de pays, dont la Chine, l’Arménie, le Soudan et les Etats-Unis, interdisent aux personnes séropositives d’entrer sur leur territoire, quelle que soit la durée de leur séjour, malgré les efforts déployés dernièrement aux Etats-Unis pour abroger l’interdiction d’entrée imposée aux visiteurs séropositifs depuis plus de 20 ans.



Bien que le Sénat ait abrogé cette loi en juillet, lorsqu’il a prorogé le Plan d’urgence de lutte contre le sida du président américain (PEPFAR) et que le président américain George W. Bush a signé le projet de loi, l’interdiction restera en vigueur jusqu’à ce que le ministère américain des Services sanitaires et humains (MSSH) retire le VIH de sa liste des maladies contagieuses.



Rachel Tiven, directrice exécutive d’Immigration Equality (IE), un lobby, a dit espérer que le MSSH reverrait sa liste des maladies contagieuses, mais elle désapprouve les changements apportés récemment aux dérogations qui permettent à certains voyageurs séropositifs de contourner cette interdiction.



« Nous sommes déçus que l’administration Bush ait imposé ces [conditions] de voyage "rationalisées", qui en fait n’ont pas été rationalisées du tout, à l’heure où l’abrogation totale de l’interdiction [d’entrée sur le territoire imposée aux voyageurs séropositifs] est imminente », a-t-elle déclaré.



À la fin du mois de septembre, le ministère de la Sécurité intérieure, chargé des questions liées à l’immigration, a amendé les dérogations de voyage accordées aux visiteurs séropositifs, imposant, selon l’IE, des critères plus stricts, au lieu de rationaliser le processus.



Les voyageurs doivent par exemple prouver qu’ils reçoivent une aide médicale privée acceptée aux Etats-Unis, et même les personnes ayant de la famille proche dans le pays n’ont pas le droit de déposer une demande de green card temporaire lorsqu’elles se trouvent sur place. Le groupe de lobbying soutient que le VIH est le seul problème médical soumis à ce règlement.



D’après Vanna Rainsey*, activiste cambodgienne de la lutte contre le sida, ces conditions étaient déjà assez strictes. Invitée à assister à la Session spéciale de l’Assemblée générale des Nations Unies (UNGASS) sur le VIH/SIDA, Mme Rainsey a reçu divers courriers d’invitation de la part de grandes organisations humanitaires internationales, stipulant à la fois son statut de séropositive et la raison pour laquelle elle se trouvait aux Etats-Unis, conformément aux règlements relatifs à l’immigration.











S'échapper de Guantanamo Bay
Le camp de détention de Guantanamo Bay, communément connu aux Etats-Unis sous le nom de « Gitmo », a fait les gros titres de la presse pour le rôle qu’il a joué récemment dans l’histoire militaire américaine. Pourtant, avant que les tours jumelles ne s’effondrent, le camp faisait déjà les gros titres pour d’autres raisons.

 


En septembre 1991, Jean-Bertrand Aristide, premier président haïtien élu démocratiquement en 200 ans, a été renversé à la suite d’un coup d’Etat. Dans le sillage des violences qui se sont ensuivies, une partie de la population haïtienne est venue prolonger une vague continue de migration datant de l’ère du dictateur François Duvalier, surnommé « Papa Doc ».


 


Au début des années 1990, Guantanamo Bay servait à héberger les migrants clandestins venus d’Haïti, arrêtés par les gardes-côtes américains alors qu’ils se rendaient aux Etats-Unis à bord d’embarcations de bois surchargées. À une époque, le camp abritait environ 200 migrants séropositifs. Selon les activistes, tous auraient eu des motifs valables pour demander l’asile politique, s’ils n’avaient pas été séropositifs. 


 


Les migrants ont passé environ 18 mois sur l’île avant qu’un juge de la cour fédérale n’ordonne leur libération et la fermeture du camp, inscrivant dans son arrêt que « bien que les accusés qualifient euphémiquement l’opération Guantanamo de "camp humanitaire", les faits révèlent que [Guantanamo Bay] n’est autre qu’un camp carcéral pour prisonniers séropositifs, présentant des risques de santé publique potentiels pour les Haïtiens qui y sont détenus ».


 


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Toutefois, à son arrivée à New York, les services de l’immigration ont invoqué son statut pour justifier l’annulation de son visa américain.



Lire entre les lignes



Pour justifier ces restrictions, les gouvernements invoquent généralement deux logiques : celles-ci permettent de maîtriser la propagation du VIH, et d’épargner aux pays d’accueil le coût du traitement contre le VIH.



Aucune de ces deux raisons n’est vraiment convaincante, à en croire Susan Blair Timberlake, conseillère principale en droit et droits humains à l’ONUSIDA.



« Empêcher les gens de se rendre dans un pays pour prévenir la propagation du VIH dans ce même pays [ne] rime à rien aujourd’hui, à une époque où chaque Etat est frappé par une épidémie nationale. Si l’on adopte cette stratégie, on devrait fermer les frontières aux nombreux ressortissants nationaux qui partent et reviennent ».



Lorsque le gouvernement cubain a commencé à traiter ses premiers patients séropositifs, en 1986, il a adopté une politique de quarantaine obligatoire, selon laquelle toute personne atteinte du virus devait être envoyée dans un sanatorium public ; cette loi a néanmoins été abrogée en 1993.



« Derrière [ces lois], il y a la supposition que les personnes séropositives vont se comporter de manière irresponsable - une idée qui n’est corroborée par aucune preuve - et c’est problématique », selon Mme Timberlake.



Si les frais de traitement étaient véritablement problématiques, les pays soumettraient à un dépistage individuel toute personne souhaitant s’installer de manière permanente sur son territoire, a-t-elle commenté.



Les services de l’immigration se préoccupent rarement des droits humains, notamment du droit de demander l’asile, du droit à la confidentialité des tests, et du droit de protéger la cellule familiale. En réaction, l’ONUSIDA a récemment formé une équipe de travail internationale chargée de sensibiliser [les populations] aux interdictions imposées aux voyageurs et aux violations des droits humains.



Relation à distance



Cela fait environ un an que Linda Kisuna* se bat pour que son mari séropositif quitte le Kenya pour venir habiter avec leur fille et elle-même, aux Etats-Unis.



« [Les autorités demandent] qu’il obtienne une dérogation VIH [et qu’il soit] assuré ; or, ils savent que c’est impossible », a-t-elle déclaré à IRIN/PlusNews. « Aucune [compagnie] d’assurance n’est disposée à assurer quelqu’un qui vit à l’étranger [hors des Etats-Unis], et si c’est le cas, elles refusent d’assurer une personne atteinte d’une maladie préexistante [comme le VIH] ».



Selon le gouvernement américain, l’exigence d’une assurance est raisonnable car cela permet d’éviter que la charge financière soit endossée non plus par le ressortissant étranger, mais par le contribuable, en cas d’urgence médicale.



« C’est humiliant de devoir retourner dans son pays pour voir la personne que vous aimez, à qui l’on a interdit de vous rejoindre en raison de son statut, bien que vous soyez vous-même disposé à la soutenir », a dit Mme Kisuna. « Chaque année, je retourne au pays parce que je ne veux pas briser les liens qui nous unissent, alors je fais des heures supplémentaires ; je travaille d’arrache-pied pour réunir la somme nécessaire pour m’acheter mes billets [d’avion] ».



Les avocats ont expliqué à Mme Kisuna qu’ils ne pouvaient pas faire grand-chose pour contourner la clause d’assurance. Elle tente donc à présent de trouver une clinique ou un organisme qui signera une déclaration sous serment stipulant qu’ils se portent responsables du traitement de son époux.



Si cela fonctionne, Mme Kisuna, qui a obtenu un permis de séjour temporaire pour pouvoir vivre aux Etats-Unis, déposera une demande de citoyenneté ; dans le cas contraire, son rêve de voir sa famille à nouveau réunie risque d’être brisé.



« Cette fois-ci, c’est ma dernière chance de le faire venir. Mais si ça ne marche pas, je vais devoir trouver autre chose : on ne peut pas vivre comme ça ».



*des noms d’emprunt



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This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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