Un calme précaire est revenu au Pakistan, une semaine après l’assassinat de Benazir Bhutto, leader de l’opposition.
Près de 60 personnes ont été tuées au cours d’émeutes qui ont secoué l’ensemble du pays pendant trois jours, à la suite du meurtre de Mme Bhutto, ancien Premier ministre et chef du populaire Parti du peuple pakistanais, le 27 décembre, à Rawalpindi, une ville de garnison.
« La situation est plus ou moins revenue à la normale », a estimé Naim Ahmed, 35 ans, qui tient un commerce au marché Aabpara d’Islamabad. « Mais je ne sais pas ce que l’avenir réserve à mon pays ».
« Tout peut arriver, maintenant », a averti Mohammed Faiz Abbasi, marchand de fruits, qui a observé un ralentissement des affaires ces derniers jours.
Pourtant, malgré les incertitudes, la vie des plus de 160 millions d’habitants du Pakistan revient lentement à la normale.
Les rues, jonchées de déchets et de briques il y a quelque temps encore, dans le sillage des troubles, ont été déblayées, et la plupart des marchés et des boutiques du pays ont rouvert leurs portes.
On craignait il y a peu une fixation des prix ou des pénuries alimentaires ; pour la plupart, ces craintes ne se sont pas vérifiées, et les queues interminables qui se formaient il y a quelques jours encore devant les stations-service ont désormais disparu.
Les services de transport publics, gravement touchés par les flambées de violence, ont en grande partie repris, et la plupart des centres d’éducation ont rouvert leurs portes.
Mais selon plusieurs sources du gouvernement, ces flambées de violence ont provoqué des dégâts considérables, estimés à plusieurs centaines de millions de dollars.
Des banques et des bus incendiés
Photo: David Swanson/IRIN ![]() |
| Naim Ahmed, 35 ans, qui tient un commerce au marché Aabpara d’Islamabad, se dit inquiet pour l'avenir de son pays après l'assassinat de Benazir Bhutto le 27 décembre 2007 |
Au moins 65 gares, 40 locomotives, 150 bus et autres infrastructures auraient été gravement endommagés dans l’ensemble du pays, ainsi qu’un certain nombre de bureaux de vote, établis en vue des prochaines élections législatives, initialement prévues pour la semaine prochaine.
Report des élections
Au moins 13 bureaux de vote ont été incendiés dans la seule province du Sindh, fief de Mme Bhutto, au cours des sanglantes manifestations qui ont secoué le pays ; des événements qui ont pesé dans la décision du gouvernement de reporter les élections au 18 février.
La Commission électorale pakistanaise soutient que ce report lui donnera le temps d’achever la mise en place de dispositifs bouleversés, selon elle, en raison de l’assassinat de Mme Bhutto, à la suite duquel des urnes et du matériel électoral ont notamment été détruits.
Le 2 février, au cours d’un discours télévisé à la nation, le président Pervez Musharraf a déclaré que l’armée et les forces paramilitaires interviendraient avec fermeté pour maîtriser toute nouvelle flambée de violence et a appelé à la réconciliation nationale, en vue d’élections libres et justes.
Préoccupations de sécurité
En attendant, la situation de sécurité étant déjà tendue dans le pays, l’on s’inquiète de plus en plus à l’idée que tout retard supplémentaire ne ferait qu’aggraver davantage les tensions. « Je ne sais vraiment pas ce qui va se passer maintenant », a observé Imran Mumtaz, 29 ans, habitant de Rawalpindi. « On dirait que les choses ne font qu’empirer ».
En 2007, le Pakistan a été troublé par une série d’attentats suicides, ciblés, pour bon nombre, sur les membres des forces de sécurité et de l’armée du pays, à la suite de l’assaut – ordonné par le gouvernement au début du mois de juillet – de la Mosquée rouge d’Islamabad, où les érudits religieux et les étudiants en théologie organisaient une campagne agressive visant à la mise en application de la Charia dans la capitale.
Photo: David Swanson/IRIN ![]() |
| Figure populaire de l'opposition, Benazir Bhutto a été assassinée le 27 décembre 2007 à Rawalpindi, Pakistan |
Dans certaines régions de la province de la Frontière du Nord-Ouest (PFNO), en particulier dans les régions gravement touchées par le tremblement de terre de 2005, les secours et les efforts de reconstruction ont dû être réduits au début de l’année, face à la multiplication des menaces et des actes d’intimidation commis par des éléments extrémistes de la région.
Cet été, de nombreuses organisations non-gouvernementales (ONG) opérant dans la PFNO ont même exprimé des préoccupations concernant leur capacité à rester parfaitement opérationnelles compte tenu de l’insécurité croissante qui règne dans le pays, et les a incité à réduire leurs activités ou à les suspendre complètement.
« En tant qu’ONG, nous sommes sans aucun doute des cibles secondaires », avait alors affirmé Babar Aziz, directeur adjoint des opérations d’International Rescue Committee (IRC), lors d’un entretien accordé à IRIN.
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