Les organisations internationales présentes dans la Province de la frontière du Nord-Ouest (NWFP) ont exprimé leur vive préoccupation au sujet de la poursuite de leurs opérations compte tenu de l'insécurité qui prévaut dans le pays.
« En tant qu’organisations non gouvernementales, nous représentons des proies faciles », a expliqué à IRIN Babar Aziz, directeur adjoint aux opérations du Comité international de secours (IRC) à Islamabad, la capitale pakistanaise.
S’il est établi que le gouvernement et l’armée ont été les principales cibles des récents attentats qui ont eu lieu suite à l’assaut lancé contre la Mosquée rouge d’Islamabad, début juillet, les ONG prennent également leurs précautions mais ont le sentiment de pas pouvoir faire grand chose, a affirmé M. Aziz. Les organisations suivent de très près la situation, a-t-il ajouté.
Dans la NWFP, l’IRC travaille depuis longtemps avec les réfugiés afghans implantés dans la capitale provinciale de Peshawar et dans les villes voisines de Kohat et Hangu. Les ONG y sont très actives, mais la récente flambée de violence pourrait changer la donne.
Siège de la Mosquée rouge
Près de 300 personnes ont été tuées suite à l’assaut des forces de sécurité contre la Mosquée rouge d’Islamabad, dont certains chefs religieux et étudiants fondamentalistes avaient organisé de violentes manifestations pour imposer la Charia – la loi islamique – dans la capitale.
La bataille pour la prise de la Mosquée et de son école coranique a pris fin le 11 juillet, à l’issue d’un siège meurtrier d’une semaine.
Quelques jours plus tard, le 17 juillet, un kamikaze faisait exploser sa charge et tuait près de 16 personnes dans la capitale, lors d’un meeting d’Iftikhar Mohammed Chaudhry, président de la Cour suprême rétabli dans ses fonctions, après en avoir été suspendu au mois de mars par le chef de l’Etat, Pervez Musharraf.
Cette décision du président pakistanais avait contribué à accroître l’instabilité politique du pays – qui a pris fin le 20 juillet avec la décision irrévocable de la Cour suprême.
Le 19 juillet, des attaques suicides, explosions et coups de feu avaient fait au moins 52 morts. Ces actes de violence, imputables aux extrémistes islamiques, n’ont fait qu’accroître la tension dans le pays. A Hangu, un conducteur au volant d’une voiture piégée a fait exploser sa charge devant le portail d’une académie de police de la ville, tuant au moins sept personnes.
« Le sentiment grandissant d’insécurité qui règne dans le pays touche tout le monde, y compris les ONG », a affirmé Nishat Riaz, responsable de la communication à Green Star Social Marketing, la plus importante organisation du pays œuvrant dans le domaine de la santé de la reproduction et du planning familial.
« Nous avons suspendu nos activités à Peshawar. Nous ne fournissons plus de services de soins de santé pour l’instant en raison des menaces que nous avons reçues ».
Des menaces de mort
Les décisions prises – notamment la fermeture de leurs succursales de Mingora, Swat et Dera Ismail Khan à NWFP – pourraient en effet être des mesures de prudence, compte tenu de la menace directe que l’ONG a reçue.
En effet, le 18 juillet, l'antenne de l’ONG à Peshawar a reçu une note manuscrite jointe à une bombe factice et sur laquelle on pouvait lire : « Si vous ne fermez pas vos bureaux dans les sept prochains jours, il sera détruit ».
« Vous menez toutes ces actions à la demande des Etats-Unis et d’Israël afin d’éliminer notre race par le biais du planning familial », poursuivait la note.
Les autorités du gouvernement fédéral pakistanais ont demandé aux ONG nationales et internationales présentes dans les districts de la NWFP touchés par les tremblements de terre de réduire leurs activités sur le terrain et de prendre des mesures de sécurité supplémentaires compte tenu de la situation, pouvait-on lire dans le Dawn, un quotidien pakistanais.
« Ce ne sont pas les ONG ni le problème du planning familial qui sont en cause. C’est l’idée selon laquelle les ONG travailleraient pour le compte de la communauté internationale ou sous la tutelle de celle-ci », a dit Nishat Riaz pour justifier les raisons qui pourraient amener les extrémistes religieux à s’en prendre aux ONG.
Selon Michael McGrath, directeur pays de Save the Children, une ONG britannique présente dans la NWFP, certaines activités de l’organisation, dans le district de Batagram touché par le séisme, ne sont pas affectées par la situation sécuritaire du pays.
« En accord avec toutes les autres ONG et agences des Nations Unies, nous avons provisoirement retiré notre personnel du district de Batagram », a affirmé M. McGrath, tout en soulignant qu’ils étaient en contact permanent avec les autorités pour envisager une reprise rapide de leurs activités.
Le 10 juillet, une foule de manifestants en colère avait saccagé les locaux de la Croix-Rouge française et de Care International, dans un des sous-districts de Batagram, lorsque les dépouilles de deux victimes de l’attaque de la Mosquée rouge ont été ramenées pour être enterrées.
Le 2 juillet, les bureaux de plusieurs autres organisations humanitaires ont été attaqués à Allai, un sous-district de Batagram.
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