Selon Cyriaque Gonda, porte-parole du Président François Bozize, l’appel a été adressé aux conseils de sécurité des Nations unies et de l’Union africaine (UA), à la Communauté économique et monétaire des Etats d’Afrique centrale, à la France et aux autres organisations et pays amis.
Dans un discours diffusé lundi sur les ondes de la radio nationale, M. Gonda a déclaré que des assaillants venus du Soudan voisin se sont emparés de la ville de Birao. Birao est une ville d’au moins 30 000 habitants située près de la frontière entre les deux pays.
« Nous n’accusons pas le Soudan d’avoir attaqué la RCA, mais nous sommes en droit de nous demander pourquoi une telle attaque vient d’un pays voisin et ami », a déclaré M. Gonda.
Il n’a pas été possible de joindre l’ambassadeur du Soudan à Bangui, la capitale centrafricaine, pour avoir son avis sur ces allégations.
La ville de Birao se trouve sur les grands axes commerciaux reliant la RCA au Tchad et au Soudan. Elle joue un rôle primordial dans les échanges commerciaux de la région et dans la fourniture de services sociaux. De Bangui, on ne peut se rendre dans cette ville que par avion puisque le réseau routier du nord a été détruit au cours des nombreuses années de guerre civile.
M. Gonda a appelé les Nations unies à appliquer la résolution 1706 du Conseil de sécurité relative au déploiement de Casques bleus à la frontière entre la RCA et le Soudan, afin de rétablir la sécurité dans la région.
Le groupe rebelle – qui serait composé de trois factions hostiles au régime de Bozize – a attaqué les soldats de l’armée gouvernementale basés à Birao et se sont emparés de la ville.
« Beaucoup de personnes, dont des soldats et des civils, sont mortes au cours de l’attaque », a indiqué M. Gonda, et de nombreuses maisons ont également été détruites.
Cependant, lors d’un entretien téléphonique, Abakar Saboune, le porte-parole de la rébellion, a indiqué que son mouvement n’avait aucun lien avec le Soudan.
Cette alliance serait majoritairement composée d’anciens mercenaires et combattants ayant soutenu M. Bozize pendant le mouvement insurrectionnel de 2002-2003 qui lui a permis d’accéder au pouvoir en mars 2003 après le renversement du régime du Président Ange-Felix Patasse.
« Nous opérons à partir de notre territoire et contrôlons le nord-est du pays depuis que nous avons pris Tiringulu en avril 2005 », a expliqué M. Saboune.
Tiringilu est une petite ville de la préfecture de Vakaga, proche de Birao.
« Toute la ville de Birao et ses environs sont sous notre contrôle », a-t-il déclaré. « Nous ne nous en sommes pris qu’aux troupes loyalistes et je peux vous assurer qu’aucun civil n’a été tué au cours de cette attaque ».
Deux éléments rebelles ont été tués et deux autres blessés pendant les combats pour le contrôle de Birao, a reconnu M. Saboune. En revanche, treize soldats gouvernementaux auraient été tués, dix faits prisonniers et quatorze autres auraient intégré le mouvement. Ceux qui se sont réfugiés dans la forêt demanderaient à rejoindre les rangs de la rébellion, a-t-il précisé.
A l’en croire, la rébellion entend consolider sa position à Birao tout en préparant une offensive sur Bangui.
Les accusations du gouvernement centrafricain à l’encontre du Soudan compliquent un peu plus les relations entre les deux pays. En avril dernier, la RCA avait fermé sa frontière avec le Soudan après que des rebelles tchadiens, partis du territoire soudanais, ont franchi la frontière pour lancer une attaque sur N'djamena, la capitale tchadienne. Les rebelles centrafricains auraient aidé leurs homologues tchadiens, en espérant que ces derniers leur fourniraient des armes en échange de leur soutien.
L’attaque de la ville de Birao s’est produite pendant que le Président Bozize et son Premier ministre se trouvaient à l’étranger, mais selon les autorités militaires, des renforts ont été dépêchés à Birao.
Pour M. Gonda, les assaillants sont venus de la région soudanaise du Darfour. Un lieutenant de l’armée centrafricaine, qui a requis l’anonymat, a indiqué que l’attaque sur la ville de Birao a été menée par au moins 300 rebelles bien équipés.
Plusieurs groupes rebelles sont actifs dans les localités proches de Birao. En avril dernier, des avions non identifiés ont atterri à Tiringulu pour y déposer du matériel militaire et des groupes d’hommes armés. Ces groupes sont encore actifs dans la région, ont reconnu les autorités militaires de Bangui.
En juin dernier, une attaque des groupes rebelles contre une position de l’armée à Gordil, près de Birao, a fait treize morts dans les rangs des soldats gouvernementaux.
La prise de Birao est le signe manifeste de la renaissance de la rébellion dans le pays depuis l’accession au pouvoir de Bozize. En outre, la ville dispose d’un aéroport qui peut être utilisé pour le ravitaillement des rebelles.
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