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Ces grands chantiers qui attendent le nouveau président

L’élection présidentielle qui a eu lieu vendredi, au Burundi, marque un tournant important dans l’histoire de ce pays ravagé par douze années de guerre civile, et qui doit encore se battre contre l’extrême pauvreté, les profondes divisions inter-ethniques et l’insécurité permanente, essentiels au maintient d’une paix durable.

Voilà quelques défis majeurs que devra relever le nouveau président burundais, Pierre Nkurunziza, jusqu’alors président du Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces pour la défense de la démocratie (CNDD-FDD), pour consolider les acquis de la démocratie qui lui ont permis d’accéder au pouvoir.

Parmi les problèmes qui attendent le président, les plus importants sont ceux concernant la sécurité et la pauvreté.

Lors d’une conférence de presse, qui s’est tenue le 2 août à Nairobi, au Kenya, Pierre Nkurunziza a annoncé qu’il s’y attaquerait en priorité, en ouvrant d’abord des négociations avec le groupe rebelle, Front National de Libération (FNL), afin d’amener ce dernier à participer activement à la vie politique du pays.

Les chances qu’il réussisse là où les autres ont échoué sont minces. En revanche, Pierre Nkurunziza est convaincu que l’idéologie ethnique du FNL n’est plus d’actualité et que ce mouvement cherche désormais un moyen pour sortir de son isolement politique.

Cependant, le FNL campe toujours sur ses positions et ne souhaite négocier qu’avec l’armée nationale qu’il estime dominée par les Tutsis, et qui selon lui, a la mainmise sur le pays.

Malgré les négociations qui ont eu lieu à Dar es Salaam, en Tanzanie, entre Agathon Rwasa, le chef du FNL et Domitien Ndayizeye, le chef du gouvernement de transition, le groupe rebelle continue de mener des attaques sporadiques.

Pierre Nkurunziza, un Hutu, comme la majorité des membres du FLN, s’est montré critique à l’égard du groupe d’Agathon Rwasa.

Lors de sa visite à Nairobi, il a ironisé sur le fait qu’un groupe rebelle puisse exiger des garanties contre les excès commis par les Tutsis, tout en refusant d’en donner à ses interlocuteurs. Selon Pierre Nkurunziza, la seule garantie contre les excès est la démocratie.

Des préoccupations sécuritaires et politiques

Resté à l’écart de la vie politique, le FLN a étendu son théâtre d’opération de Bujumbura Rural à la province de Kayanza, au nord du pays. Vols à main armée, vols de voiture, enlèvements, tortures et assassinats sont devenus les pratiques courantes de ce mouvement.

Les fusillades nocturnes font désormais partie du quotidien des habitants de la province de Bujumbura Mairie et de ses environs. Ainsi, les ruraux vivent dans la peur, tandis que les citadins exigent une meilleure protection de la part de la police durant la nuit.

« Notre sécurité est menacée, nous ne savons pas quoi faire », a déclaré à IRIN Monica Ntibazonkiza, une personne déplacée, mère de cinq enfants qui vit dans la province de Bujumbura Rural. « Les rebelles sont là, nous sommes toujours en fuite », a-t-elle ajouté.

Si Pierre Nkurunziza parvient à faire participer le FNL à la vie politique du pays, la sécurité peut alors s’améliorer.

Selon les observateurs politiques, une Commission Vérité et Réconciliation, comme celle qui avait été mise en place en 2002 dans le cadre de l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi, serait une solution envisageable.

Un défi majeur attend le gouvernement de Pierre Nkurunziza : arriver à conjuguer justice et réconciliation. La Commission devra également faire comprendre à la population que les quatre décennies d’impunité sont désormais révolues, et avec l’appui du gouvernement, cette Commission devra rassurer la minorité tutsie en lui prouvant que le gouvernement majoritairement « hutu » ne cherchera pas à se venger.

« S’ils ne sont pas vigilants, la Commission sera la source de nouveaux problèmes.

J’espère qu’ils ne vont pas se servir d’elle pour prendre leur revanche sur les Tutsis », a confié à IRIN le 10 août un homme politique, sous le couvert de l’anonymat.

Il a déclaré que la Commission et le gouvernement peuvent gagner la confiance du public à condition qu’il n’y ait aucune préférence ethnique et que la Commission auditionne les membres du CNDD-FDD de Nkurunziza qui, avant leur entrée dans le gouvernement, étaient considérés comme rebelles. Il n’est pas improbable que les membres du gouvernement soient interrogés par la Commission, mais pour cela, le gouvernement doit prouver son réel désir d’instaurer un système démocratique.

Mais certains burundais pourraient ressentir un sentiment d’injustice si cette Commission n’examinait pas aussi tous les actes criminels commis depuis 1962, année à laquelle la Belgique a octroyé l’indépendance au Burundi.

Ainsi, il est fort probable que l’intérêt du public se porte sur l’assassinat en 1993 de Melchior Ndadaye, le premier président hutu du Burundi. Ce meurtre avait déclenché un sentiment de colère chez les Hutus qui, persuadés que Melchior Ndadaye avait été tué en raison de son appartenance ethnique, se vengèrent massivement sur les Tutsis. Puis, ce fut au tour de l’armée, composée majoritairement d’éléments tutsis de réprimer la majorité hutue. Environ 300 000 personnes ont trouvé la mort pendant les douze années de guerre civile qui ont suivi.

Le nouveau président du CNDD-FDD, Karenga Ramadhani, a annoncé que la réconciliation nationale était une priorité majeure, à condition que les Burundais décident d’être fidèles à leur pays plutôt qu’à leur groupe ethnique.

Selon certains observateurs politiques, la place que va accorder le nouveau gouvernement aux affiliations politiques, ethniques et civiles contribuera en grande partie au succès ou à la défaite de la réconciliation nationale.

« J’espère que la paix et l’ordre seront restaurés, et que la presse et les organisations de la société civile auront la possibilité de s’exprimer comme dans une vraie démocratie », a déclaré Kigenza Abdul, un militant burundais des droits de l’homme.

Il semble que certains hommes politiques ont déjà misé sur le CNDD-FDD, le vainqueur des dernières élections communales et parlementaires.

Un grand nombre d’intellectuels Tutsis ont rejoint les rangs du CNDD-FDD pour s’assurer une place dans la vie politique, au grand dam de certains sympathisants du CNDD-FDD. Cependant, la loi exige que chaque parti politique soit dirigé par des représentants des deux principales ethnies à une hauteur de 60-40.

«Le FRODEBU a durci le ton de sa campagne et serait selon diverses sources a l'origine de tracts presentant le CNDD-FDD
comme un parti manipule par Kigali et sous influence des tutsi»,

Des défis socio-économiques

Malgré les doutes exprimés par ses sympathisants, Pierre Nkurunziza a déclaré lors de sa visite au Kenya que le CNDD-FDD rechercherait des personnes compétentes pour l’aider à gouverner le pays, peu importe leurs affinités politiques ou leur appartenance ethnique.

C’est la politique qu’il devra adopter pour panser les plaies et relever les grands défis que sont le rétablissement des infrastructures, l’éducation et la santé.

Ces trois piliers pourraient servir de base à la relance de l’économie du Burundi, un pays considéré par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) comme l’un des plus pauvres d’Afrique.

La majorité des Burundais montrent qu’ils sont plus préoccupés par leur bien-être économique et social que par la situation politique de leur pays. Une fois la sécurité rétablie au Burundi, Pierre Nkurunziza devra s’attaquer aux problèmes économiques et sociaux du pays.

« Il est incroyablement difficile de joindre les deux bouts.

Le pays se trouve dans une grave crise économique », a déclaré dans la capitale, Bujumbura, Gloria Niyongere, une femme d’affaires.

Depuis que la guerre a éclaté en 1993, les salaires des membres du gouvernement n’ont augmenté que de 20 pour cent et la plupart des jeunes diplômés universitaires ne gagnent que 40 dollars américains par mois. Le prix de l’immobilier a flambé, notamment en raison de la présence de la Mission des Nations unies au Burundi. Même dans les quartiers pauvres en périphérie de la capitale, les loyers sont supérieurs aux salaires moyens, qui sont de moins de cinq dollars américains par mois.

Les compagnies pétrolières ont tenté d’organiser des grèves pour obliger le gouvernement à augmenter le prix fixe du pétrole.

Une telle action du gouvernement entraînerait une augmentation des prix des produits de base et affecterait encore plus les pauvres.

Une sécheresse dévastatrice a réduit considérablement la production agricole dans le Nord du pays, obligeant le gouvernement de transition à déclarer en 2005 l’état d’urgence dans plusieurs provinces.

La corruption, qui vient s’ajouter aux gaves difficultés économiques du pays, accentue la pauvreté et constitue une menace pour la sécurité de l’état.

« Tout s’achète à Nairobi.

Pour devenir fonctionnaire, il faut payer », a déclaré à IRIN Chuma Jean, un fonctionnaire burundais d’un certain âge, en faisant référence au niveau de corruption du pays.

Les fonctionnaires, les agents des douanes et du ministère des finances et même ceux de la présidence sont accusés de détournement de deniers publics.

« Vous n’avez pas besoin d’ouvrir votre valise, donnez-moi juste l’argent qui vous reste de votre budget des vacances et vous pouvez filer. Avec de l’argent, ici, vous pouvez obtenir tout ce que vous voulez très rapidement », a déclaré le 7 juin une femme travaillant au service de l’immigration à l’aéroport de Bujumbura.

Venir à bout de ces pratiques sera tout aussi important pour le pays que restaurer la démocratie et la sécurité.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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