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Taylor quitte le pays, des navires de guerre américains se rapprochent

[Liberia] Liberian President Charles Taylor.
Liberian president Charles Taylor (AP)

Charles Taylor a mis fin lundi à ses six années de régime sanglant au Liberia en remettant l'écharpe verte présidentielle à son vice-président, Moses Zeh Blah, avant de s'envoler en exil pour le Nigeria. Peu après, des navires amphibies américains sont apparus au large de la côte, d'où trois hélicoptères ont décollé à destination de l'enceinte de l'ambassade des Etats-Unis.

M. Taylor est parti à bord de l'avion du président nigérian Olusegun Obasanjo, venu assister en personne à la cérémonie de passation de pouvoir. Etaient également présents à la cérémonie les président de l'Afrique du Sud, du Ghana et du Mozambique, qui ont pris place à bord de l’avion, pour garantir la sécurité personnelle et le départ de M.Taylor et sa famille.

Certains ministres de M.Taylor ont ouvertement sangloté au moment du décollage de l'avion, alors qu'une foule de civils laissait éclater sa joie à l'aéroport. Des milliers de civils arrêtés dans la boue et massés le long de la route, observaient un silence de mort alors que le convoi motorisé de M. Taylor se hâtait vers l'aéroport.

Reuters a rapporté que dans le secteur de Monrovia tenu par les rebelles, des combattants en liesse criaient de joie, tiraient en l'air en chantant " Il n'y a plus de singe ".

Dans son discours d'adieu prononcé dans le palais présidentiel, M. Taylor s'est plaint de ne plus avoir de fioul pour ses générateurs électriques, et d'avoir été forcé de quitter son poste sous la pression des Etats-Unis. Il a mis en garde d'autres chefs d'Etats africains qu'ils pourraient aussi subir le même sort s'ils ne prenaient pas garde.

"Je veux être l'agneau sacrifice, je serais la tête de Turc", a déclaré M. Taylor, un chef de guerre qui a plongé le Liberia dans quatorze années de guerre civile.

Vêtu d'une tenue de safari d'un blanc immaculé, il était grave mais un air de défi marquait son visage. " Je vous quitte avec ces mots d'adieu", a-t-il conclu. " Si Dieu veut, je reviendrai ".

Le président John Kufuor du Ghana a déclaré que M. Blah, ami et compagnon d'armes de M. Taylor depuis près de vingt ans, dirigera jusqu'au 2 octobre ce pays ouest-africain ravagé par la guerre. M. Blah remettra ensuite le pouvoir à un président par intérim choisi par la conférence inter-libérienne de paix qui se tient à Accra, a-t-il poursuivi.

Pourtant, les deux mouvements rebelles, qui se sont emparés de la majeure partie du pays et de la moitié de la capitale, Monrovia, s'opposent à ce que Blah reste au pouvoir pour les sept semaines à venir.

Le mouvement rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), contrôlant tout le Nord du Liberia et la moitié de Monrovia, a estimé que cette période était bien plus longue que les deux semaines de la période de transition, préalablement proposée durant les pourparlers de paix qui se tiennent au Ghana, sous l'égide de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Et Moses Jarbo, haut représentant du LURD aux pourparlers de paix d'Accra, de se plaindre: "Maintenant la CEDEAO dit des choses n'ayant vraiment rien à voir avec ce que nous avions préalablement discuté. Il s'agit d'un nouveau développement qu'il va falloir discuter".

Il a néanmoins décrit la démission et le départ de M. Taylor comme " un pas dans la bonne direction ". Il a également laissé ouverte la possibilité d'un retrait des forces du LURD de Monrovia, avec M. Blah comme chef d'Etat provisoire, à condition que le nouveau président retire également ses combattants de la ville.

"Nous avons demandé à la communauté internationale et à la CEDEAO de laisser les soldats de la paix sécuriser Monrovia ainsi que Freeport, et que toute la zone devienne exempte d'armes ", a déclaré M. Jarbo à IRIN. " Une fois que cela sera fait, le LURD n'aura plus besoin de continuer à contrôler ces zones".

Le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), un groupe rebelle contrôlant le sud et l'Est du pays, demeure sceptique vis-à-vis d'un changement dans le pays, tant que le bras droit de Taylor restera au pouvoir.

Le chef du MODEL, Thomas Nimely, a déclaré à la BBC que les forces gouvernementales libériennes s'en prenaient encore aux positions du MODEL, et qu'il n'y avait aucune raison que Blah soit différent de Taylor.

De son côté, Tiah Slanger, chef de la délégation du MODEL aux pourparlers de paix d'Accra, était sceptique quand au fait que M. Taylor, élu président en 1997, cesserait de s'immiscer dans les affaires de la nation. " Taylor dit qu'il partira et qu'il reviendra. On veut savoir s'il est réellement sincère concernant son départ à jamais", a-t-il commenté à IRIN.

Un calme précaire règne sur les lignes de front depuis que les soldats nigérians ont commencé à arriver à Monrovia, comme éléments d'avant-garde d'une force ouest-africaine de maintien de la paix devant atteindre 3 250 hommes à la fin août.

Or, moins de 800 militaires nigérians sont arrivés dans le pays et leurs commandants avouent en privé que la force n'est pas assez solide pour le contrôle total de la sécurité dans la capitale, et pour reprendre son port stratégique des mains des rebelles, en sorte que les opérations de secours puissent reprendre pour assister unmillion d’habitants assiégés.

Les diplomates et les travailleurs humanitaires espèrent qu'après le départ de M. Taylor, les troupes américaines débarqueront de la force navale spéciale mouillant au large depuis une semaine. Ils veulent que ceux-ci aident les soldats de la paix nigérians à maintenir l'ordre à Monrovia et à rouvrir son port à l'importation de vivres, du carburant et de matériel médical, qui manquent terriblement.

Les Nations Unies estiment qu'environ 450 000 personnes dans la capitale ont été déplacées de leurs foyers par trois assauts rebelles contre la ville au cours des deux derniers mois. Nombre de ces déplacés sont affamés car les agences de secours n'ont pu avoir accès aux stocks alimentaires entreposés dans le port, tenu par les rebelles durant les trois semaines passées.

Avec de nombreux soldats américains embourbés en Irak et en Afghanistan, le président George Bush a été réticent à engager davantage de soldats dans une opération de maintien de la paix à durée indéterminée au Liberia. Il a publiquement écarté toute intervention militaire américaine au Liberia tant que M. Taylor n'aura pas quitté le pays.

A présent que M. Taylor est parti, il faut que M. Bush décide ce qu'il va faire des 2 300 Marines à bord de trois navires de guerre se trouvant à peine à quelques minutes à vol d'hélicoptère de Monrovia.

M. Blah a exhorté Washington à faire débarquer ces troupes sur le terrain dans le but d'aider les soldats ouest-africains de maintien de la paix et "d'apporter des garanties de sécurité supplémentaires ".

MM. Blah et Taylor ont invité les mouvements rebelles et les partis politiques qui négocient depuis deux mois à Accra un accord de paix globale, à venir au Liberia et à poursuivre les discussions à Monrovia.

"Fumons le calumet de la paix et oublions la guerre", a proposé M. Blah.

Le LURD et le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), un autre groupe rebelle qui contrôle une bonne partie du sud et de l'Est du Liberia, ont tous les deux souhaité qu'une personnalité civile soit nommée président par intérim pour une période de deux ans, au maximum, afin de reconstruire l'infrastructure du pays, délabrée, et d'organiser de nouvelles élections.

Cependant, il n'y a toujours pas de consensus sur la personne devant jouer ce rôle.

Les six noms qui circulent actuellement aux pourparlers de paix d'Accra sont : George
Toe Washington, un officier retraité de l'armée et ancien chef d'état-major de l'armée dans les années soixante; Togba Na Tipoteh, du Liberian People's Party ; Ellen Johnson
Sirleaf, ancienne fonctionnaire de l'ONU vaincue par Taylor à l'élection présidentielle de 1997 ; Marcus Jones, président de l'Association des Avocats libériens ; ainsi que Judith Browne et Roosevelt Kuya.

Johnson Sirleaf a annoncé récemment qu'elle retirait sa candidature, mais les représentants du LURD et du MODEL ont affirmé que son nom faisait toujours l'objet de discussion.

En fin de semaine, la CEDEAO devait présenter aux deux mouvements rebelles le projet final d'un accord de paix globale, en vue de sa signature cette semaine, mais le LURD et le MODEL déclarent ne pas avoir été saisis du document.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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