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Taylor prendra le chemin de l'exil lundi, selon des diplomates

Charles Taylor a accepté de quitter le Liberia lundi peu après avoir démissionné de ses fonctions de président en présence de plusieurs chefs d'Etats africains, ont indiqué vendredi des sources diplomatiques et politiques libériennes.

Son départ en exil au Nigeria sera suivi, dans les quarante-huit heures, par la signature dans la capitale ghanéenne, Accra, d'un accord de paix globale entre son gouvernement et les deux mouvements rebelles, ont-elles ajouté.

Les factions belligérantes et les parties politiques non armées signataires de l'accord nommeront immédiatement comme président par intérim une personnalité civile n'ayant aucun lien ni avec M. Taylor ni avec les mouvements rebelles, a précisé une source proche de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

La CEDEAO qui, depuis le 4 juin dernier, joue le rôle de médiateur dans les pourparlers inter-libériens de paix au Ghana, a commencé à déployer une force de maintien de la paix au Liberia (ECOMIL).

Un responsable auprès de la CEDEAO à Accra a déclaré à IRIN : " Mercredi au plus tard, un accord de paix globale au Liberia sera signé. Il a été entendu qu'aucun des dirigeants des factions belligérantes ne participera à l'administration intérimaire. Nous avons aussi défini la taille du gouvernement, de l'assemblée nationale et du système judiciaire ".

Le responsable a ajouté : " On annoncera immédiatement qui sera le président intérimaire et tous les signataires vont ratifier l'accord de paix, tous les délégués retourneront alors au Liberia pour choisir les membres de l'administration intérimaire ".

Des sources diplomatiques à Accra et dans la capitale libérienne, Monrovia, ont annoncé que la passation de pouvoir par M. Taylor à son vice-président, Moses Blah, se déroulera en présence des présidents du Ghana, de l'Afrique du Sud et du Togo. Le président nigérian Olusegun Obasanjo pourrait également assister à la cérémonie. Dans le cas contraire, il sera représenté par son ministre des Affaires étrangères, Oluyemi Adeniji, ont-elles poursuivi.

Une source diplomatique à Monrovia ainsi qu'une source politique à Accra ont annoncé que M. Taylor avait accepté de prendre l'avion peu après la cérémonie, sa sécurité personnelle étant garantie par les chefs d'Etats en visite.

Le général Aliyu Sheriff, alias "Cobra," chef de l'état-major du mouvement rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), a affirmé vendredi que ses forces ne se replieraient de Monrovia et ne remettraient le contrôle de son port stratégique aux soldats nigérians de maintien de la paix qu'une fois que M. Taylor aura quitté le pays et que ses troupes se seront également retirées de la ville.

"Si l'ECOMIL est ici pour s'occuper de la population libérienne nous allons donc nous retirer et les troupes gouvernementales doivent se replier au camp Scheffelin (à 20 km à l'Est de Monrovia)", a déclaré M Sheriff aux journalistes dans son quartier général près du port de l'Ile de Bushrod. "Nous voulons voir que Monrovia est un havre sûr, exempt d'armes ", a-t-il ajouté.

M. Sheriff a averti néanmoins que rien ne se fera si M. Taylor retardait son départ.
"Si Taylor refuse de quitter le Liberia, on se battra contre lui et j'espère que je me fais bien comprendre. S'il ne part pas, cela signifiera qu'il n'a pas renoncé au pouvoir".
Au troisième jour d'une trêve informelle à Monrovia, M. Sheriff a autorisé le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) et Médecins Sans Frontières (MSF) à effectuer une évaluation immédiate des besoins humanitaires dans les quartiers nord de la ville tenus par les rebelles.

Il a déclaré qu'un hôpital de fortune a été installé dans une brasserie, et que la population manquait désespérément de médicaments. La nourriture n'est pas vraiment un problème dans le secteur du LURD à Monrovia car les rebelles ont puisé dans les stocks alimentaires du Programme alimentaire mondial de l'ONU et de la plantation Firestone de caoutchouc, entreposés dans le port, et ont également distribué du riz aux civils.

Un correspondant d'IRIN a aperçu plusieurs camions du PAM transportant des vivres sillonner le secteur de Monrovia sous contrôle du LURD, notamment trois qui déchargeaient des provisions dans le quartier général des rebelles.

Jordi Raich, un responsable du CICR, a expliqué à l'issue des entretiens avec M. Sheriff, que le commandant du LURD avait donné au CICR et à MSF la permission " d'évaluer la situation humanitaire générale sur place " dans les zones de la capitale tenues par les rebelles, et qu'ils allaient immédiatement se mettre à pied d'œuvre.

Les agences humanitaires attendent désespérément que les soldats nigérians, dont les premiers éléments consituant l'avant-garde d'une force multinationale de paix sont arrivés lundi, prennent le contrôle du port. Cela permettrait la reprise de la distribution des secours alimentaires à la population affamée dans les zones tenues par les rebelles à Monrovia, ainsi que l'acheminement davantage de secours par mer.

Les estimations varient, mais les agences humanitaires soulignent qu'entre 200 000 et 450 000 déplacés nécessiteraient d'urgence de la nourriture, un abri et de l'eau potable à Monrovia, en butte aux assauts du LURD depuis deux mois.

L'arrivée de plusieurs centaines de soldats de la paix nigérians à bord d'hélicoptères en provenance de la Sierra Leone voisine a fait cesser les combats à Monrovia, qui connaît actuellement une trêve informelle. Toutefois, les hostilités se poursuivent dans d'autres parties du pays entre les troupes gouvernementales et les rebelles.

Une source de l'armée libérienne a indiqué que le LURD a fini par s'emparer mercredi de Gbarnga, une ville se trouvant à 120 km au nord de Monrovia, au terme de plusieurs jours de combats. Les affrontements ont également continué avec le deuxième groupe rebelle, le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), dans la ville portuaire de Buchanan (100 km à l'Est de Monrovia). Buchanan est tombée aux mains du MODEL le 28 juillet. Le groupe a déclaré jeudi qu'il avait repoussé une offensive gouvernementale visant à reprendre la ville.

Les forces de M.Taylor ont tenté d'affréter de nouvelles munitions, jeudi, avant l'aube, mais la cargaison a été interceptée et confisquée par les soldats nigérians qui contrôlent désormais l'aéroport international de Robertsfield.

Des sources militaires nigérianes ont fait savoir qu'à l'issue de cet incident, les soldats de la paix ont rapidement établi une base à Sinkor, un quartier à l’est de la capitale, afin de surveiller de près le terrain d'aviation de Spriggs Payne à proximité, disposant d'une piste plus petite et servant essentiellement à de petits avions effectuant des vols domestiques.

A Accra, des responsables de la CEDEAO ont indiqué qu'ils avaient réussi à aplanir la plupart des problèmes épineux ayant empêché de conclure les deux mois de pourparlers de paix. La principale pierre d'achoppement était que tant le LURD que MODEL voulaient nommer un vice-président. Les deux ont maintenant renoncé à cette exigence.


Moses Jardo, un haut membre de la délégation du LURD aux pourparlers de paix, a déclaré à IRIN : "Oui, le LURD est sur le point de signer un accord de paix globale. M. Taylor a pris l'engagement de partir et il incombe à la communauté internationale d'assurer son départ ".

"On espère que la semaine prochaine, l'administration intérimaire aura été mise en place ", a-t-il ajouté. Pourtant le MODEL, qui n'a pas encore examiné la dernière mouture de l'accord de paix, était plus réticent.

Tiah Slanger, chef de la délégation du MODEL à Accra, a déclaré : "Bien que je sois optimiste quant à la signature de l'accord la semaine prochaine, je voudrais d'abord voir le document en détail avant de l'endosser. S'il prend en compte l'intérêt des Libériens alors le MODEL va signer ".

Des officiels de la CEDEAO ont annoncé que le gouvernement intérimaire dirigerait le Liberia pendant une période de deux ans pour rebâtir une société éclatée par quatorze années de guerre civile quasi constante et pour organiser de nouvelles élections.

Pendant cette période, une force de maintien de la paix de l'ONU serait déployée à travers le pays pour désarmer les factions belligérantes et maintenir l'ordre.

M. Taylor, un chef de guerre élu président en 1997, s'apprête à quitter ses fonctions alors qu'il est sous le coup d'une inculpation pour crimes de guerre par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, associé à l'ONU. Il est accusé d'avoir appuyé les rebelles qui ont tué et mutilé des dizaines de milliers de civils durant la guerre civile qui a déchiré ce pays de 1991 à 2001.

Vendredi, les Nations Unies ont publié un rapport accablant sur les atrocités commises au Liberia depuis que M. Taylor a lancé une rébellion pour s'emparer du pouvoir en 1989. L'ONU estime que 25 000 personnes ont perdu la vie dans le conflit, dont au moins la moitié sont des civiles, et qu'au cours des derniers mois, la situation dans le pays s'est " détériorée de façon dramatique".

Bertrand Ramcharan, Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme par intérim a affirmé :
"La situation des droits de l'homme au Libéria a été, et demeure, une question grave et douloureuse pour la conscience humaine dans le monde entier ".

Il a instamment demandé que les responsables de l'orgie de meurtre, de viol, de torture et de recrutement d'enfants combattants soient traduits devant la justice.

"Il faudrait que la loi puisse suivre son cours en ce qui concerne le fort et l'insolent - qu'ils appartiennent au Gouvernement ou aux groupes rebelles ", a souligné M. Ramcharan.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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