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Plus d'une centaine de morts dans des combats à Monrovia

Au moins cent personnes ont été tuées et 300 autres blessées dans la capitale libérienne Monrovia, depuis que les rebelles ont lancé leur dernier assaut contre la ville il y a cinq jours, ont informé mardi des responsables hospitaliers et des travailleurs humanitaires.

Magnus Wolfe-Murray, le directeur au Liberia de l'organisation charitable britannique MERLIN, a indiqué que dans cette ville d'un million d'habitants, la situation était 'horrible, avec des cadavres jonchant les rues ".

Le ministre libérien de la Défense, Daniel Chea, cité par les agences de presse internationales, aurait déclaré que plus de 600 victimes, civils et combattants, ont été tuées. Cependant, ce chiffre contredit le bilan des victimes, plus modeste, issu du principal hôpital de Monrovia et du personnel libérien de MERLIN ainsi que de Médecins Sans Frontières (MSF).

Les derniers combats à l'arme lourde ont permis une progression sans précédent au cœur de la Monrovia du mouvement rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD).

Les bombardements nourris ont cessé à Monrovia dans la nuit de lundi, mais deux obus ont atteint mardi matin Sinkor, un quartier se trouvant à l'Est, obligeant les personnes déplacées dans la zone à entreprendre sous une pluie battante, un exode vers le quartier de Congo Town, plus éloigné du centre-ville.

Le Bureau de la coordination des Affaires humanitaires de l'ONU (BCAH/OCHA) estime que plus de 200 000 personnes à Monrovia ont été déplacées par les affrontements.

Mohamed Sheriff, médecin-chef du plus grand hôpital de Monrovia, l'hôpital John F. Kennedy, a confirmé lundi à IRIN que plus de 200 patients, des femmes et des enfants pour la plupart, ont été soignés pour des blessures par balles et d'éclats d'obus. La morgue de l'hôpital est au maximum de sa capacité, avec 48 cadavres, a-t-il précisé.

"La plupart des médecins libériens ont abandonné l'hôpital. Nous manquons de tout - de fournitures médicales, de carburant pour le générateur et de personnel ", a souligné M. Sheriff. La seule aide reçue par l'hôpital provient du Comité International de la Croix-Rouge (CICR), a-t-il poursuivi.

Le directeur local de MSF-France, Pierre Mendiharat, a déclaré à IRIN que treize des 144 blessés de guerre soignés par les médecins et les infirmières de MSF durant la dernière bataille sont morts.

L'intensification des hostilités a forcé MSF à fermer deux de ses cinq centres de santé, a-t-il informé.

Lundi, des manifestants furieux ont transporté les cadavres de dix-huit victimes tuées par des tirs de mortiers devant l'entrée de l'ambassade des Etats-Unis, et ont réclamé une intervention militaire américaine pour rétablir la paix dans le pays. Les victimes faisaient partie des vingt-cinq personnes tuées par des obus tombés sur le complexe de Greystone, l'annexe résidentielle de l'ambassade où des milliers de déplacés avaient trouvé refuge.

MERLIN dont le personnel dispense des soins à Greystone, a indiqué qu'environ 25 000 personnes s'étaient réfugiées dans le complexe.

La troisième offensive du LURD contre Monrovia en moins de trois mois a obligé le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) à suspendre le rapatriement des réfugiés sierra léonais par navire vers Freetown.

Dans un communiqué, le HCR a fait savoir qu'à cause des combats qui font rage, son ferry danois, le MV Overbeck, n'a pas été en mesure d'entrer à quai samedi à Freeport, à Monrovia.

Le navire, qui avait déjà évacué 950 réfugiés sierra léonais en quatre voyages, a été forcé de rester en mer et était encore immobilisé lundi soir, a-t-il indiqué.

Le LURD, un des deux mouvements rebelles ayant signé l'accord de cessez-le-feu du 17 juin avec le gouvernement du président Charles Taylor, s'est dit déterminé à se battre jusqu'à la prise totale de Monrovia.

"Ce que nous devons faire maintenant c'est prendre toute la ville ", a déclaré à l'Agence France Presse (AFP) le président du LURD, Sekou Damate Conneh dans la Côte d'Ivoire voisine. "Il ne faut pas que cela dure longtemps car beaucoup trop de personnes souffrent ".

"Cette fois-ci, nous n'allons pas nous replier ", a affirmé M. Conneh.

Le président nigérian Olusegun Obasanjo, qui a mis en alerte un bataillon d'infanterie de 770 soldats pour diriger la force d'avant-garde ouest-africaine au Liberia, s'est rendu à Abidjan lundi pour des entretiens avec le président ivoirien Laurent Gbagbo. On ignore s'il a également rencontré le chef du LURD durant sa visite.

Le Secrétaire-Général de l'ONU, Kofi Annan, a averti lundi soir que le Liberia était " entre l'espoir et la catastrophe ", et a invité les Etats d'Afrique de l'Ouest ainsi que les Etats-Unis à déployer d'urgence une force de maintien de la paix au Liberia pour sauver la situation.

Il a appelé tous les rebelles, en particulier le LURD, " à respecter le cessez-le-feu et à comprendre qu'ils seront tenus responsables de toute catastrophe humanitaire occasionnée par les combats à Monrovia ".

Le gouvernement américains, qui a exigé que M. Taylor renonce au pouvoir et quitte le Liberia pour jeter les bases d'une solution pacifique, a également condamné le dernier assaut du LURD contre Monrovia.

Le porte-parole du Dépoartement d'Etat, Philip Reeker, a déclaré : "Nous avons assisté à ce bombardement aveugle et tous azimuts du groupe LURD et nous pensons qu'il faut qu'il cesse. Il faut respecter le cessez-le-feu et il est de la responsabilité de toutes les parties au Liberia de veiller à ce qu'il le soit ".

Le gouvernement américain a offert d'envoyer des troupes au Liberia mais seulement pour appuyer une force d'interposition régionale sous l'égide de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).

Washington a informé lundi qu'elle a mis en alerte trois navires de guerre ayant à leur bord 4 500 marins et marines pour un déploiement possible au Liberia. Il faudra néanmoins sept à dix jours pour que la flottille, partie de la Mer Rouge en direction de la Méditerranée, arrive en Afrique de l'Ouest.

En attendant, la CEDEAO a suspendu l'envoi de son Equipe d'Etude technique qui devait effectuer une mission de reconnaissance préalable au déploiement du premier détachement de 1 500 hommes de la force de maintien de la paix. Elle ne se rendra dans le pays qu'après une amélioration de la situation de la sécurité à Monrovia.

Les ministres de Affaires étrangères et de la Défense de la CEDEAO se réuniront mardi et jeudi dans la capitale sénégalaise, Dakar, pour discuter du déploiement des soldats de maintien de la paix au Liberia.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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