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Le remplacement de Taylor domine les négociations d'Accra

Les délégués aux pourparlers inter-libériens dans la capitale ghanéenne Accra ont été détournés des discussions autour d'un accord de paix entre les parties belligérantes dans le pays pour se concentrer sur d'intenses négociations autour de la composition d'un gouvernement de transition pour remplacer le président Charles Taylor.

Pliant sous la pression, en particulier celle du président américain George Bush, Taylor a annoncé dimanche qu'il quitterait le Liberia pour un exil au Nigeria. Il n'a pas précisé la date de son départ mais un officier supérieur de l'armée a déclaré que Taylor a officiellement informé ses forces qu'un nouveau gouvernement sera en place le 15 juillet.

Dans une déclaration à Pretoria, en Afrique du Sud, Bush a exigé encore une fois la démission de Taylor. "Nous avons pris l'engagement de coopérer étroitement avec les Nations Unies et avec la CEDEAO pour faire appliquer le cessez-le-feu, et pour veiller à ce que Taylor démissionne pour qu'une transition paisible puisse avoir lieu au Liberia", a souligné M. Bush.

"Nous avons pris cet engagement. Je l'ai clairement affirmé à maintes occasions ", a-t-il poursuivi.

Cependant, les profonds désaccords et la grande variété des points de vues des nombreux groupes présents aux pourparlers, ont rendu les négociations en vue du remplacement de Taylor aussi périlleuses que le pari de préserver le fragile cessez-le-feu entre les parties.

La pierre d'achoppement des pourparlers, facilités depuis un mois par la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), consiste à atteindre un consensus quant à qui sera à la tête du gouvernement intérimaire après le départ de M.Taylor, affirment des délégués.

Pas moins de quarante-deux noms ont été avancés comme éventuels remplaçants de M. Taylor, ont signalé à IRIN des diplomates qui assistent aux pourparlers. " Maintenant, chaque groupe de pression veut occuper la présidence et cela crée une certaine confusion ", a déclaré un diplomate.

Participent aux pourparlers environ dix-huit partis politiques et groupes de la société civile, les deux groupes rebelles et le gouvernement.

La délégation du gouvernement libérien a suggéré que l'actuel vice-président, Moses Zeh Blah, dirige le pays, comme énoncé par la Constitution. Une telle proposition est fortement désapprouvée par les groupes rebelles : Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL).

Les deux groupes rebelles qui, depuis 1999, n'ont de cesse de renverser M. Taylor, contrôlent actuellement plus de soixante pour cent du Liberia.

"Non, nous n'accepterons pas Moses Zeh Blah comme président intérimaire. Il a été choisi et nommé par Taylor. Ils l'ont entraîné en Libye et au Burkina Faso. Ils se sont battus et ont tué ensemble. Ils sont amis", a souligné mercredi à IRIN Tiah Slanger, le porte-parole du MODEL.

De son côté, le LURD a proposé que son chef, Kabineh Jan'eh remplace M.Taylor.

D'autres noms fusent, notamment ceux de Alhaji Kromah, un ancien chef de guerre représentant le Parti de la Coalition de tous les Libériens (All Liberian Coalition Party) ; Theresa Leigh-Sherman, leader du Réseau des femmes du fleuve Mano pour la paix (Mano River Women Network for Peace) ; George Toe Washington, ex-chef de l'état-major libérien dans les années soixante ; et Nah Togba Tipoteh, du Parti des Peuples libériens (Liberian Peoples Party).

D'autres encore sont Ellen Johnson-Sirleaf, candidate présidentielle en 1997 et ex-fonctionnaire onusienne ; ainsi que Charles Brumskine, avocat et ancien sénateur libérien.

M. Slanger a révélé que pour garantir une paix durable, le MODEL a proposé à tous les délégués, y compris le LURD, d'accepter comme président intérimaire un seul candidat issu des rangs des partis politiques et des groupes de la société civile n'ayant pas participé au conflit.

"Nous nous réunirons ensuite en conciliabule et indiqueront notre préférence. En deuxième lieu, nous proposons l'attribution au LURD et au MODEL de deux postes de vice-présidents jouissant des mêmes pouvoirs. Le président pourra alors les consulter et prêter attention à leurs besoins respectifs dans la conduite de l'administration intérimaire".

Les rebelles ont également suggéré qu'une fois que toutes les parties seront tombées d'accord sur le cadre et la composition de l'administration intérimaire, celle-ci ne devra avoir qu'un mandat de deux ans, aboutissant à des élections démocratiques en vue de la mise en place d'un gouvernement plus représentatif.

Les représentants des partis politiques et de la société civile, qui proclament représenter les opinions et les aspirations des 3,5 millions de Libériens, seraient entrain de négocier entre eux.

"Les partis politiques se concertent avec les factions belligérantes qui négocient également entre elles. Le consensus émergera en session plénière une fois que les groupes auront passé en revue toutes les nominations et se seront mis d'accord sur un seul candidat ", a expliqué mercredi à IRIN Isaac Yonly, de l'Union des associations libériennes dans les Amériques (Union of Liberian Associations in the Americas).

Or Daniel Fitzgerald Vinton, rédacteur en chef du journal 'New Liberia', a commenté à IRIN :
"Il y a une animosité profondément ancrée entre tous les acteurs politiques libériens. Quelque part, ils se sont tous politiquement offensés les uns les autres. Qui peut dire qu'il est neutre lorsque tout le monde est partie prenante dans ce conflit ? ".

Phillip Wesseh, directeur de rédaction du journal 'Liberian Enquirer' a indiqué : "Tout le processus a été très frustrant. Nous sommes ici depuis un mois entier. Tandis que certains prospectent pour la nomination du vice-président qui dirigera l'administration intérimaire, d'autres déclarent qu'un changement s'impose et qu'il faut donner une chance à de nouvelles personnes pour gouverner le pays ".

L'accord de cessez-le-feu signé le 17 juin par le gouvernement libérien et par les groupes rebelles donnait trente jours aux délégués pour conclure un accord de paix global. Des sources auprès de la CEDEAO ont affirmé que les médiateurs, dirigés par le général Abdulsalami Abubakar, avaient été saisis de propositions de chaque groupe et qu'ils prévoyaient une séance plénière à partir de vendredi pour examiner les diverses options et propositions.



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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