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La Suisse bloque les comptes bancaires de Taylor

La Suisse a donné l'ordre à ses banques de bloquer tous les comptes du président libérien Charles Taylor, ceux de ses proches et des membres de son gouvernement, à l'issue d'une requête du Tribunal spécial établi en association avec l'ONU pour juger les criminels de guerre présumés en Sierra Leone.

Le Tribunal a publié une mise en inculpation contre M. Taylor au début de ce mois, l'accusant d'être l'un des auteurs des crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis pendant la guerre civile en Sierra Leone (1991-2001). Il estime que le dirigeant libérien a appuyé les rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF) qui ont tué, violé et amputé des milliers de civils. Des diplomates ont déclaré que M. Taylor avait reçu des diamants bruts de la Sierra Leone en échange de son soutien aux rebelles.

"Il aurait investi les recettes des ventes de diamants dans de nombreux pays, notamment en Suisse", apprend-on lundi dans un communiqué émanant du Bureau de la Justice fédérale suisse.

Le procureur du Tribunal spécial, David Crane, a souligné : "L'argent pourrait apporter la preuve de l'entreprise criminelle conjointe dont nous accusons M. Taylor, ainsi que plusieurs autres inculpés, d'avoir menée en Sierra Leone pendant plusieurs années. En collaboration avec la Suisse, nous nous emploierons à décortiquer les finances de M. Taylor et à identifier les bénéfices qu'il a recueillis de son activité criminelle ici".

Le Tribunal avait secrètement inculpé M. Taylor le 7 mars, mais n'a rendu son inculpation publique que le 4 juin, au moment où le chef d'Etat libérien prenait part à l'ouverture, au Ghana, des pourparlers de paix avec les rebelles.

Depuis cette date, M. Taylor a demandé la levée de l'inculpation "pour le bien de la paix au Liberia". Mais le Tribunal insiste pour qu'il soit déféré devant la justice.

Le gouvernement suisse a informé qu'on ignorait dans l'immédiat le montant des avoirs libériens gelés. Cependant, les agences de presse internationales ont rapporté que les banques suisses avaient déclaré que 1,5 milliard de dollars appartenant à des intérêts privés et publics au Liberia auraient été déposés.

De son côté, le gouvernement libérien a fait état d'une recrudescence des combats avec les forces rebelles à la fin de la semaine, en dépit d'un accord de cessez-le-feu signé mardi dernier à Accra.

Il a également provoqué une tension avec le pays voisin, la Sierra Leone, en accusant le gouvernement de Freetown d'appuyer activement le groupe rebelle Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), et d'aider ce dernier à préparer un nouvel assaut contre Monrovia.

Le gouvernement sierra léonais a récusé ces accusations, mais a exprimé sa préoccupation pour la sécurité de ses ressortissants vivant au Liberia.

Dans une émission à la radio dimanche, M. Taylor a accusé la Sierra Leone d'être "responsable de la mort de plus de 300 personnes durant l'assaut contre Monrovia".

"Nous ne supputons pas, nous avons appréhendé plusieurs prisonniers de guerre sierra léonais qui nous ont fourni tous les détails", a affirmé M. Taylor. Il a accusé les combattants kamajors, des chasseurs traditionnels, qui se sont battus au côté de l'armée contre le RUF pendant la guerre civile de 1991-2001 dans ce pays, d'avoir franchi la frontière pour combattre avec le LURD au Liberia.

M. Taylor a déclaré que son inculpation par le Tribunal spécial était un défi hostile pour tout le gouvernement du Liberia. Et de s'écrier "ce n'est pas de Charles Taylor qu'il ", ajoutant: "C'est de la Sierra Leone versus le Liberia. J'imagine que s'ils veulent déshonorer un gouvernement et un peuple, ils pensent avoir une
occasion. Le peuple libérien est déterminé à se battre pour que cela n'arrive pas".

Les rebelles du LURD ont envahi les faubourgs occidentaux de Monrovia il y a deux semaines, avant de se replier pour favoriser la conclusion d'un accord de cessez-le-feu, qui a été effectivement signé le 17 juin au Ghana. Plus de 100 000 personnes ont été déplacées par les hostilités et les autorités ont indiqué que plus de 300 personnes avaient perdu la vie.

Le cessez-le-feu a permis de reprendre les pourparlers de paix entre le gouvernement, le LURD et le deuxième groupe rebelle, le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL). A eux deux, ces mouvements rebelles occupent plus des deux tiers du Liberia.

Quelques heures après que la trêve fut déclarée, les rebelles ont accusé le gouvernement de continuer de s'en prendre à leurs positions. Mais dimanche, ce fut au tour du gouvernement de se plaindre que les forces du LURD et du MODEL étaient entrain d'attaquer ses propres forces sur plusieurs fronts.

Il a également accusé la Sierra Leone d'armer le LURD pour une nouvelle offensive contre Monrovia.

"Le ministère de la Défense nationale a reçu des informations crédibles que le mouvement terroriste LURD, avec le consentement du gouvernement sierra léonais, a encore une fois rassemblé plus de 2 000 soldats en préparation d'une nouvelle attaque contre Monrovia," indique un communiqué du gouvernement.

"Les informations indiquent que les hommes nouvellement recrutés, principalement des Sierra Léonais et des Guinéens, se sont procurés une grande quantité d'armes et de munitions, actuellement transportées à travers Bo-Waterside, pour renforcer le LURD, qui se regroupe à Tubmanburg." Bo-Waterside se trouve à la frontière entre le Liberia et la Sierra Leone, tandis que Tubmanburg est la capitale provinciale du comté de Bomi, à 50 km au nord-ouest de la capitale du pays.

Le communiqué stipule que le LURD avait attaqué des positions gouvernementales à Klay Junction, sur la route entre Tubmanburg et Monrovia. Il a également précisé que l'armée guinéenne avait tiré des obus de l'autre côté de la frontière pour appuyer l'offensive du LURD contre Ganta, une localité frontalière à 250 km au nord-est de la capitale. Ganta, qui a changé plusieurs fois de mains ces derniers mois, se trouve au carrefour stratégique des routes commerciales entre Monrovia, la Guinée et la Côte d'Ivoire.

"Le bombardement a commencé tard hier (samedi) et a continué toute la journée de dimanche, des informations faisant état de victimes et de destruction massive", indique le communiqué du gouvernement libérien.

Toutefois, le secrétaire général du LURD, Joe Gbala, a affirmé lundi à IRIN dans la capitale guinéenne, Conakry, que ses forces avaient simplement riposté aux attaques du gouvernement. "Nous n'avons pas violé le cessez-le-feu et ne le ferons jamais", a-t-il insisté.

M. Gbala a fait savoir que des soldats avaient attaqué des positions du LURD depuis le jour où le cessez-le-feu a été signé car "Taylor veut regagner le territoire que nous avons pris à ses hommes".

Il a informé que les combats faisaient rage à Klay, sur le pont de Po River, à 15 km le long de la route entre Kley et Monrovia, à Ganta, ainsi qu'à Bo-Waterside.

"Nous voudrions que la communauté internationale prenne note de ceci", a-t-il ajouté : "Tout en ayant bon espoir face à cette situation, nous sommes également préparés au pire".

En dépit de sa propre présence à Conakry, Gbala a déclaré : "Nous démentons recevoir aucun appui de la Guinée… Taylor connaît nos capacités militaires".

Le gouvernement guinéen a refusé de commenter les accusations du gouvernement libérien proclamant que des soldats guinéens à la frontière libérienne prêtaient main forte au LURD. Mais en privé, un officier supérieur a démenti les accusations. "Nos troupes se trouvent dans la zone juste pour sécuriser notre côté de la frontière", a-t-il affirmé.

Dans une conférence de presse dimanche, James Patrick Foya, l'ambassadeur de la Sierra Leone au Liberia, a qualifié d' "absurdes" les allégations de M. Taylor à l'encontre de son gouvernement. Il a signalé que des milliers de Sierra Léonais vivant au Liberia avaient exprimé des craintes pour leur sécurité à la suite des commentaires du président.

"A supposé que certains groupes de personnes appelés Kamajors aient été arrêtés par les forces du gouvernement libérien durant l'attaque contre le LURD, il serait inexact de conclure que le gouvernement de la Sierra Leone était au courant et appuyait leur participation", a rétorqué M. Foya.

Les informations faisant état de la reprise d'intenses combats entre le gouvernement et les forces rebelles, coïncident avec un nouveau report de l'envoi au Liberia de l'Equipe conjointe de vérification, aux fins d'établir les positions occupées sur le terrain par chacune des parties belligérantes, lors de la conclusion du cessez-le-feu. L'équipe, composée d'observateurs militaires internationaux, de responsables gouvernementaux et rebelles, devait se mettre à l'oeuvre en fin de semaine. Des diplomates ont déclaré lundi, qu'ils réglaient des questions administratives de routine avant son arrivée.



This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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