Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Nana Akufo-Addo, qui a rencontré Taylor mercredi, en compagnie de Mohammed Ibn Chambas, secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), a déclaré à la presse, à l'issue de leur bref entretien : " Nous avons reçu des assurances du président Taylor qu'il cesserait toutes les hostilités ".
Akufo-Addo et Ibn Chambas devaient quitter Monrovia pour le Ghana au plus tard le mercredi. Les pourparlers entre les représentants de Taylor et les rebelles libériens ont été inaugurés il y a une semaine sous l'égide de la CEDEAO et de l'ONU. Ils ont été néanmoins interrompus après l'offensive rebelle sur la capitale, et l'inculpation de Taylor pour crimes de guerre par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, associé à l'ONU.
Le médiateur des pourparlers et ex-président nigérian, le général Abdulsalami Abubakar, a annoncé à Akosombo, à 100 km au nord de la capitale, Accra, que les pourparlers reprendraient jeudi.
Des sources diplomatiques ont indiqué que la CEDEAO, les Nations Unies, ainsi que les gouvernements ghanéens et américains, avaient rédigé un accord de cessez-le-feu qui a été soumis aux représentants de toutes les parties belligérantes. Akufo-Addo a indiqué qu'il espérait qu'un accord de cessez-le-feu pourrait être signé à Akosombo d'ici vendredi.
Le gouvernement américain a publié un communiqué à Akosombo appelant tous les côtés à être " très flexibles durant les pourparlers de paix de sorte que les problèmes puissent être vite résolus et que des secours soient apportés au peuple libérien ".
A Monrovia, le porte-parole de Taylor, Vaani Paasewe, a déclaré aux journalistes : "Le gouvernement veut que les rebelles retournent aux positions qu'ils occupaient avant les pourparlers d'Akosombo ". Cela impliquerait un retrait à Klay Junction, à 38 km au nord-ouest de Monrovia.
Le général Benjamin Yeaton, un des principaux commandants militaires de Taylor, a emmené des journalistes visiter les faubourgs ouest de Monrovia, qui auraient été repris, selon lui, par les forces gouvernementales. Le groupe s'est rendu jusqu'à Brewersville, où étaient situés la plupart des camps pour 100 000 personnes déplacées.
"Nous n'allons pas permettre que Monrovia soit prise par les rebelles car le président Taylor a été démocratiquement élu ", a souligné Yeaton.
Pourtant, des habitants locaux ont affirmé que les rebelles du LURD s'étaient spontanément repliés sans avoir été repoussés par des combats. Ils ont raconté que, pendant qu'ils occupaient la zone, les combattants du LURD sont entrés dans des magasins et ont distribué des vivres à la population locale affamée. Par la suite, des soldats de l'armée sont venus et ont une fois encore pillés pour leur propre compte.
Ceux qui sont restés dans les banlieues occidentales tout au long des combats craignent un retour du LURD dans la zone. En conséquence, beaucoup d'entre eux ont décidé d'aller vers le centre ville, sous une pluie battante, pour y chercher refuge.
Le LURD a annoncé dimanche trois jours de trêve " pour éviter un bain de sang " et pour permettre à Taylor de démissionner. Mais les affrontements se sont poursuivis à Monrovia, ce qui a poussé Sekou Conneh, le chef du mouvement rebelle, à s'engager à se rendre mercredi de la Guinée à la ligne de front à Monrovia, dans le dessein de persuader ses combattants de respecter tout cessez-le-feu qui serait accepté durant les pourparlers de paix.
Un diplomate en poste dans la capitale guinéenne, Conakry, a confirmé à IRIN que Conneh "a donné sa parole que ses troupes appelleraient à un cessez-le-feu ", ajoutant : " reste à voir maintenant si cela sera appliqué sur le terrain ".
Des cartouches vides jonchaient la route dans les quartiers ouest de Monrovia, récemment transformés en champ de bataille. De nombreux bâtiments portaient des impacts de balles. IRIN a aperçu sept corps fortement décomposés. Les habitants ont indiqué que la majorité des morts a déjà été enterré mais qu'il se dégage dans l'air une forte odeur pestilentielle.
Tous les commerces du quartier de Duala, à l'ouest, ont été pillés de fond en comble. Aucun son de tir n'était audible à Monrovia, mais les faubourgs nouvellement récupérés par le gouvernement étaient bondés de soldats armés jusqu'aux dents.
Peu avant, Taylor avait invité les Nations Unies à dépêcher une force de maintien de la paix au Liberia.
Un communiqué officiel diffusé par la radio nationale mardi soir annonçait: " Le gouvernement libérien demande au Secrétaire-Général de l'ONU de rédiger une résolution pour un déploiement immédiat d'une force de l'ONU au Liberia ". Et d'ajouter qu'une délégation militaire de haut niveau, présidée par le ministre de la Défense, Daniel Chea, sera envoyée au Ghana pour négocier un cessez-le-feu.
Toutefois, l'appel du gouvernement libérien en faveur d'une force de paix onusienne n'a pas évoqué les principales revendications des deux mouvements rebelles demandant à Taylor de renoncer à la présidence pour ouvrir la voie à la formation d'un gouvernement intérimaire de réconciliation nationale, qui serait chargé d'organiser de nouvelles élections.
En attendant, la situation humanitaire à Monrovia, où des centaines de milliers de personnes ont fui les nouveaux combats, continue de se détériorer.
L'organisation non gouvernementale
Médecins Sans Frontières-Belgique a signalé que le principal hôpital civil public, le Redemption Hospital de 130 lits, s'est retrouvé sur la ligne de front.
"Il y a des cadavres dans la rue principale et on peut sentir la mort dans beaucoup d'endroits ", a souligné Alain Kassa, directeur de MSF au Liberia. "Avant que tout le personnel et les patients {de Redemption Hospital] aient fui, il était rempli au maximum de sa capacité avec un grand nombre de blessés de guerre ".
Le surpeuplement, le manque de nourriture, l'absence d'eau potable et l'absence totale d'assainissement, a averti MSF-Belgique, risquent de favoriser une propagation rapide de la maladie.
Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (BCAH/OCHA) a informé que des combattants avaient pillé six véhicules à quatre roues, appartenant à des agences humanitaires. La rougeole et la diarrhée ont été signalées dans les camps nouvellement créés pour les déplacés dans la ville, a ajouté OCHA.
This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions