La situation était chaotique dans les rues de la ville alors que les averses tropicales continuaient. Les rebelles seraient arrivés à quinze kilomètres du centre de la capitale et, plusieurs organisations internationales ont indiqué qu'elles prenaient des dispositions pour évacuer leur personnel à destination de la Côte d'Ivoire et de la Sierra Leone.
La recrudescence des combats intervient un jour après que le président Charles Taylor ait annoncé qu'il avait échappé à un complot ourdi par plusieurs commandants militaires et par de hauts responsables au sein de son gouvernement.
M. Taylor a limogé le Vice-président Moses Blah vraisemblablement impliqué dans le complot, et a annoncé la dissolution du gouvernement la semaine prochaine. Plusieurs informations diffusées par la presse vendredi portent à croire que M. Blah aurait été arrêté.
Beaucoup de personnes qui ont fui à pied les derniers affrontements habitaient dans des camps de déplacés dans les banlieues de Monrovia. Elles ont déclaré à IRIN que des tirs à l'arme lourde étaient audibles toute la nuit dans les faubourgs occidentaux, tandis que le gouvernement a renforcé ses positions avec des milices et des unités d'élite anti-terrorisme.
Le Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (BCAH/OCHA) a été saisi d'informations stipulant que la plupart des 200 000 habitants des camps de déplacés convergeaient vers le centre-ville, à cause de l'intensification des combats entre les rebelles du mouvement Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD) et les forces gouvernementales. .
Au Ghana, les pourparlers de paix inter-libériens, qui auraient dû démarrer entre le gouvernement libérien et le LURD, étaient au point mort pour la deuxième journée consécutive. Le ministre ghanéen des Affaires étrangères, Nana Akuffo-Addo, a annoncé qu'ils ne reprendraient qu'après la conclusion d'un cessez-le-feu au Liberia et l'envoi par le Mouvement pour la démocratie au Liberia (MODEL), le deuxième groupe rebelle, d'une délégation pour participer aux négociations.
Des travailleurs humanitaires à Monrovia ont mis en garde contre l'imminence d'une catastrophe humanitaire si les combats se poursuivaient autour de la ville pendant encore plusieurs jours. OCHA a signalé que la plupart des personnes arrivées dans le centre de Monrovia n'avait par d'eau, de nourriture, de médicaments ou d'installations sanitaires. Les hôpitaux font ce qu'ils peuvent pour s'occuper des blessés à mesure que les ambulances de la police les évacuent de la ligne de front.
Entre temps, les organisations internationales sur place ont commencé l'évacuation de leur personnel du pays. " Nous sommes préoccupés par la sécurité de notre personnel et allons transférer le personnel non indispensable vers la capitale sierra léonaise, Freetown ", a informé un agent humanitaire.
Vendredi après-midi, les rebelles se trouvaient à 15 km du centre-ville et auraient pris le contrôle de Iron Gate, de Virginia et de Caldwell, des faubourgs au nord-ouest de Monrovia. Jeudi, une offensive rebelle visant à capturer ces quartiers avait été repoussée par les combattants loyalistes, a déclaré à IRIN un témoin oculaire.
Les quatorze membres de la délégation de LURD aux pourparlers au Ghana n'ont pas fait de commentaires sur les combats. Ils ont néanmoins annoncé aux journalistes qu'ils ne comptaient pas négocier avec un gouvernement " dirigé par un criminel de guerre ". Ils faisaient ainsi allusion à l'inculpation mercredi du président Charles Taylor par le Tribunal spécial pour les crimes de guerre en Sierra Leone, associé à l'ONU. Le tribunal l'a accusé de crimes de guerre pour son appui aux rebelles du Front révolutionnaire uni (RUF), durant la guerre civile qui a déchiré la Sierra Leone dans les années quatre-vingt-dix.
Le chef de la diplomatie ghanéenne a toutefois déclaré à la presse que les pourparlers de paix à Akosombo, à 100 km au nord de la capitale, Accra, ne sont que provisoirement suspendus.
"Le président John Kufuor [du Ghana] a envoyé un avion de la force aérienne pour amener le MODEL ici. Laissons-leur la fin de semaine pour se joindre aux négociations ", a préconisé Nana Akuffo-Addo. Il n'a pas fourni de précisions sur la destination de l'avion.
Les pourparlers inter-libériens ont été officiellement inauguré Mercredi, lors d'une cérémonie à Accra en présence de six présidents africains, mais peu de progrès ont été accomplis depuis.
Mohamed Ibn Chambas, secrétaire général de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), qui a organisé les pourparlers en collaboration avec le Groupe international de contact sur le Liberia, a fait savoir qu'en attendant, des discussions restreintes auraient lieu à Akosombo.
Le général Abdulsalami Abubakar, facilitateur des négociations, a invité à un cessez-le-feu. " L'erreur dramatique qu'un groupe pourrait commettre serait de penser qu'il existe une solution militaire au Liberia. Cela n'a jamais été le cas et ne le sera jamais ", a-t-il insisté.
Cependant, plusieurs délégués se sont dits troublés par l'annonce faite par M. Taylor Jeudi, qu'il avait échappé de justesse à une tentative de putsch, ainsi que par la question du mandat d'arrêt international de la Sierra Leone lancé contre lui.
L'opposante politique Ellen Johnson-Sirleaf, qui a occupé la fonction de président par intérim avant les élections de 1997 qui ont hissé M. Taylor au pouvoir, a souligné que l'inculpation de M. Taylor par le Tribunal spécial à Freetown " a entièrement changé la donne de la conférence ".
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