Des responsables proches de MODEL ont indiqué à IRIN que le mouvement n'avait pas eu assez de temps pour se préparer. John Kufuor, chef d'état ghanéen et président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), devait se mettre en contact avec le MODEL et tenter de les persuader d'envoyer une délégation aux deux semaines de pourparlers, ont ajouté les responsables.
L'annonce par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone, associé à l'ONU, qu'il avait inculpé le président libérien Charles Taylor pour crimes de guerre, a créé un climat d'incertitude peu avant l'ouverture des négociations. La séance a fini par avoir lieu, avec la participation de plus d'un millier de Libériens, notamment des rebelles des Libériens unis pour la réconciliation et la démocratie (LURD), ainsi que des personnalités politiques libériennes.
M. Taylor, à la tête d'une délégation forte de quarante membres, a déclaré : "Un petit groupe de Libériens a conduit notre pays dans une sorte de subterfuge en tous genres affectant la région toute entière. D'aucuns pensent que Taylor est le problème. Je me retirerai de tout processus qui continue de perpétuer le conflit au Liberia. Si cela pouvait ramener la paix, je me retirerai en tant que président ".
Et d'ajouter: "Laissons mettre en place un processus susceptible de garantir une transition sereine de la guerre à la paix. Mon mandat de président expire en janvier. Je fais cela car je suis las des personnes puissantes et d'influence, qui infligent tant de souffrances au Liberia ".
Avant son départ mardi de la capitale libérienne, Monrovia, M. Taylor a annoncé qu'il ne pourrait se retirer que si " la vieille génération de politiciens abandonne sa quête du pouvoir " au Liberia. Il a mentionné Ellen Johnson-Sirleaf, l'ex-président par intérim, Amos Sawyer, ainsi que les candidats présidentiels Tokpah Nah Tipoteh et Boima Fahnbulleh.
"Ecartons-nous tous, laissons cette présidence et permettons à la jeune génération de Libériens de diriger les affaires de notre pays ", a déclaré M. Taylor aux journalistes. Il a donné l'ordre au ministre de la Défense, Daniel Chea, de libérer tous les prisonniers politiques.
Mercredi, certains des 50 000 réfugiés libériens vivant au Ghana ont manifesté devant l'entrée de l'Hôtel M-Plaza, où séjourne la délégation de M. Taylor. Ils ont appelé à la paix, indiquant qu'ils désiraient retourner chez eux.
Les présidents Laurent Gbagbo de la Côte d'Ivoire, Olusegun Obasanjo du Nigeria, et Thabo Mbéki, de l'Afrique du Sud, ont exhorté les parties à se mettre d'accord sur un plan de paix pour le Liberia. Ils se sont joints au président sierra léonais Ahmed Tejan Kabbah, "en tant que groupe de sept dirigeants africains chargé de soutenir les efforts de M. Kufuor pour restaurer la paix au Liberia ", a expliqué à IRIN Kwabena Agyapong, l'attaché de presse du président ghanéen.
M. Kufuor a affirmé: "La guerre civile au [Liberia] veut happer l'ensemble de la sous-région. Les champs de la mort du Liberia sont devenus les lits de morts des soldats ouest-africains qui y ont servi comme troupes de l'ECOMOG et, cette guerre se propage à l'heure actuelle dans quasiment tous les Etats voisins. Aujourd'hui, le Liberia a perdu son foyer de référence… il ne peut même plus fournir à sa population les principaux services de base ".
M. Mbéki a déclaré: "La dernière fois que j'étais au Ghana, nous étions ici pour parler de la situation en Côte d'Ivoire, et je me réjouis de dire que nous avons accompli de grands progrès en Côte d'Ivoire. Ce pays a démontré que nous pouvons résoudre ce qui se passe au Liberia. Les Libériens ont tellement et trop longtemps souffert… Nous ne devons pas décevoir tout notre continent, qui veut voir d'urgence le Liberia reprendre le chemin de la paix ".
M. Obasanjo a souligné pendant la séance : "Aujourd'hui est un jour de chance pour le Liberia et pour son peuple, mais aussi pour l'Afrique. Si nous laissons échapper cette occasion, elle ne se répétera jamais. Les Libériens ont été ensanglantés et l'Afrique de l'Ouest a fait assez de sacrifices pour le Liberia ".
A l'issue de la cérémonie d'ouverture, les pourparlers allaient se tenir hors d'Accra. Les lieux des assises à Akosombo et Akuse, respectivement à 100 km et 80 km au nord d'Accra, ont été néanmoins modifiés par rapport à ce qui avait été annoncé mardi. La CEDEAO et le groupe de contact pour le Liberia, appuyé par l'ONU, ont parrainé les négociations.
Kwabena Agyepong a informé IRIN que les représentants de M. Taylor et des groupes rebelles traiteront des accords de cessez-le-feu à Akuse, tandis que les dix-sept autres partis politiques convergeront à Akosombo pour essayer d'arriver à un consensus sur l'organisation d'élections libres et équitables dans leur pays. L'ex-président nigérian, le général Abdusalami Abubakar, est le facilitateur des négociations.
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