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L'armée continue de fournir des armes aux réfugiés libériens

L'armée de la Côte d'Ivoire continue de recruter de jeunes libériens du camp de réfugiés de Guiglo, dans l'ouest du pays, pour combattre les forces rebelles ivoiriennes dans la région, selon des responsables onusiens, des Libériens vivant dans le camp, et le commandant de la force de paix française dans la zone.

Ils ont indiqué que des jeunes hommes armés de fusils automatiques AK-47 quittent quasiment chaque jour le camp, à l'allure paisible avec ses cases en torchis sous les grands fromagers,
pour s'en aller combattre dans la forêt environnante. Dans beaucoup de cas, ces combattants ne sont pas payés et il leur est simplement permis de piller tout ce qu'il peuvent trouver dans les zones où ils sont envoyés.

Les sources ont déclaré que plusieurs centaines de jeunes gens et quelques adolescents parmi les 9 000 habitants de Guiglo ont ainsi été recrutés et que 200 sont morts au combat. L'armée ivoirienne continue d'utiliser leurs services en dépit d'un nouveau cessez-le-feu conclu entre le gouvernement et les rebelles, entré en vigueur le 4 mai, ont-elles souligné.

Certaines sources ont affirmé que de nombreux combattant de Guiglo ont été envoyés de l'autre côté de la frontière pour rejoindre les rebelles luttant contre le président Charles Taylor au Liberia.

Le personnel du HCR a expliqué que le problème émanait en partie du manque d'alternatives pour les jeunes hommes vivant dans le camp, où ils ont peu de possibilités de gagner de l'argent ou du prestige. Les écoles viennent à peine d'être réactivées dans le camp et elles reposent sur des enseignants volontaires, avec un minimum de livres et autres fournitures scolaires. Une fraction seulement des enfants dans le camp est scolarisée, bien que la fréquentation scolaire soit passée de 400 à 1000.

Des fonctionnaires du HCR ont remarqué que tandis que beaucoup de jeunes hommes étaient tenté par les armes, un nombre croissant de jeunes femmes dans le camp se tournent vers la prostitution.

Il n'y avait pas trace d'armes lorsque Ruud Lubbers, le chef de l'agence des Nations Unies pour les réfugiés, a visité le camp de Guiglo dimanche dernier. Surveillant les alentours, le lieutenant-colonel Noël Yedess, le commandant de la gendarmerie ivoirienne dans la région, a dit ne rien savoir du recrutement des réfugiés libériens dans le camp, bien qu'il y existe un poste de police à l'entrée principale.

Or Jette Isaksen, une employée humanitaire danoise secondant l'administration du HCR dans le camp au cours des deux derniers mois, a témoigné qu'elle voyait chaque jour des réfugiés se promener avec des armes et qu'un climat de terreur régnait dans le camp.

"Ils vivent ici. Ils partent le matin et rentrent chez eux le soir ", a-t-elle affirmé, ajoutant que les détonations étaient constantes. " C'est tous les jours, nuit et jour ".

Un autre fonctionnaire du HCR, pointe en direction d'un pick-up cabossé avec une douzaine de jeunes gens à l'arrière sortant du camp dimanche. " Ceux-là seront des Limas ", a-t-il déclaré.

Thomas Giolore, un Libérien vivant à Guiglo qui a tourné le dos à la violence pour monter une petite entreprise de fabrication de meubles avec huit autres réfugiés, a souligné que selon son estimation 190 à 200 Libériens armés qui vivaient dans le camp ont été tués dans les combats depuis qu'ils ont été engloutis dans les huit mois de guerre civile en Côte d'Ivoire.

Giolore, 37 ans, a poursuivi qu'il voyait tout le temps des hommes déambuler avec des armes dans le camp, mais a ajouté : " Je m'occupe d'idées constructives, pas de destruction ".

Les Libériens armés, utilisés tant par le gouvernement que par les forces rebelles dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, sont connus localement comme les "Limas." Le surnom vient du code d'appel radio pour la lettre 'L' et signifie Libérien.

Ils sont réputés pour le viol, le pillage et le massacre d'innocents civils. Et comme ces miliciens ne sont pas toujours payés pour leurs services, leur penchant pour le pillage ne surprend plus personne. Cependant, leurs activités ont tourné la population locale ivoirienne contre tous les Libériens dans la région.

Le commandant Thomas Pironneau, chef du détachement français de Guiglo, a fait savoir qu'une patrouille française avait tué trois " Limas " dans une confrontation à seulement 10 km de la ville jeudi dernier après qu'ils aient ouvert le feu sur ses hommes.

M. Pironneau a indiqué qu'ils étaient " plus d'un millier " et que probablement plusieurs milliers de Libériens armés opéraient dans l'ouest du Liberia, où le gouvernement et les rebelles ont déployé des efforts récemment pour contrôler ces auxiliaires peu disciplinés.

A la question de savoir si ces "Limas" ont été recrutés dans le camp de Guiglo par les forces gouvernementales, il s'est esclaffé et a répondu: "Ne le dites pas trop fort "

Il y aurait 30 000 réfugiés libériens dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, dont beaucoup sont de l'ethnie krahn de l'Est du Liberia. La plupart vivent du côté ivoirien de la frontière avec des amis et des proches parents de la même ethnie.

Panos Moumtzis, directeur intérimaire du HCR en Côte d'Ivoire, a déclaré qu'à Guiglo plusieurs centaines de Libériens avaient été recrutés pour combattre, notamment des garçons n'ayant pas plus de huit ans. Mme Isaksen a dit savoir que 17 enfants soldats dans le camp avaient moins de 18 ans.

M. Lubbers lui-même a reconnu que les réfugiés recevaient encore des armes et étaient envoyés au combat, mais a ajouté que l'unique solution serait de faire cesser les conflits qui les ont happés. " Nous ne pouvons nous permettre de voir la militarisation dans les camps de réfugiés ", s'est-il exclamé après une tournée à Guiglo. " Ce serait juste aller dans la mauvaise direction ".

Nombre de réfugiés étaient réticents pour parler du recrutement des 'Limas " et certains jeunes gens ont catégoriquement démenti qu'une telle activité ait jamais eu lieu dans le camp.

Pourtant, ils ont tous admis qu'on entendait fréquemment des fusillades dans la forêt avoisinante, en dépit du fait que Guiglo se trouve à plus de 40 km de la ligne de front avec le nord contrôlé par les rebelles.


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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