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Le calme revient sur Bangui après le départ des rebelles

[Central African Republic (CAR)] Partial view of Bangui, with DRC across Oubangui River
Vue partielle de Bangui, avec la RDC en arrière-plan du fleuve Oubangui (IRIN)

Le calme est revenu jeudi dans la capitale de la République centrafricaine après que les forces du gouvernement soutenues par les rebelles de la République démocratique du Congo (RDC) eurent lancé une massive contre-offensive mercredi vers midi heure locale contre les forces dissidentes alliées à l'ancien chef d'état-major militaire de la RCA, le général François Bozizé.

Malgré cette victoire, les forces rebelles du Mouvement de libération du
Congo (MLC) de Jean-Pierre Bemba ont été accusées de nombreux actes de
pillage, notamment dans les quartiers nord de Bangui qui avaient été
contrôlés par les forces de M. Bozizé.

Les tensions demeurent cependant très vives dans la capitale d'autant que le
haut commandement du mouvement rebelle de Bozizé a déclaré au micro de Radio France Internationale (RFI) qu'ils reviendraient, ajoutant que ses troupes ne s'étaient retirées que temporairement et pour des raisons stratégiques.

Les forces de M. Bozizé se sont retirées le long du même axe routier qu'elles avaient emprunté pour se rapprocher de Bangui le 25 octobre, avançant vers le nord en direction du Tchad. Selon des sources militaires, elles auraient maintenu le contrôle de cette route pendant leur assaut sur Bangui qui s'est poursuivi pendant six jours.

On ignorait encore ce jeudi le bilan des victimes causées par cette
offensive, les autorités n'ayant, pour l'heure, communiqué aucun chiffre
officiel sur le nombre de personnes déplacées, blessées ou tuées. Le
ministre centrafricain des affaires sociales a appelé de toute urgence à la convocation d'une réunion, si possible ce vendredi, de toutes les
organisations humanitaires de Bangui afin de coordonner des opérations
humanitaires dans la capitale et commencer à recueillir des informations sur le bilan des pertes humaines survenue dans cette tentative de coup d'Etat.

Toutefois, les responsables du Bureau du Haut Commissariat des Nations Unies
pour les réfugiés a prévenu ce mercredi que les tensions ethniques à Bangui pouvaient déborder sur la RDC avec l'arrivée des réfugiés fuyant cette nouvelle vague de violence. Grand nombre de ressortissants centrafricains se sont rassemblés sur les rives du fleuve Oubangui pour tenter de traverser la RDC voisine.

« Nous craignons que les affrontements interethniques entre l'ethnie des Kabas du présent actuel de la RCA, Ange-Félix Patassé, et les Yakomas, le groupe de l'ancien président André Kolingba, ne gagnent les camps de réfugiés de l'Afrique centrale en RDC, » a déclaré à IRIN Fatoumata Kaba, porte-parole du HCR à Kinshasa.

Au moins 3 400 réfugiés Yakomas de la RCA, qui ont fui les précédents
soulèvements, vivent encore dans le camp de réfugiés de Mole près de Zongo
en RDC le long du fleuve Oubangui.

D'anciens soldats de l'armée de la RCA appartenant aux Yakomas, qui ont été désarmés, se trouvent dans un camp situé à quelque 135 km au sud de la RDC.

« Ces gens sont en exil, car ils ont été persécutés par le régime actuel. Si les groupes de Kabas traversent ensemble, il pourrait y avoir des
problèmes, » a déclaré Kaba.

Parallèlement, la situation redevient progressivement normale dans la
capitale et les marchés ont commencé à rouvrir. Les prix alimentaires ont
grimpé - un sac de manioc de 15 kg, une denrée de base en RCA, est passé de 2 500 francs CFA à 4 000 francs (de 3,88 dollars environ à 6 dollars), et l'inquiétude monte quant à l'évolution de la sécurité alimentaire, car l'axe routier nord, encore aux mains des rebelles de Bozizé, représente la principale voie utilisée pour acheminer les vivres du nord du pays, grenier agricole de la RCA. Parallèlement, des réserves alimentaires ont été acheminées de la RDC par le fleuve Oubangui.

L'électricité a été rétablie ce jeudi dans la majeure partie de la ville.
Cependant, la compagnie nationale d'électricité a annoncé qu'il y aurait des coupures de courant dans les semaines à venir dues aux travaux de réparation des équipements.

L'approvisionnement de la ville en eau, provenant principalement du fleuve Oubangui, n'a quasiment pas été touché par cette crise.

Ce sont principalement les quartiers nord de la capitale, contrôlés par les
forces du général Bozizé, qui auraient subi des dégâts structurels. Ces faubourgs ont été longuement pilonnés par les forces du gouvernement et bombardés par deux avions de combat prêtés par la Libye, pays qui maintenait à Bangui un contingent de 200 soldats depuis la tentative de coup d'Etat survenue en mai 2001.

Les services téléphoniques ont été coupés mercredi, quelques heures avant la contre-offensive lancée par le gouvernement, en vue de perturber les liaisons téléphoniques entre les rebelles de Bozizé.

La circulation était revenue, jeudi après-midi, dans les rues de la
capitale, à l'exception des quartiers nord où continuaient de patrouiller
les forces du gouvernement et le MLC. Des barrages routiers militaires ont
été érigés à plusieurs endroits de la capitale mais IRIN n'a reçu aucune
information faisant état de harcèlement physique ou de racket à l'encontre de civils.

Le président Ange-Félix Patassé n'a pas été blessé et, d'après un bulletin
de Radio France Internationale, il n'aurait jamais quitté le palais
présidentiel, contrairement à de précédentes informations.

Cependant, le porte-parole de M. Patassé, Prosper Ndouba, qui a été enlevé par les hommes du général Bozizé, est toujours retenu comme otage par les rebelles en retraite. Des sources proches de M. Ndouba ont confié qu'il avait été aperçu à environ 26 km de Bangui, encore aux mains des forces rebelles.

Dans un communiqué lu jeudi après-midi sur les ondes de la station
officielle Radio Centrafrique, le ministre centrafricain de la communication Gabriel Jean Edouard Koyambounou a remercié tous les pays et organisations qui avaient exprimé leur soutien pendant la crise, soit le Gabon, l'Union européenne et la France - ancienne puissance coloniale de la RCA - et la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale), un groupe régional composé du Cameroun, de la RCA, du Tchad, de la Guinée équatoriale, du Gabon et de la République du Congo. Aucune information n'a fait état du soutien militaire de la Libye ou du MLC.

M. Koyambounou a indiqué que les forces de Bozizé avaient laissé derrière elles un grand nombre de véhicules contenant des équipements militaires et du matériel de communication qui seraient remis aux représentants de la communauté internationale.

M. Koyambounou a demandé à tous les citoyens centrafricains de reprendre
leurs activités dès lundi.

Entre-temps, la RCA et le Tchad ont continué de s'envoyer des accusations
réciproques, Koyambounou alléguant que les forces du général Bozizé avaient lancé leur offensive depuis le Tchad voisin, et N'djamena rétorquant que l'armée régulière de la RCA avait recruté un grand nombre de rebelles tchadiens.

M. Bozizé et un certain nombre de ses militants se sont réfugiés au Tchad en
novembre 2001 après avoir mené une résistance armée contre le mandat d'arrêt de M. Bozizé dans le cadre de l'enquête sur la tentative de coup d'Etat de mai 2001.

Quant à M. Bozizé, qui a revendiqué l'opération militaire lancée vendredi,
des sources tchadiennes et françaises ont confirmé mardi qu'il quittait ce
jour la capitale tchadienne, N'djamena, à destination de Paris, capitale française.

Kofi Annan a lancé un appel ce lundi à la communauté internationale pour qu'elle « fournisse de toute urgence l'assistance logistique et autres moyens nécessaires » pour déployer la force d'observation inter-africaine en RCA, une initiative adoptée par les dirigeants de la CEMAC (Communauté économique et monétaire de l'Afrique Centrale) à l'occasion de leur sommet tenu au début du mois d'octobre au Gabon, a précisé le porte-parole.

Cette force serait composée de 300 à 350 soldats provenant du Gabon, du
Cameroun, de la République du Congo, de la Guinée équatoriale et du Mali. Le mandat de cette force d'observation consisterait à assurer la sécurité du président Patassé, de participer à la restructuration des forces armées du pays et de garantir la sécurité à la frontière avec le Tchad. Prenant la parole au micro de Africa No 1 Radio ce mardi, le ministre gabonais des affaires étrangères, Jean Ping, a déclaré que l'accord de Libreville du 2 octobre était encore en vigueur.

Il a ajouté que le premier contingent de la force d'interposition, fort de
150 soldats gabonais, devait arriver dans la semaine. Il n'a pas, néanmoins, précisé si les combats actuels retarderaient leur déploiement.

Depuis l'élection de M. Patassé en 1993, la RCA a essuyé plusieurs crises
armées internes. En outre, les multiples affrontements attribués aux
partisans de Bozizé basés au Tchad et au présumé chef rebelle tchadien,
Abdoulaye Miskine, basé en RCA, ont eu lieu le long de la frontière commune des deux Etats depuis que M. Bozizé et ses partisans ont pris la fuite vers le Tchad en novembre 2001.

On pensait que le sommet de Libreville avait permis de mettre un terme au conflit entre la RCA et le Tchad. Dans le cadre de l'accord de Libreville, M. Miskine devait être réinstallé au Togo en Afrique de l'ouest tandis que la France accordait l'asile politique à M. Bozizé.

Les analystes régionaux craignent aujourd'hui que cette dernière crise n' entraîne une rapide détérioration des relations entre le Tchad et la RCA


This article was produced by IRIN News while it was part of the United Nations Office for the Coordination of Humanitarian Affairs. Please send queries on copyright or liability to the UN. For more information: https://shop.un.org/rights-permissions

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