M. Malu, qui a perdu trois proches et a eu sa maison de campagne détruite durant le raid de l'armée, témoignait devant une commission spéciale dans la capitale nigériane, Abuja, établie par le gouvernement dans le but d'enquêter sur les troubles ethniques qui se sont produits l'année dernière dans la région centrale.
M. Malu a souligné qu'une fois que son village de Tse Adoor a été saccagé, l'officier qui dirigeait les troupes a fait rassembler les villageois rescapés et leur a dit « c'est le gouvernement fédéral du Nigéria qui leur a donné l'ordre de tuer tout le monde et de détruire toutes les structures qu'ils pourront trouver ». En conséquence, il a exigé des excuses publiques de la part du gouvernement et le paiement de 500 millions de naira (43 millions de dollars) de dédommagement.
L'attaque lancée contre les établissements humains de l'ethnie tiv entre le 22 et le 24 octobre aurait été effectuée en guise de représailles après le massacre de 19 soldats par une milice locale. Le gouvernement a indiqué que les soldats avaient été dépêchés pour apaiser les violences ethniques entre les communautés tiv et jukun dans l'Etat de Taraba avoisinant.
Or M. Malu a déclaré devant la commission que les soldats « méritaient leur sort car ils assistaient les Jukun pour tuer les Tiv ».
Après avoir servi comme chef d'unité de l'ECOMOG, la force régionale ouest-africaine de maintien de la paix au Liberia, M. Malu a été nommé chef de l'état major par M. Obasanjo après avoir été élu président en 1999. M. Malu a été relevé de ses fonctions au début de 2001 par M. Obasanjo pour avoir critiqué en public à maintes reprises la coopération de l'armée du Nigéria avec les Etats-Unis qui compromet, selon lui, les intérêts stratégiques de la sécurité nationale.
Durant l'exercice de ses fonctions, M. Malu aurait eu de fréquentes altercations avec le ministre de la Défense, le général Theophilus Danjuma, ex-chef de l'armée et proche confident du président Obasanjo. Comme M. Malu est Tiv et M. Danjuma d'origine Jukun, la rivalité entre les deux hommes a exacerbé les hostilités qui existent depuis longue date entre leurs différentes communautés, et a fourni un prétexte à plusieurs personnes d'influence au gouvernement pour s'en prendre à M. Malu.
"Avec les tueries aveugles qui ont conduit à la mort des membres de ma famille », a déclaré M. Malu devant la commission, « je peux aisément affirmer que si j'avais été présent, j'aurais également pu être tué ».
M. Obasanjo a continué à défendre l'opération de ses soldats qui ont attaqué les villages, en dépit des critiques émises par des organisations des droits de l'homme locales et internationales. Jusqu'à présent, personne n'a été amené devant la justice pour ces incidents.
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