La pression monte
Trois semaines après que Laurent Gbagbo a ordonné à l’Opération des Nations Unies en Côte d'Ivoire (l’ONUCI) de quitter le pays, l’ONU demande le déploiement de 2 000 soldats de maintien de la paix supplémentaires. La demande a été annoncée par le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix à l'ONU, Alain le Roy, après une réunion à huis clos du Conseil de sécurité ; elle nécessitera une nouvelle résolution.
Le mandat actuel de l’ONUCI, renouvelé en décembre, a été prolongé jusqu’à la fin juin, mais il semblerait que le rôle de la mission soit de plus en plus compliqué. Le rapport de M. le Roy sur sa récente visite en Côte d’Ivoire reconnaissait que la tâche de l’ONUCI risquait d’être compromise par les problèmes sécuritaires et l’hostilité persistante des partisans de Laurent Gbagbo. A Abidjan, M. le Roy a insisté fortement sur l’impartialité de l’ONUCI et fait allusion aux effets négatifs d’une propagande manipulatrice.
L’ONUCI elle-même s’est élevée contre ce qu’elle décrit comme une « campagne médiatique hostile » menée par la Radio Télévision Ivoirienne (RTI) favorable à M. Gbagbo. Les inquiétudes de l’ONUCI concernent en particulier de récents rapports de RTI accusant les troupes des Nations Unies d’être impliquées dans les fusillades du district d’Abobo à Abidjan.
Le Représentant spécial Young Jin Choi dit qu’il est en contact avec M. Gbagbo et l’ONU a exprimé sa colère et sa frustration devant les accusations proférées contre elle.
De l’indifférence à l’hostilité – Gbagbo s’en prend aux Nations Unies
En interne, que ce soit au siège de l’ONUCI à Abidjan ou à celui de New York, les élections ivoiriennes et leurs conséquences étaient vues comme essentiellement problématiques. Le rapport du Secrétaire général du 23 novembre, publié entre les deux tours des élections, décrivait la situation générale de la sécurité comme « stable mais encore fragile », et faisait remarquer que des éléments clés du processus de paix, dont le désarmement et la réunification, restaient inachevés. Il notait que le premier tour de l’élection s’était déroulé « généralement de manière pacifique et ordonnée ».
Mais dans les jours qui ont suivi le deuxième tour du vote, les Nations Unies ont été diabolisées par M. Gbagbo et ses partisans. La franche acceptation à Abidjan et à New York des résultats provisoires publiés par la Commission Electorale Indépendante (CEI) et les circonstances dans lesquelles ils ont été rendus publics - dans un hôtel qui abritait M.Ouattara et ses partisans, avec une retransmission de l’événement sur les chaînes françaises – ont immédiatement provoqué des accusations de partialité et de complot. Outré que l’ONU refuse de se plier à un arrêt du Conseil Constitutionnel accordant l’élection à M. Gbagbo, le conseiller diplomatique de ce dernier, Alcide Djédjé, a fait une allocution à la télévision d’Etat pour menacer le Représentant spécial de l’ONU d’expulsion, avec cette mise en garde : « Nous n’accepterons jamais qu’un fonctionnaire se comporte ainsi dans un pays souverain ».
Depuis que les Nations Unies ont reconnu Ouattara, elles ont lancé une série d’appels demandant à M. Gbagbo de se retirer. En accord avec l’Union européenne (UE), la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), les Etats-Unis et d’autres [pays], les déclarations de l’ONU sont devenues de plus en plus énergiques, mais l’organisme international a eu tendance à laisser à d’autres parties, notamment la CEDEAO et l’Union africaine, le soin d’essayer de convaincre M. Gbagbo d’abandonner le pouvoir. Dans le même temps, les Nations unies ont reconnu les risques d’un échec complet. Le rapport du Conseil de sécurité des Nations Unies du 7 décembre soulignait l’importance « d’empêcher une situation sécuritaire tendue de déclencher un retour à la guerre civile, ou pire encore, une explosion d’atrocités de masse sur la base de divisions ethniques. »
Les agences des Nations Unies ont réduit leurs activités et les organisations non gouvernementales sont davantage préoccupées de développement que de planification de mesures d’urgence pour l’assistance humanitaire, une situation peu idéale pour que l’ONUCI puisse faire face à une crise majeure. Tandis que la guerre de propagande entre le camp Gbagbo et le camp Ouattara empirait et que s’éloignait l’espoir d’un dialogue constructif, les efforts de l’ONUCI pour faire baisser la température politique ont été éclipsés par les accusations incessantes de partialité et des pires méfaits émanant du camp Gbagbo. L’ONUCI n’a pas réussi à convaincre les partisans de Ouattara d’annuler une marche visant la RTI le 16 décembre. Mais cette rebuffade n’est rien par rapport aux insultes dont l’ONUCI a été accablée dans la requête télévisée diffusée le 18 décembre, par laquelle le gouvernement ordonnait à l’ONUCI de quitter le pays. Le texte diffusé sur les ondes accusait l’ONUCI d’avoir :
fait preuve d’une partialité flagrante dans la gestion des élections, les Nations Unies ayant délibérément ignoré des rapports bien documentés de sérieux abus dans les zones aux mains des Forces Nouvelles durant les élections ; critiqué les observateurs africains de l’élection et leurs conclusions ; passé outre le Conseil Constitutionnel et ses efforts pour se prononcer sur les élections ; fourni armes et munitions aux combattants de l’ancien mouvement rebelle Forces Nouvelles, pour mener des attaques en divers endroits à l’ouest et autorisé ces mêmes combattants à porter les casques bleus et les uniformes des Nations Unies pour organiser une attaque des forces de sécurité à l’extérieur de l’Hôtel du Golfe, le siège de Ouattara. Le même communiqué accusait la radio onusienne ONUCI FM de véhiculer une propagande en faveur de Ouattara et de ses alliés et d’inciter à la haine et à la déstabilisation. Au milieu de cette diatribe contre l’ONUCI, l’ordre donné à la France de retirer ses troupes est presque passé inaperçu.
La rapidité avec laquelle l’ONU a rejeté cette attaque a été approuvée par Washington et d’autres pays. La résolution 1962 du Conseil de sécurité passée le 20 décembre a condamné « dans les termes les plus énergiques les tentatives pour usurper la volonté du peuple et remettre en cause l’intégrité de la consultation. » La résolution notait également « la persistance des violations des droits de l’homme et du droit humanitaire contre des civils » et mettait en garde contre l’utilisation des médias « pour inciter la population à la haine, à l’intolérance et à la violence. » La résolution exhortait finalement les Nations Unies à « faciliter, s’il y a lieu,… un dialogue politique entre parties ivoiriennes », mais sur ce front, les résultats n’ont guère été probants.
Pour le moment, la présence militaire de l’ONUCI reste principalement associée à la défense de l’Hôtel du Golfe : 800 Casques bleus sont stationnés à l’extérieur et attendent de voir si les menaces de donner l’assaut, maintes fois proférées par les Jeunes Patriotes pro-Gbagbo et autres, vont se matérialiser.
cs/cb/oa – og/amz
Sources: United Nations, Radio Télévision Ivoirienne, UN Operation in Côte d'Ivoire
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